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	<title>Abstrait ≠ Concret</title>
	
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	<description>≠ Une actualité originale. Mais pas seulement...</description>
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		<title>J’AI PASSE UNE NUIT A TRAQUER LES OVNIS DANS LE COL DE VENCE [REPORTAGE]</title>
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		<comments>http://www.abstrait-concret.com/2011/12/09/jai-passe-une-nuit-a-traquer-les-ovnis-dans-le-col-de-vence-reportage/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 21:28:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[AVOIR UN PETIT PEU PEUR A LA MONTAGNE]]></category>
		<category><![CDATA[COL DE VENCE]]></category>
		<category><![CDATA[COL DE VENCE LEGENDES]]></category>
		<category><![CDATA[OVNI]]></category>
		<category><![CDATA[SUR LA TRACES DES OVNIS]]></category>
		<category><![CDATA[UFOLOGIE]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédits photo : Vincent Desailly C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle un grand écart. Une heure et demie plus tôt, j&#8217;avais les pieds dans le sable, étalé de tout mon lard sur une plage sponsorisée par une infâme marque de soda, à enquiller des cocktails à l&#8217;œil. Le destin avait fait qu’on était tombé en plein festival [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.49.31.png" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1411" title="Capture d’écran 2011-12-09 à 21.49.31" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.49.31.png" alt="" width="500" height="332" /></a><em>Crédits photo : Vincent Desailly</em></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle un grand écart. Une heure et demie plus tôt, j&#8217;avais les pieds dans le sable, étalé de tout mon lard sur une plage sponsorisée par une infâme marque de soda, à enquiller des cocktails à l&#8217;œil. Le destin avait fait qu’on était tombé en plein festival de Cannes. Je n&#8217;étais pas venu dans le sud pour jouer les gratteurs de tise au milieu du plus grand raout de journalistes, acteurs, intermittents du spectacle et autres wannabe en représentation mondaine. Quand bien même je ne renâcle jamais à l&#8217;idée de picoler à l&#8217;oeil, ma présence dans quelques recoins de la <em>French Riviera</em> était avant tout motivée par une chose et une seule : aller au Col de Vence. Plateau lunaire aussi magnifique que glaçant, l&#8217;endroit a pour réputation d&#8217;être le haut-lieu de l&#8217;observation ufologique en France. Au coeur de l&#8217;arrière pays niçois, ce majestueux caillou titille les mille mètres d&#8217;altitude. Il attire autant des allumés en mal de frissons et de spiritualité foireuse que des passionnés d&#8217;ufologie persuadés que leur persévérance à traquer les moindres manifestations d&#8217;objets volants non répertoriés dans les catalogues des Airbus, Boeing et autres Dassault, leur permettra à terme de faire éclater la vérité à la face du monde. Ces ufologues se plaisent à exposer les possibilités, mais dès lors qu&#8217;ils se prennent un peu au sérieux, disons que c’est un peu plus difficile d&#8217;essayer de leur faire avouer quoi que ce soit. Ils jouent les types qui se refusent à privilégier la moindre hypothèse, de peur de sombrer dans le discrédit, quand bien même ils sont intimement persuadés que le monde – à commencer par le Col de Vence – serait visité quotidiennement. Une heure et demi plus tard donc, après un trajet en compagnie du photographe Vincent Desailly, nous étions au pied de ce satané col, objet de tous les fantasmes exotiques à la sauce méridionale.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1408"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour et brouillard</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Rendez-vous avait été pris depuis quelques jours déjà avec Léon, un type sympathique et plein d’entrain d&#8217;une quarantaine d&#8217;années. Ce spécialiste de la zone et de ses mystères nous servirait de guide le temps d&#8217;une nuit à déambuler dans une montagne resplendissant de ses légendes. Ponctuel, le gars était venu nous réceptionner comme prévu à la descente du bus, sur les coups de 19h30 au rond point de Vence pour nous embarquer illico dans sa petit Fiat. Avant de démarrer la voiture, le bonhomme s&#8217;enquerrait des fringues chaudes qu&#8217;on avait prévu pour être à l&#8217;aise dans la froideur nocturne qui règne dans les hauteurs du site. Vêtements que ni moi, ni le photographe n&#8217;avions apportés, évidemment, ce qui allait se révéler être une saleté de connerie.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.48.58.png" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1413" title="Capture d’écran 2011-12-09 à 21.48.58" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.48.58.png" alt="" width="500" height="332" /></a><em>Le brouillard qui fait peur.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Dès les premiers mètres avalés sur la route sinueuse qui mène au sommet, le temps gris et maussade qui prévalait au pied du col quelques minutes plus tôt s&#8217;était transformé en un épais brouillard extrêmement désagréable. On ne voyait plus rien de la chaussée s&#8217;ouvrant devant nous. L&#8217;épaisse pellicule blanchâtre qui enserrait le véhicule avait tout de l&#8217;avertissement angoissant. On était dans la montagne depuis moins de dix minutes et comme une baltringue, je m&#8217;interrogeais déjà sur le bien fondé de cette escapade. Etait-on sérieusement venu chercher quelques manifestations paranormales ? Et s&#8217;il se trouvait que par un hasard grossier, on en vienne à véritablement  à voir un truc ? Cette nuit aurait-elle une incidence durable sur notre perception du monde ? Dans l&#8217;absolu, je ne suis pas totalement hermétique à la théorie ufo mais ce que j&#8217;ai pu en voir et en lire n&#8217;a jamais été en mesure d&#8217;ancrer une conviction durable et inamovible dans mon esprit. Desailly, installé à l&#8217;arrière du véhicule ne mouftait pas non plus. A ma gauche, Léon déballait sa vie au grand jour. Un pan d&#8217;existence à plancher sur la question des piscines de stockage dans les centrales nucléaires. Un autre à barouder autour du monde et à faire de la plongée sous-marine. Une épopée de plusieurs années à rechercher l&#8217;emplacement d&#8217;un galion coulé avec un trésor estimé à plusieurs milliards d&#8217;euros qui se terminerait en fiasco. Son métier, depuis une douzaine d&#8217;années, de conseiller en formation aéronautique. Et sa passion d&#8217;ufologue évidemment, qu&#8217;il vit au travers d&#8217;un groupe de potes. Alors que ce mec au crâne dégarni et minutieusement rasé déroulait son curriculum comme une machine, dans un langage clair et posé, le voile imperceptible du brouillard commençait à peser lourdement. On ne distinguait absolument rien, alors pour ce qui allait être d&#8217;observer des objets volants, la situation paraissait compromise. Le fait de ne rien voir pendant ces longues premières minutes qui s’égrenaient avec lenteur, renforçait encore l’ambiance inquiétante. Aucun moyen de prendre quelques marques visuelles ; le sentiment désagréable d’être perdu dans les limbes du Col de Vence. Dire que j&#8217;étais en train de me pisser dessus à ce moment-là serait exagéré, mais je dissimulais tant bien que mal mon malaise alors que Léon n&#8217;était pas même encore entré dans le vif du sujet. A cet instant, son excitation à l&#8217;idée de passer une nuit à traquer le phénomène avec nous était à la hauteur du silence du photographe.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.48.58.png"></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;ufologie entre copains</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Arrivés au sommet, le brouillard avait fini par se dissiper en partie au profit d&#8217;un monochrome laiteux, transpercé par d’infimes rayons dorés. L&#8217;air par contre s&#8217;était déjà considérablement refroidi. A peine descendus de voiture, Léon nous entrainait sur un sentier poussiéreux en direction du hameau de Saint-Banarbé où réside bon an, mal an, une cinquantaine d&#8217;individus qui composent tant bien que mal avec les zouaves qui trainent dans le coin. Distillant quelques éléments de contexte, le gaillard nous foutait dans l&#8217;ambiance, au son de sa voix pourtant dénuée de toute malice.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>«  Le Col de Vence est un des points chauds européens et fait quelques deux cents hectares. Mais ce qui le rend si extraordinaire, c&#8217;est qu&#8217;on y constate régulièrement des liaisons de proximité. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ne comprenant pas très bien où il voulait en venir, j&#8217;hasardais :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>«  Des liaisons de proximité ? »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Et lui de me répondre, sûr de son fait.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Tout à fait. Les phénomènes aériens induisent en fait un phénomène de type poltergeist. Et ainsi, on observe des pierres qui tombent, d&#8217;autres qui viennent dans ta direction à vitesse très rapide mais vont s&#8217;arrêter à tes pieds. Ça rend le Col de Vence très atypique. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">J’imagine que je blêmis légèrement à cet instant, la possibilité d&#8217;être assailli par une furieuse colonne de pierres en lévitation ne m&#8217;enchantant pas des masses. Léon, lui, se voulait serein, assurant que ces manifestations n&#8217;auraient rien d&#8217;hostiles. Les pierres n’heurteraient pas les gens de manière violente et auraient plus à voir avec un jeu qu&#8217;autre chose selon lui. Mouais. Face à mes interrogations pressantes – j’étais inquiet mais assez excité en même temps – il concéda tout de même qu&#8217;on puisse être désemparé par ce qu&#8217;il nous racontait là.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Le phénomène est assez extraordinaire, parce que les pierres fusent en direction des humains puis s&#8217;arrêtent d&#8217;un coup net à quelques centimètres du visage, avant d&#8217;opérer un revirement à quatre-vingt dix degrés et d&#8217;être réduites à l&#8217;état de poussière au moment de l&#8217;impact au sol. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Poussant sa démonstration jusqu’à l’absurde, il se saisit d&#8217;une pierre pour la jeter violemment, avançant qu&#8217;il est incompréhensible qu&#8217;elle puisse se désintégrer de la sorte. Malaise.</p>
<p style="text-align: justify;">Léon et ses compagnons de chasse du Col de Vence, sont pourtant des ufologues qu&#8217;on peut qualifier de sérieux. Exerçant tous des professions honorables de chercheurs, d&#8217;entrepreneurs ou de techniciens, ils ont gagné leurs gallons d&#8217;enquêteurs crédibles en démontant plusieurs fake et en rendant publiques le résultat de leurs travaux, recourant parfois même à des scientifiques et ingénieurs pour montrer qu&#8217;une photo a été truquée ou qu&#8217;une donnée technique sur un témoignage clochait. Nos hommes se targuent ainsi de pouvoir avancer qu&#8217;après enquête, 90% des cas qui leur sont soumis tiennent en fait du faux, du phénomène aérien, astrologique ou météorologique. Avec « les copains » comme Léon les appelle, ils ont construit une station qui mesure automatiquement les phénomènes aériens. Se basant sur un prototype inventé par des chercheurs de l&#8217;université d&#8217;Oslo – spécialisés dans l&#8217;étude des phénomènes aériens bizarres qui ont cours du côté de Hessdalen en Norvège – elle se déclenche pour enregistrer à chaque fois qu&#8217;un truc fait irruption dans le ciel. Equipée d&#8217;une camera noir et blanc à forte sensibilité, reliée à un PC minimaliste alimenté en permanence, leur station a vocation de tourner jour et nuit. Bon, après avoir créé trois prototypes, les résultats sont pour l&#8217;instant mitigés – proches du néant en d’autres mots – mais nos hommes ont foi en leur machine.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.49.06.png" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1414" title="Capture d’écran 2011-12-09 à 21.49.06" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.49.06.png" alt="" width="500" height="333" /></a><em>Le soleil qui fait un peu moins peur.</em></p>
<p style="text-align: justify;">De manière assez compréhensible, ils se méfient particulièrement des médias qui ont tendance à les ridiculiser ou au mieux ne garder que ce qui les intéresse. Relatant une mésaventure au goût amer avec Nice Matin, j&#8217;ai senti que Léon l&#8217;avait mauvaise, perdant un peu de sa bonne humeur alors qu&#8217;on repartait vers la voiture à l&#8217;assaut d&#8217;un second point chaud de la montagne.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Un jour, une photo est arrivée sur notre mail. Un type disait qu&#8217;il recherchait des fossiles sur le Col et qu&#8217;il était tombé sur un truc incompréhensible, un engin qu&#8217;il avait eu le temps de shooter avant de le voir partir à une vitesse incroyable »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Je me souvenais effectivement avoir lu cette enquête sur leur site internet.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Nice Matin avait eu vent de l&#8217;affaire. Ils avaient décidé de faire un article sur nous. On avait ici un truc factuel. On le donne donc à la journaliste en lui disant &laquo;&nbsp;Attention, cette enquête n&#8217;est pas finie, on ne sait pas si c&#8217;est véridique ou monté. Mais c&#8217;est intellectuellement intéressant de l&#8217;analyser et d&#8217;enquêter&#8230;&nbsp;&raquo; »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Nice Matin avait alors publié un papier qui laissait planer le doute. Lui tendant la perche, je rétorquais :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Et finalement, vous finissez par démonter l&#8217;histoire&#8230; »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Content de voir que j&#8217;avais lu deux ou trois trucs, il acquiesçait :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Effectivement, six mois plus tard, on a découvert qui étaient les instigateurs de la supercherie. Ils avaient comme intention de nous compromettre. On les a menacé de tout divulguer, leurs adresses etc. Ils ont tout avoué. On a ensuite renvoyé un courrier à Nice Matin, pour leur dire qu&#8217;on avait le fin mot de l&#8217;enquête. Et là, ils nous ont répondu que ça ne les intéressait pas et qu&#8217;en fin de compte on laissait dans le doute les gens. Alors tu comprendras qu&#8217;on a une réticence vis à vis des médias. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">A la décharge des ufologues, il est vrai que ce type d’information est toujours déprécié dans les médias, imprégné d’une forte condescendance. Le doute, lui, fait vendre du papier ou engendre du clic. La déception d’une réalité peu excitante, elle, ne mérite quasiment jamais le rétablissement de la vérité. Saloperie de médias.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Un triangle de la taille d&#8217;un terrain de foot </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un peu avant 21h, sur la route qui mène aux « <em>Trois Pierres</em> », un spot où Léon affirme avoir aperçu plusieurs fois des phénomènes d&#8217;objets stationnés dans le ciel, notre homme commençait à se détacher peu à peu de l&#8217;attitude stoïque et précautionneuse qu&#8217;il entretenait jusque là. Il confirmait sans détour sa conviction de l&#8217;existence de ces phénomènes inexpliqués. La brume avait alors complètement disparu et laissait place à un superbe soleil déclinant, mais l&#8217;air de la montagne était devenu si froid que notre guide se vit dans l&#8217;obligation de nous sauver la vie, à nous les pèlerins de l&#8217;ufologie, en refilant une polaire au photographe, me prêtant un manteau rouge trois fois trop grand pour ma gueule. Il nous trainait alors au milieu d&#8217;un doux paysage désertique, où une fine végétation humide trouvait tant bien que mal sa place au milieu d&#8217;un immense plateau parsemé de pierres étranges, qui ne dépareillaient pas sur l’unique satellite de la Terre.</p>
<p style="text-align: justify;">Le temps de nous expliquer dans les grandes lignes l&#8217;histoire de la scission qui avait précédé la création de son actuel groupe d’ufologues – «<em> le chef de l&#8217;ancien groupe faisait des faux !</em> » – Léon nous replongeait dans le cœur de notre sujet, nous contant la troublante observation qu&#8217;il avait fait en 2007 en compagnie de deux autres membres du groupe et du fils de l&#8217;un d&#8217;entre eux.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>On était au pied de l&#8217;arbre juste là. On venait de la voiture comme nous venons de le faire. C&#8217;était une belle nuit d&#8217;été, on regardait le ciel en discutant. On connait parfaitement notre ciel parce qu&#8217;on est passionnés et que c&#8217;est notre métier. Or il y avait deux étoiles qui n&#8217;étaient pas à leur place. On s&#8217;est dit &laquo;&nbsp;</em>Tiens, c&#8217;est marrant, ça doit être deux avions qui sont arrêtés.<em>&nbsp;&raquo; Mais je suis dans l&#8217;aéronautique et les feux de navigation des aéronefs, c&#8217;est un peu mon boulot. Or il n&#8217;y avait aucun feu de navigation de type aéronef en statique ou d&#8217;avion en progression. Et on s&#8217;est aperçu que ces deux feux étaient blancs et ne rayonnaient pas. En les observant de très près, ils ont commencé à pivoter.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">A cet instant, le suspens était évidemment insoutenable. Quelques secondes plus tôt, l&#8217;ami Léon déballait que comme beaucoup de gens dans le monde, nombre de locaux auraient déjà aperçu « <em>LE triangle </em>», un objet immense qui se baladerait aux quatre coins de la planète depuis les années 80. La taille dudit triangle serait gigantesque. Léon, lui, parlait carrément de la superficie d&#8217;un terrain de foot, peut-être deux voire trois même. Selon lui, la possibilité que les vaisseaux des visiteurs fassent effectivement cette taille est corroborée par la triangulation, une méthode de calcul, élaborée en mesurant depuis plusieurs points d&#8217;observations.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Ces point pris à travers le monde, nous amènent à des structures qui font entre 300, 500, 1000 mètres. On a même des objets qui ont été calculés à deux ou trois kilomètres. » </em></p>
<p style="text-align: justify;">Je commençais à avoir la sale impression de nager dans un grand délire et je ne manquais pas de lui dire. Mais Léon, en force tranquille et inébranlable est le genre de type qui accepte qu&#8217;on puisse douter de ce qu&#8217;il raconte. Il ne se froisse pas, tente d’apporter des réponses rationnelles&#8230; Sa digression terminée, je le ramenais donc vers notre affaire d&#8217;observation sur le site des « <em>Trois Pierres </em>» en 2007. Il reprenait de plus belle.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Oui et donc ce qu&#8217;il faut que je te dise aussi, c&#8217;est que juste avant qu&#8217;on ait eu le début de cette observation, je me suis pris une pierre sur le genou. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Putain, voilà qu’on revenait de nouveau à cette histoire de poltergeist. Je n’avais aucune envie de retourner à Cannes amoché à coups de pierres volantes. Lui continuait.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Et je te disais tout à l&#8217;heure que les phénomènes dit &laquo;&nbsp;de proximité&nbsp;&raquo; pouvaient induire des phénomènes aériens. On était donc en alerte. Et c&#8217;est là qu&#8217;en observant bien autour de nous, on a vu cette anomalie. On avait une paire de jumelles électroniques, d&#8217;autres paires de jumelles classiques et on a bien vu cette masse noire. Elle a pivoté, pivoté, et s&#8217;est retrouvée au dessus de la colle des Pouis. Et quand le dernier point lumineux a disparu, un flash énorme est énorme est apparu. Mais un truc, bouuuuiiirrrshh </em>(Il fait le bruit)<em>. Imagine que tu ouvres une porte où il y a beaucoup de lumière derrière et tu la refermes. Ça a été assez sympathique. Plusieurs fois d&#8217;ailleurs, le triangle a été filmé et photographié d&#8217;autres membres du groupe mais aussi par des gens à Cannes. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">En tant que journaliste, le problème inhérent avec ce type d&#8217;histoires est qu&#8217;elles sont évidemment invérifiables. Les documents vidéo ou photo laissent tout autant dubitatif, à tel point qu&#8217;à part être témoin soi-même d&#8217;un phénomène, difficile de croire à quoi que ce soit. Et en imaginant que ce soit vrai, resterait encore à convaincre le reste du monde, ce qui reviendrait de facto à probablement s&#8217;en aliéner la majeure partie. Bref, les convictions c&#8217;est bien beau mais ça ne fait pas le boulot, alors on a continué à arpenter les routes de la montagne à la recherche de quelque chose de plus tangible. Mais arrivés à ce point, on ne savait déjà plus très bien quoi.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.49.47.png" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1415" title="Capture d’écran 2011-12-09 à 21.49.47" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.49.47.png" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><em>Sur le site des « Trois Pierres », avec le blouson rouge.</em></p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Perdu dans les hypothèses </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La nuit était tombée et on était de moins en moins sereins le photographe et moi. A ce moment là, on était remontés dans la Fiat pour se rendre à « <em>La montagne qui chante</em> », un autre site clé du Col de Vence, un endroit franchement lugubre de nuit. Ce petit tronçon de route encastré entre deux murets, est coincé entre deux immenses falaises, niché juste en dessous d&#8217;une énorme ligne à haute tension de 400 000 volts. Il y règne une obscurité traitre et un silence de mort, tout juste parfois troublé par les plein phares et le bruit ronronnant de quelques bêtes métalliques dont on se demande ce qu’elles peuvent bien faire à rôder dans les parages. L’endroit tire ce nom lyrique des étranges sons que les habitués ont entendu pendant des années. Ceux-ci ont toutefois cessé depuis – Léon les attribuant aux réverbérations des ondes de la ligne, dans les cavités des montagnes environnantes.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce point de la nuit, on commençait à fatiguer et à se les peler sévère, profitant de chaque trajet pour se réchauffer un peu dans la caisse. Léon, décidément d’une humeur généreuse, nous imbibait de récits paranormaux et d’historiettes troublantes tout en conduisant. Une fois sur place, il a garé la voiture sur le bas-côté, comme on accoste dans un port peu accueillant. On est alors restés un long moment dans l’habitacle, la veilleuse allumée. Le gaillard a commencé à nous entretenir sur les cinq grandes hypothèses susceptibles de donner sens aux phénomènes non expliqués à ce jour. On en a pris plein la gueule, immobiles et engoncés dans nos sièges. Il a embrayé avec la première hypothèse, celle qu’on connaît tous.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Il s&#8217;agirait d&#8217;entités extra-terrestres vivant sur d&#8217;autres planètes similaires ou assimilées à la Terre. Ils auraient trouvé le moyen d&#8217;éviter leur propre autodestruction dans le cadre de leur révolution. Ils seraient aujourd&#8217;hui capables de voyager de planète en planète, de système solaire en système solaire voire peut-être de galaxie en galaxie. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Un silence religieux régnait dans la voiture et il a poursuivi avec une seconde tentative d’explication.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Une partie du phénomène serait liée à l&#8217;interdimensionnel, c&#8217;est à dire à des jonctions, des possibilités de transferts entre mondes parallèles. Les équations les plus exotiques démontrent qu&#8217;il n&#8217;est pas impossible que l&#8217;on soit confronté à une dimension qui est la nôtre, mais que quand on change de référence, les dimensions changent elles aussi. Ces phénomènes pourraient donc être des incursions dans notre dimension. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le photographe, toujours enfoncé dans la banquette arrière, écarquillait les yeux alors qu&#8217;il me semble avoir été parcouru d&#8217;un étrange sentiment, à mi-chemin entre l&#8217;incompréhension et la flemme de me faire des nœuds de cerveau. Léon lui était en roue libre.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Une autre possibilité est qu&#8217;il s&#8217;agirait de phénomènes intertemporels, d&#8217;entités biologique venant soit de notre passé, soit de notre futur. Voire de notre présent, à savoir qu&#8217;on aurait affaire à des groupes de chercheurs super avancés en matière d&#8217;ingénierie. Ils feraient des sauts dans l&#8217;espace temps pour leur propre calendrier, mais en étant des Terriens qui ont un programme de recherche qui leur est propre et nous échappe complètement depuis très longtemps. On a fréquemment des témoins qui affirment avoir vu sortir des humains de différents types appareils. Des humains qui sont venus discuter avec eux et leur ont dit qu&#8217;ils venaient soit de notre passé, soit de notre futur. Et même d&#8217;autres qui venaient du présent mais voyageaient dans le temps. Et ça c&#8217;est un pan qui est complètement occulté. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Frisson encore. Malaise de nouveau. Léon était tout à coup intarissable et usait un peu moins du conditionnel et du terme « <em>factuel</em> », qu’il se plait à marteler tant qu’il le peut, comme une manière de se prémunir de toute accusation de folie. Mais suite à l&#8217;énoncé de la quatrième hypothèse, Desailly m&#8217;a confié à notre retour à Cannes, qu&#8217;il pensait que notre homme était un peu taré. J&#8217;avais bien compris pour ma part qu&#8217;il se contentait de dresser les conjectures qui circulent dans le milieu, mais les propos qui allaient suivre seraient susceptibles d&#8217;envoyer n&#8217;importe qui à l&#8217;asile.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>La quatrième hypothèse est celle du pan intra-terrestre. On aurait peut-être affaire à des ethnies qui pour des raisons de survie se seraient retrouvées à développer leur civilisation dans le monde souterrain. Pour des raison qui leurs sont propres, ils feraient de temps en temps des incursions dans le monde aérien. On a beaucoup de témoignages historiques, qui nous ramènent à des possibles ethnies ayant ce type de comportement, notamment dans les Andes. Les locaux répètent assez régulièrement qu&#8217;ils sont confrontés à des gens qui rentrent dans la jungle, qui vivent dans des grottes et qui ont des aptitudes à voler, émettre de la lumière&#8230; Ils disparaissent, réapparaissent. Mais les légendes partent toujours d&#8217;une source. C&#8217;est à nous de les retrouver.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est alors que la veilleuse de la voiture, allumée depuis une vingtaine de minutes, pendant que Léon exposait ses hypothèses, s&#8217;est soudainement éteinte. Le noir total. J&#8217;ai été pris d&#8217;un coup de flippe à l&#8217;idée de rester en rade, alors qu&#8217;il devait être minuit et que l’insidieuse obscurité qui avait pris possession de l&#8217;espace, n’était pas du tout là pour nous rassurer. Après deux coups de clé, la voiture a fini par redémarrer. On a préféré sortir pour aller continuer la discussion au milieu de cette route de montagne déserte. Léon a continué à nous abreuver de la théorie du pan intra-terrestre, nous parlant des « <em>petits gris</em> », des êtres d&#8217;un mètre de haut qui seraient protégés dans les iles Salomon par les  « <em>Momos</em> », des géants. J&#8217;avais tout à coup la sensation qu&#8217;on avait plus affaire au même homme. Il était toujours aussi sympathique, son ton de voix était égal et ne traduisait aucun emportement, mais la personne globalement rationnelle des premières heures cédait petit à petit la place à un allumé semblant croire à toutes les légendes circulant sur les internets. Je bouillonnais vraiment de l&#8217;intérieur. Je n&#8217;en pouvais plus d&#8217;écouter ce ramassis de légendes sans broncher et lui lâchais sans détour :</p>
<p style="text-align: justify;">« Nan mais sérieusement Léon, entre nous, t&#8217;y crois à tout ça ?</p>
<p style="text-align: justify;">- Pour répondre à ta question, moi ce qui m&#8217;intéresse c&#8217;est le factuel. Il faut faire des recherches sur le terrain, avec des gens formés pour le faire. Quand on prend les histoires des îles Salomon, est-ce qu’il s’agit de légendes ou des faits avérés ? Il n&#8217;y a qu&#8217;une façon de le savoir : c&#8217;est aller sur le terrain, investiguer, monter des équipes de recherches. Et après avoir investigué pendant x temps&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">- Dire j&#8217;y crois ou j&#8217;y crois pas?</p>
<p style="text-align: justify;">- Ce n&#8217;est pas une question d&#8217;y croire ou pas. »</p>
<p style="text-align: justify;">Je reformulais ma question instantanément.</p>
<p style="text-align: justify;">« Mais être capable d&#8217;avoir des preuves tangibles et dire oui, j&#8217;y crois, parce qu&#8217;on a ou non les preuves suffisantes ?</p>
<p style="text-align: justify;">- Exactement. C&#8217;est très important cette démarche.</p>
<p style="text-align: justify;">- Mais les géants et les petits gris alors ?</p>
<p style="text-align: justify;">- Est-ce que je crois à ces bonhommes d&#8217;un mètre vingt ? Ça revient à me demander si je crois à ceux qui font sept mètres. On sait que l&#8217;anthropologie aujourd&#8217;hui, ne nous montre qu&#8217;une part des recherches et que les anthropologues viennent à trouver des tombes renfermant des squelettes qui font de trois à six mètres de haut. Ca fait partie de ce que l&#8217;on appelle &laquo;&nbsp;<em>les découvertes impossibles</em>&laquo;&nbsp;. Quand on se demande comment se fait-il qu&#8217;on trouve des tibias correspondant à des personnes de quatre ou six mètres de haut, et bien peut-être parce qu&#8217;un jour, notre planète était investie d&#8217;un pan du monde qu&#8217;on appelle le monde des géants. »</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;escapade n&#8217;en finissait plus et Léon enchainait avec ses histoires, nous racontant d&#8217;autres d&#8217;observations d&#8217;OVNI depuis le site de « <em>la montagne qui chante</em> » ;  malheureusement impossible à expliquer selon lui, malgré des enquêtes menées sur le terrain avec ses collègues. On a ensuite eu droit à l&#8217;épisode de « <em>la lune qui dansait sur place </em>», autre phénomène inexplicable entrevu par un de ses potes et sa mère, puis à l&#8217;incroyable anecdote de «<em> la voiture d&#8217;un autre copain bombardée des pierres sortant de nulle part sur des dizaines de kilomètres au retour d&#8217;une veillée</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, après une demi-heure ou une heure peut-être d&#8217;histoires rocambolesques – ne faisant qu’augmenter notre sentiment dégueulasse de tension, largement corrélé à l’isolement du monde dans lequel on se trouvait – Léon a fini par enfin nous confier la cinquième et dernière explication de ces curieuses apparitions d&#8217;objets dans le ciel. Elle est connue sous le nom d&#8217;hypothèse « <em>gaïenne</em> ». Pour résumer, tout ce bordel serait en fait l’expression de la conscience même de la Terre. Il viserait à susciter un changement spirituel de l’espèce humaine. Notre bonne planète nous enverrait donc un message – légèrement alambiqué hein – pour qu’on arrête de la foutre en l’air. Pas moins.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus les heures passaient et plus l&#8217;envie de partir de cet endroit devenait pressante. Conditionné par l&#8217;ambiance, j&#8217;ai même cru à moment donné apercevoir un truc dans la toile noire qui nous faisait face. Trois points lumineux dans le ciel formant un triangle parfait. Un froid glacial m&#8217;a transpercé le dos. N’entendant plus ce qu’il me racontait, les yeux rivés vers ce qui m’avait tout l’air d’être une « anomalie », j’ai fébrilement fait part de ma découverte. L&#8217;ufologue m&#8217;a remis gentiment à ma place, m&#8217;expliquant qu&#8217;il s&#8217;agissait-là simplement de « <em>trois étoiles scintillant dans leur environnement naturel</em> ». Les histoires s’accumulaient et « <em>la montagne qui chante</em> » jouait une mélodie qui n’avait rien d’apaisant. Peu après cet épisode, on est partis faire un ultime tour dans le Col, attendant d&#8217;autres camarades de Léon qui n&#8217;arrivèrent jamais.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le chemin du retour, sur les coups de deux ou peut-être trois heures du matin, un de ses collègues finit par appeler, pour nous dire qu&#8217;il était finalement en route en compagnie d&#8217;une équipe de télévision. On avait passé six ou sept heures là-bas pour notre part et on avait plus qu&#8217;une envie, arrivé à ce point ; aller se défoncer la gueule à Cannes dans une de ces soirées putassières, pour évacuer le chant oppressant de cette saloperie de montagne.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.49.21.png" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1416" title="Capture d’écran 2011-12-09 à 21.49.21" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/12/Capture-d’écran-2011-12-09-à-21.49.21.png" alt="" width="500" height="270" /></a><em>La montagne qui chante mais qui ne jouait pas de piano debout</em></p>
<p style="text-align: center;"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> A la recherche des traces des visiteurs </strong></p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;un point de vue extérieur, Léon a de quoi passer pour un type un peu siphonné, d&#8217;autant plus si on en reste aux explications parfois confuses ou incomplètes qu&#8217;il se délecte à distiller. Mais derrière ce personnage aux mille récits extravagants, se cache en réalité un individu sans doute légèrement naïf, foncièrement pas fou et avant tout profondément convaincu de l&#8217;existence des UFOs. Sa quête pour trouver des explications rationnelles à chaque cas improbable crédibilise sa soif de prouver, coûte que coûte, l&#8217;existence de ces phénomènes paranormaux. Histoire d&#8217;arriver à ses fins et montrer à ses détracteurs qu&#8217;il n&#8217;est pas un énième cinglé, Léon a imaginé depuis 2007 un projet pharaonique pour prouver ses dires. A la recherche de financements pour engager des scientifiques, des géologues, des mathématiciens ou encore des techniciens, il voudrait que tout ce petit monde puisse ensuite plancher et enquêter chaque jour de l&#8217;année, aux quatre coins du monde, sur les cas inexpliqués et autres légendes, afin de prouver ses intuitions et ses dires.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Mon projet est un SETI </em>[1] <em>qui n&#8217;est pas tourné vers les étoiles mais vers la Terre. Si une civilisation s&#8217;est baladée sur Terre pour X raisons, elle a automatiquement laissé des traces. Si j&#8217;ai les moyens, on écartera toutes les légendes urbaines et on vérifiera alors si ces traces existent ou pas. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Impatient, il concède qu’il a eu des touches n&#8217;ayant pas abouti et attend toujours son premier mécène. Son salut pourrait peut-être venir de la société marchande des Emirats Arabes Unis [2], qui s&#8217;intéresse selon ses dires à son projet, et plus largement aux manières de trouver de nouvelles formes d&#8217;énergies, problématique centrale dans les économies mondialisées.   Si Léon a le mérite d&#8217;accepter qu&#8217;on puisse mettre en doute ce qu&#8217;il prétend avoir vu, il n&#8217;en est pas moins habité par la volonté inébranlable de montrer que le dossier OVNI n&#8217;est pas une vaste blague. Cette drôle de force qui le caractérise est en réalité indissociable de son ambition de devenir le premier être humain à le prouver à la face du monde. Quelques minutes avant de définitivement redescendre vers les lumières de l&#8217;autoroute qui mène à Cannes, il a tenu à nous expliquer de manière assez éloquente que, contrairement à pas mal de ses confrères ufologues, il appréhende le dossier avec une vision universelle.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Je suis convaincu que le dossier UFO est le plus important que la Terre n&#8217;ait jamais porté. Il serait évidemment extraordinaire de pouvoir communiquer avec une autre espèce, échanger nos connaissances communes, nos erreurs, et comparer comment ils ont évolué par rapport à nous. Mais ce qui m&#8217;intéresse vraiment aujourd&#8217;hui, d&#8217;une façon officielle, c&#8217;est l&#8217;énergie. Les énergies fossiles vont nous faire défaut. Que ce soit le pétrole, le gaz ou le charbon on va dans le mur. Et on sait ce qu&#8217;il s&#8217;est passé au Japon avec le nucléaire. C&#8217;est en ce sens une opportunité énorme qui s&#8217;offre à nous. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Partagés entre la déception de ne pas avoir vu d’objet volant non-identifié, mais franchement pas mécontents de revenir à nos petites vies sans trop d’équations insolubles dans le cortex, c’est un peu secoués qu’on a quitté le Col de Vence, bien en mal de juger notre guide, quand bien même son enthousiasme apparait très borderline par moment. En nous déposant rue d&#8217;Antibes en pleine nuit, à quelques mètres d&#8217;une Croisette ployant sous l&#8217;effervescence de festivaliers alcoolisés, le sympathique Léon est descendu une dernière fois de la voiture pour nous saluer. Alors qu&#8217;on s&#8217;apprêtait à filer vers d&#8217;autres cieux, il a tenu à nous montrer un dernier truc qui trainait dans son coffre. Il sortit un tirage photo argentique énorme, un paysage avec une drôle de tâche bleue au milieu. « <em>Etonnant hein ? Et c&#8217;est un original ! </em>» Comment dire&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Loïc H. Rechi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tous les crédits photos : Vincent Desailly</p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">[1] Search for Extra-Terrestrial Intelligence (SETI) est un programme de recherche d’origine américaine créé des années 1960. Fermé en 2011 par la NASA, il avait pour but de détecter les signaux qu’une intelligence extraterrestre pourrait émettre, volontairement ou non, depuis sa planète d’origine.</p>
<p style="text-align: justify;">[2] En janvier 2011, au cours du très sérieux forum annuel de compétitivité organisé à Ryad en Arabie Saoudite, une conférence intitulée « Contact: Learning From Outer Space » a fait couler beaucoup d&#8217;encre dans le milieu des ufologues. Réunissant un parterre d&#8217;éminents spécialistes en la matière, il témoigne d&#8217;un changement certain dans les mentalités. Léon, y voit un signe très prometteur dans le cadre de sa levée de fond pour son projet.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Un reportage initialement publié dans le numéro #8 du </em><a style="font-style: italic;" href="http://snatch-mag.com/">magazine Snatch</a><em>.</em></p>
<div class="tweetthis" style="text-align:left;"><p> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=J%26%238217%3BAI+PASSE+UNE+NUIT+A+TRAQUER+LES+OVNIS+DANS+LE+COL+DE+VENCE+%5BREPORTAGE%5D+http%3A%2F%2Fis.gd%2FdfwH00" title="Post to Twitter"><img class="nothumb" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/plugins/tweet-this/icons/en/twitter/tt-twitter.png" alt="Post to Twitter" /></a> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=J%26%238217%3BAI+PASSE+UNE+NUIT+A+TRAQUER+LES+OVNIS+DANS+LE+COL+DE+VENCE+%5BREPORTAGE%5D+http%3A%2F%2Fis.gd%2FdfwH00" title="Post to Twitter">Tweet This Post</a></p></div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/AbstraitConcret/~4/tkKJbwYBGRc" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
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		<title>CINQ SEMAINES DANS L’ENCLAVE DE CEUTA AVEC LES MIGRANTS : REPORTAGE PHOTO</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Nov 2011 19:46:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ailleurs]]></category>
		<category><![CDATA[CEUTA]]></category>
		<category><![CDATA[CEUTA DOUCE PRISON]]></category>
		<category><![CDATA[CEUTA MIGRANTS ENCLAVE]]></category>
		<category><![CDATA[CEUTA MUR EUROPE]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1010032.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1376" title="F1010032" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1010032.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ceuta, enclave espagnole au nord du Maroc, morceau d&#8217;Europe en Afrique, territoire soigneusement protégé par  un grillage de six mètres de haut, sur plusieurs kilomètres, surveillé nuit et jour par des bataillons de soldats espagnols. Ce qu&#8217;on appelle communément un mur. Chaque année, des centaines de migrants se démerdent pourtant pour contourner cette barrière. Ils passent  en général par la mer, et risquent leur vie dans des bateaux gonflables – ou à la nage pour les plus pauvres d&#8217;entre eux, avec des chambres à air de pneu en guise de bouée. L&#8217;entrée dans Ceuta marque souvent une étape forte, d&#8217;un long voyage extrêmement physique censé les mener à l&#8217;Europe. Ils viennent des quatre coins de l&#8217;Afrique, et ont au moins tous traversé le Sahara, craint les passeurs en Algérie et essuyé les coups de la flicaille marocaine. Mais une fois à l&#8217;intérieur de l&#8217;enclave – parfois après dix tentatives avortées – c&#8217;est la léthargie qui succède à la lutte physique. Ils ont beau être en Europe, Ceuta ne fait pas partie de l&#8217;espace Schengen, ce qui les condamne à attendre que l&#8217;état espagnol statue sur leur cas, soit en demandant à leur pays d&#8217;origine de les rapatrier – ce que lesdits pays ne font pas toujours – soit en les acceptant sur son territoire.</p>
<p style="text-align: justify;">A vrai dire, j&#8217;ai eu l&#8217;occasion de parler à plusieurs reprises de Ceuta, que ce soit <a href="http://www.abstrait-concret.com/2010/05/21/ceuta-salle-dattente-migratoire-incertaine-le-trailer/">dans ces colonnes</a> ou <a href="http://owni.fr/2011/02/18/ceuta-tombeau-du-reve-europeen/">celles d&#8217;OWNI</a>, et une fois n&#8217;est pas coutume, je ne vais pas écrire un article de six pieds de long.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;y suis allé à deux reprises avec mon compère Jonathan Millet. On a fini par y rester cinq semaines cet été, en immersion totale avec ces migrants, ces &laquo;&nbsp;aventuriers&nbsp;&raquo; selon la terminologie dont ils se sont affublés. Nous avons tourné un documentaire à cette occasion, un film intitulé &laquo;&nbsp;Ceuta douce prison&nbsp;&raquo; qui résume la situation d&#8217;attente interminable à laquelle ils sont soumis à l&#8217;intérieur de ce confetti balnéaire espagnol. Je vous propose donc une plongée avec une quinzaine de photos légendées pour vous imprégner de l&#8217;atmosphère parfois dégueulasse, mais parfois pleine d&#8217;une drôle de grâce qui règne dans ce bout d&#8217;Europe claquemuré.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>NB : le documentaire est aujourd&#8217;hui en cours de production. Il devrait sortir dans le courant de l&#8217;année 2012. Vous pouvez découvrir <a href="http://www.kisskissbankbank.com/projects/ceuta-douce-prison">le projet en détail sur la page KissKissBankBank qui lui est dédié</a> et nous aider un peu en faisant un don financier. </em></p>
<p>(Pour voir les photos en grand format – ce que je recommande fortement – cliquez dessus)</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/1.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1378" title="1" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/1.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/1.jpg"></a>Le CETI signifie centre de séjour temporaire pour immigrants. Les migrants en question peuvent y entrer et en sortir librement entre 7h et 23h. Pas besoin de centre fermé à Ceuta, c&#8217;est la ville toute entière qui fait office de centre de rétention.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/3.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1379" title="3" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/3.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Guy, un Gabonais de 26 ans bloqué dans Ceuta depuis trois mois, a écopé d&#8217;une punition par la direction du CETI pour une sombre histoire de vol de téléphone. Il est tenu de balayer la route qui mène au centre une heure par jour pendant une semaine. Il y voit surtout une occasion de déconner avec ses potes, et de siffler des bières en &laquo;&nbsp;travaillant&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: center;"><em><span id="more-1370"></span><br />
</em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/2.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1380" title="2" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/2.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Farat est un Syrien qui était à Ceuta depuis plus de deux ans quand on l&#8217;a rencontré. Pendant des semaines, on a senti le désespoir sourd d&#8217;un mec qui regrettait d&#8217;avoir choisi de passer par Ceuta pour rejoindre l&#8217;Europe. Sur cette photo prise devant l&#8217;entrée du CETI, quelques jours avant notre départ, il jubile : il a appris la veille que le gouvernement espagnol le laissait rejoindre la péninsule, libre.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1030011.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1382" title="F1030011" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1030011.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Quand ils ne trainent pas au CETI, les migrants essaient tant bien que mal de trouver un peu de &laquo;&nbsp;boulot&nbsp;&raquo;, ce qui consiste généralement à aider les locaux à garer leur voiture, sorte de mendicité déguisée. Ici, Simon, un Tchadien de 23 ans en pleine action.</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1020031.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1381" title="F1020031" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1020031.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Le centre-ville étant situé à pas loin de cinq kilomètres à pied du CETI, les moindres déplacements requièrent de longues marches dans des endroits parfois éminemment cinématographiques. Ici, les entrepôts de marchandises à proximité du port de fret.</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1020018.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1383" title="F1020018" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1020018.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Trouver de quoi s&#8217;occuper, quand on a pas le droit de travailler, pas le droit de sortir de Ceuta. Pour la majorité d&#8217;entre eux, enquiller les bières devient bien souvent une activité fédératrice, un pilier du quotidien. Eric, un Centre-africain de 18 ans, prend du bon temps le long de la promenade maritime de Ceuta et pointe son doigt vers Gibraltar, quinze kilomètres et un détroit maritime plus loin.</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/10.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1384" title="10" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/10.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a><br />
Marius, 27 ans, Tchadien. Un des personnages principaux du documentaire avec Guy et Simon. A la différence de pas mal d&#8217;autres, il s&#8217;en sort plutôt bien avec un travail d&#8217;entretien rémunéré entre 10 et 20 euros la matinée, deux fois par semaine, à l&#8217;église. Il espère rejoindre son frère, déjà en Espagne, à Valencia.</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/6.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1385" title="6" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/6.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Les migrants trainent hors du CETI tant que possible. Situé sur un terrain militaire, le centre est entouré de forêt de toute part. Véritable second lieu de vie, les mecs ont par conséquent tendance à y trainer énormément, pour picoler, pour rigoler, autrement dit pour se changer les idées&#8230;</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/7.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1386" title="7" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/7.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">&#8230; et comme ils détestent la bouffe qu&#8217;on leur sert à l&#8217;intérieur, leurs repères en forêt – les &laquo;&nbsp;tranquilos&nbsp;&raquo; – font aussi office de bar-restaurant où l&#8217;on peut acheter des bières à 50 cents l&#8217;unité, et où l&#8217;on peut manger quelques spécialités congolaises ou camerounaises.</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/4.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1387" title="4" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/4.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Les moments passés en forêt sont aussi l&#8217;occasion de ressasser les rêves d&#8217;Europe, de panser les cicatrices de voyage. Beaucoup de migrants se sont déjà croisés en  chemin, dans le désert du Niger, les ghettos de l&#8217;Algérie ou les forêts marocaines, avant de se retrouver à Ceuta. Guy (à gauche), Christian (au centre), Marius (à droite) et Patrick (derrière), se remémorent la violence de &laquo;&nbsp;l&#8217;aventure&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/8.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1388" title="8" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/8.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Tous ne passent pas par la mer. &laquo;&nbsp;Cousin&nbsp;&raquo;, le Congolais avec sa petite-fille de deux ans ont payé un passeur qui les a caché dans une voiture pour rentrer dans Ceuta. A leur gauche, ce type dont j&#8217;ai oublié le nom porte sur son visage les stigmates de deux ans et demi d&#8217;enfermement et d&#8217;abus d&#8217;alcool à Ceuta.</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1020005.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1389" title="F1020005" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1020005.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;alcool toujours. Alors que Marius est en train de pêcher des poissons qu&#8217;ils partageront plus tard en forêt, Simon et Christian s&#8217;affairent à mélanger du mauvais vin en brique avec du Coca, sous le regard du petit Joakim, 16 ans à peine. Ils ne le savent pas, mais cette mixture – appelée calimotxo – est une infamie éthylique pourtant adorée des ados espagnols.</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1010029.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1390" title="F1010029" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1010029.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;il y a un état qui colle à la peau des migrants de Ceuta, c&#8217;est bien l&#8217;apathie. Sans droit formel de travailler, sans réponse possible quant au temps qu&#8217;ils passeront dans l&#8217;enclave, et loin de leur famille, tous ou presque sont sujets à la dépression&#8230;</p>
<p style="text-align: center;"><img title="F1030020" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/11/F1030020.jpg" alt="" width="500" height="333" /></p>
<p style="text-align: justify;">&#8230; et les jours finissent par tous se répéter inlassablement. Christian, le regard dans le vide, passe une énième matinée en forêt à rêver d&#8217;Espagne, à fumer des clopes pas chères, au milieu d&#8217;un des &laquo;&nbsp;tranquilos&nbsp;&raquo; en forêt, détruit quelques jours plus tôt par les militaires dans le cadre d&#8217;un exercice d&#8217;entrainement.</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: left;"><strong><em>Crédits photos: Loïc H. Rechi</em></strong></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;">
<p><!-- END SIMPLEVIEWER EMBED --></p>
<div class="tweetthis" style="text-align:left;"><p> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=CINQ+SEMAINES+DANS+L%26%238217%3BENCLAVE+DE+CEUTA+AVEC+LES+MIGRANTS+%3A+REPORTAGE+PHOTO+http%3A%2F%2Fis.gd%2FKaMHPJ" title="Post to Twitter"><img class="nothumb" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/plugins/tweet-this/icons/en/twitter/tt-twitter.png" alt="Post to Twitter" /></a> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=CINQ+SEMAINES+DANS+L%26%238217%3BENCLAVE+DE+CEUTA+AVEC+LES+MIGRANTS+%3A+REPORTAGE+PHOTO+http%3A%2F%2Fis.gd%2FKaMHPJ" title="Post to Twitter">Tweet This Post</a></p></div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/AbstraitConcret/~4/bhQb8w6VYKA" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
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		<title>A NEW-YORK, DES SDF JOUENT AU FOOTBALL POUR SE SORTIR DE LA MERDE</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Sep 2011 13:51:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[COUPE DU MONDE DE FOOTBALL DES SDF]]></category>
		<category><![CDATA[CRISE AMERICAINE ET SANS ABRIS]]></category>
		<category><![CDATA[FOYERS DE SANS-ABRIS NEW-YORK]]></category>
		<category><![CDATA[SDF NEW-YORKAIS]]></category>
		<category><![CDATA[SHELTER WARD'S ISLAND]]></category>
		<category><![CDATA[STREET-SOCCER SDF NEW-YORK]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit Photo: Antoine Doyen (2010) Lundi 11 octobre 2010. Je vis le premier jour de ma vie sur le continent américain. Par le truchement d’une série de hasards et de désistements, je suis planté au milieu d’un carrefour de Harlem, au croisement de la 125ème et de Lexington, à guetter l&#8217;arrivée d&#8217;un bus qui stigmatise [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/09/AD001-1693-street-soccer-TK-Manhattan.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1353" title="street soccer TK Manhattan" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/09/AD001-1693-street-soccer-TK-Manhattan.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit Photo: Antoine Doyen (2010)</em></p>
<p style="text-align: justify;">Lundi 11 octobre 2010. Je vis le premier jour de ma vie sur le continent américain. Par le truchement d’une série de hasards et de désistements, je suis planté au milieu d’un carrefour de Harlem, au croisement de la 125ème et de Lexington, à guetter l&#8217;arrivée d&#8217;un bus qui stigmatise nécessairement ses passagers. Il va sans dire que je ne suis pas très serein. Alors que seuls quelques individus semblaient véritablement l’attendre quelques secondes plus tôt, voilà que l’habitacle du M35 – tout juste arrivé – ploie déjà sous la pression d’une marée humaine. Les corps de dizaines d’individus s’entrechoquent dans une violence aussi physique que sociale. Selon un article du New-York Times consacré à ce bus emprunté uniquement par des homeless – parce qu&#8217;il ne dessert que des foyers de sans-abris – les utilisateurs ont en fait l’habitude d’attendre dans la bouche de métro ou les boutiques à côté, ne pointant leur ganache qu’au moment où celui-ci se vient s&#8217;arrimer le long de la chaussée. Beaucoup des individus qui se succèdent au portillon, ont des mines patibulaires. Tout l’imaginaire des milliers d’heures de films et de séries américaines emmagasiné l’espace de toute une vie, ressurgit. Cette pensée a beau être ridicule, je ne peux m’empêcher d’avoir l’impression d’être plongé, l’espace de quelques secondes, dans un épisode de The Wire. La plupart de ces types me rappellent les gangstas de Baltimore et l’accent au couteau qui va avec de paire avec ce genre d&#8217;existence. D&#8217;autres seraient dignes de jouer les figurants dans un long-métrage sur la culture des pimps.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sentiment manifeste de ne rien n’avoir à foutre ici, de n’être absolument pas à ma place dans ce bus à l’ambiance malsaine, m’envahit malgré moi. Aucun regard menaçant pourtant, ni même d’attention ou de curiosité prolongées à notre encontre, dans ce bus où le photographe, un vieux psychopathe et moi-même, sommes les seuls blancs au milieu d’une soixantaine de reunois et de quelques latinos. Nombre de gars hurlent sans arrêt avec des intonations exagérément ghetto, exhortant le chauffeur à <em>démarrer son putain de bus</em>. Puis sans raison apparente, le ton monte entre le blanc psychotique et un afro-américain au visage plutôt doux. Ce dernier engage les hostilités verbales. Il taxe le vieux taré de raciste. Le ton monte salement entre les deux bonhommes. L’illuminé se retourne sans cesse alors que son opposant est pourtant debout à sa gauche. Les yeux de ce fou aux longs cheveux blanc dégagent une expression terrifiante. Ses gesticulations incessantes traduisent une condition mentale piteuse. La pluie se met à tomber et des éclairs fracassent bientôt le ciel noir new-yorkais alors que les insultent fusent de part et d’autre. Je ne bouge plus et me demande ce que je fous assis là, coincé dans ce putain de bus à l’arrêt depuis pas loin d’un quart d’heure. Je ne dis rien et le photographe assis à ma gauche non plus. Il est pourtant impensable de bouger d’un pouce. C’est dans ces situations qu’on passe des caps mentaux. Je repense à l’heure et demie dans les pattes de la police marocaine à la frontière de Ceuta, six mois plus tôt, en mars 2010, un de ces désagréables moments à foutre sans doute dans le même sac. Alors on se donne de la contenance pour oublier la peur inhérente à ces situations à dix milles lieux de sa petite vie quotidienne et je me surprends à me trouver pathétique, en m’écoutant bafouiller quelques mots sur la pluie à l’attention de mon collègue. <em>Surprenant, cette pluie soudaine hein?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1352"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, le bus démarre et prend la direction de l’échangeur envoyant chaque jour des flots ininterrompus de bagnoles vers le Queens, Brooklyn et le Bronx. Le brouhaha persiste mais la tension diminue petit à petit. Le black –  qui n’a définitivement pas une gueule de méchant – explique à l’autre barge qu’il pourrait le démonter à la sortie du bus mais il choisit finalement de se détourner du gaillard. Mon malaise n’a pas disparu, loin de là, mais il a le mérite de diminuer lentement. Une vingtaine de minutes plus tard, nous débarquons sur Ward’s Island au pied du shelter Help USA, ce refuge pour sans domicile fixe, dans lequel nous viendrons à trois reprises en l’espace de dix jours pour suivre plusieurs d’entre eux. A l’intérieur, j’évite tant que possible de croiser les regards, plus vraiment bienveillants cette fois, de ces dizaines de types qui pointent maintenant pour passer la nuit au chaud et s’interrogent clairement sur la raison de la présence de deux petits tocards européens dans un tel lieu. Nous voilà maintenant à arpenter les couloirs verdâtres du shelter, des couloirs glauques, glauque comme la couleur qui donne l’essence à ce mot. Et finalement, tout au bout, après des dizaines de mètres de couloirs, le terrain de street-soccer, tout recouvert de plastique bleu et nos hommes en tenue d’entrainement. Ceux là-même qui m’amènent ici, pour la première fois, en Amérique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est là que j’ai rencontré TK pour la première fois. Au fond d&#8217;un dédale de couloirs verdâtres qui mène à un terrain de football en salle mal éclairé, il était là, maillot du Milan AC sur le dos, short et pompes de foot aux pieds. Un peu plus loin, quelques gars se faisaient des passes en se chambrant gentiment. Charlie, le gardien, comme d’habitude, traînait devant ses cages, ses écouteurs vissés aux oreilles. La saison débutait à peine, l&#8217;heure était encore à la détente. En ce lundi soir pluvieux d&#8217;octobre, TK était l&#8217;un des rares sur le terrain à jouer en qualité de bénévole et non en tant que de pensionnaire du <em>shelter</em>. A la différence des dizaines d&#8217;autres qu&#8217;on trouve à New-York, le foyer Help USA de Ward&#8217;s Island offre à chaque habitant l&#8217;opportunité d&#8217;intégrer une équipe de street soccer – variante du football, le street soccer se joue sur des terrains d&#8217;une vingtaine de mètres, à quatre joueurs, au cours de match d&#8217;une durée quatorze minutes. Un moyen de se reconstruire à travers le sport, bercé par le bruit sourd des ballons qui claquent contre les balustrades.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Engrenage en temps de crise</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">TK revient de loin. Né dans l&#8217;état du Kentucky, dans Middle West, il quitte les Etats-Unis à l&#8217;âge de deux ans avec ses parents, ses trois frères et ses deux sœurs, direction Ilorin – l&#8217;une des plus grosses métropoles du Nigéria – dont son père est originaire. Là-bas, la vie de famille est rythmée par les disputes incessantes des parents qui abandonnent souvent les enfants à eux-mêmes. A vingt et un ans, Tokunbo choisit de retourner vivre aux Etats-Unis, à New-York. Il rêve d&#8217;une vie meilleure, veut faire des études. Mais les choses ne se passent pas vraiment comme prévu et le gaillard se met à refourguer de la came, de l&#8217;héroïne en l’occurrence. Il mène alors grand train, voyage beaucoup, à Londres ou Paris notamment. Puis un jour, il se fait coffrer par la police et mange une peine de deux ans de prison pour possession – selon ses dires – de deux kilos et demi de rabla. Libéré au bout d&#8217;un an, il enchaîne des petits boulots de serveurs pendant plusieurs années. En 2007, il retourne à l&#8217;école pour obtenir son GED, le diplôme de fin d’études secondaires. Son destin semble alors prendre un tour moins foireux. Mais tout s&#8217;écroule pourtant de nouveau à la fin de l&#8217;année 2009 quand il perd son emploi de serveur dans un restaurant de Long Island. Incapable de payer son loyer, il est flanqué à la porte par son proprio. Il devient alors &laquo;&nbsp;<em>un marginal auprès de [s]es prétendus amis</em>&nbsp;&raquo; qui lui tournent le dos, un à un et se retrouve désespérément dans l’obligation de dénicher un endroit où crécher. Un après-midi de novembre 2009, hagard, il monte pour la première fois dans l’infâme M35, en route pour Ward&#8217;s Island, à peu près dans le même état que moi  le premier jour. A la différence près que lui n’était pas là pour y faire du tourisme journalistique. &laquo;&nbsp;<em>J&#8217;étais complètement perdu mais en même temps, je ne savais pas ce que je devais ressentir ou comment réagir car je n&#8217;avais jamais mis les pieds dans un foyer. Ma confusion était totale.&nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">TK rejoint alors le cortège des SDF qui survivent tant bien que mal dans la jungle des foyers new-yorkais. A l&#8217;époque, la crise économique aux Etats-Unis – consécutive au krach de l&#8217;automne 2008 – n&#8217;en est déjà plus à sa première victime. Tous les mois, plusieurs centaines de milliers d&#8217;emplois sont détruits et en novembre 2009 – au moment où il perd le sien – le taux de chômage atteint 7,2%, son plus haut niveau depuis janvier 1993. Au cours de l’année 2010, le chiffre du chômage frôlera quasiment les 10%.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En trente ans, le nombre de SDF n’a fait qu&#8217;augmenter à New York. Là où, en 1983, environ 5000 personnes dormaient chaque soir dans un foyer, le chiffre atteint un pic historique à la fin de l’année 2009 flirtant avec les 40 000 laissés pour compte. Et chaque année depuis 2007, ce sont plus de 100 000 personnes différentes qui font l&#8217;expérience de dormir en foyer à New York. Alors qu’à Wall Street les banques bénéficiaient du sauvetage de l’Etat, dans tout le reste du pays – à cause de l&#8217;absence d&#8217;amortisseurs sociaux – le nombre de sans-abris grimpait à un niveau jamais atteint depuis la crise de 1929.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Catapulté au foyer de Ward&#8217;s Island, TK traîne partout avec lui son spleen et sa vieille paire de chaussures de foot. Jusqu’au jour où un pensionnaire lui parle de l’équipe de street soccer du foyer. Fanatique absolu de football – ce mec est capable de se farcir des Sochaux – Le Mans en Pay Per View – TK s&#8217;y lance corps et âme. Initiative quasiment unique aux Etats-Unis, l&#8217;équipe de street soccer du <em>shelter</em> de Ward&#8217;s Island fait littéralement office de cellule de soutien. Bénévoles et permanents aident les gars – souvent en manque de repères – à se réinsérer. Ils établissent avec eux des &laquo;&nbsp;<em>objectifs personnels</em>&nbsp;&raquo; tous les trois mois, les poussant à retrouver un boulot pour reprendre pied dans une société qui avance comme un bulldozer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Un sport de meuf</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le choix du football comme vecteur d&#8217;intégration peut surprendre. Aux Etats-Unis, il est loin d&#8217;être aussi populaire que le basketball, le football américain et le baseball, les trois disciplines reines. Il a pourtant son heure de gloire à la fin des années 1970, quand Steve Ross, le patron de la Warner Bros, investit sans compter dans l&#8217;équipe du Cosmos de New-York qui accueille alors des pointures internationales comme les Brésiliens Pelé et Carlos Alberto, l’impayable Italien Giorgio Chinaglia ou encore l’insupportable Kaiser, Franz Beckenbauer. L&#8217;aventure part pourtant en couille quelques années plus tard quand le club, empêtré dans des histoires de pognon mal géré, finit par vendre sa pléiade de stars. En même temps que le Cosmos dérive, le soccer retombe dans l&#8217;oubli. Essentiellement pratiqué par les filles, notamment à l&#8217;université, il traîne alors la réputation d&#8217;un sport de gonzesse pendant deux décennies mais redevient attractif en1994, date à laquelle les Etats-Unis organisent la coupe du monde du football pour la première fois. S&#8217;il n&#8217;atteindra sans doute jamais la popularité des trois grands sports américains, il est toutefois aujourd’hui pratiqué par vingt millions de personnes chaque année.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lawrence Cann, 32 ans, est l&#8217;un des principaux initiateurs du programme de street soccer du foyer Help USA de Ward&#8217;s Island. C&#8217;est à partir de 1997 – alors qu’il n’est encore qu’un étudiant en art à Davidson, en Caroline du Nord – qu&#8217;il prend conscience du potentiel social du soccer. Au retour d&#8217;un voyage au Cameroun, le premier de sa vie hors des Etats-Unis, il devient bénévole au sein d&#8217;une association locale de distribution de  soupe populaire, le Urban Ministry center. Entre deux services, Lawrence écoute beaucoup ceux qui vont et viennent. Il observe l&#8217;afflux chaque jour grandissant d&#8217;adolescents, livrés à eux-mêmes qui s&#8217;ennuient à crever et décide, avec plusieurs travailleurs sociaux, d&#8217;intégrer une activité sportive au programme d&#8217;urgence alimentaire de l&#8217;association.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;Rapidement, le football s&#8217;est imposé comme l&#8217;activité idéale. Le soccer était un truc relativement nouveau pour nos gars. Ça a pris immédiatement. L&#8217;équipe devenait un vrai repère. On apprenait tous ensemble. En plus c&#8217;est une activité qui repose moins que la plupart des sports sur des avantages physiques, comme par exemple la taille au basket-ball. Autre point positif, il permet aux immigrés de s&#8217;intégrer. Au foot, pas de barrière de la langue, c&#8217;est juste le langage du ballon. Et puis, les règles du soccer sont très simples. Bref, c&#8217;est clairement un sport plus intégrateur.&nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Trophée du fair-play</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pendant plusieurs années, Lawrence Cann anime l&#8217;activité du street soccer de l&#8217;association et entend parler un jour de la coupe du monde de football des SDF. En juillet 2005, il y emmène une équipe composée des huit meilleurs joueurs du coin – la seule du pays – pour représenter les Etats-Unis en Ecosse. L&#8217;équipe se fait éclater sur le terrain mais repart avec le trophée du fair-play. Fort de cette reconnaissance inespérée, Lawrence Cann organise en 2007 une conférence à laquelle participent des travailleurs sociaux de tout le pays. De nombreux intervenants affichent leur envie de mettre sur pied une communauté street soccer pour les sans-abris. Dans la foulée, le garçon commence à travailler avec the National Coalition for the Homeless, chargée de l&#8217;amélioration des conditions de vie des sans-abris. A peine deux ans plus tard, pas moins de dix programmes avaient déjà été créés à travers tout le pays. En 2009, il peut alors organiser la première coupe annuelle nationale: la &laquo;&nbsp;Street Soccer USA Cup&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La même année, en janvier 2009, Lawrence Cann s&#8217;installe à Big Apple et monte le programme de street soccer du foyer de Ward&#8217;s Island, en partenariat avec Help USA. Les instruments pour mesurer le taux de retour de ces programmes sont encore en cours de création mais Lawrence et toute l&#8217;équipe de Street Soccer USA se sont déjà rendus compte que dans le courant de l&#8217;année où les individus intègrent l&#8217;équipe, 75% d&#8217;entre eux retrouvent un job ou un appartement, renouent les liens avec leur famille, reprennent leurs études ou vont au bout d&#8217;une cure de désintoxication. TK est l&#8217;un d&#8217;eux. Tout en participant au programme street soccer du <em>shelter</em>, il a consciencieusement passé les entretiens d&#8217;embauche dégottés par l&#8217;équipe dirigeante. Deux mois après son entrée, il a repris un appartement– &laquo;&nbsp;<em>deux mois qui m&#8217;ont donné l&#8217;impression de durer vingt ans</em>&nbsp;&raquo; me confira t-il un jour – grâce à une somme d&#8217;argent que lui rend les impôts avant de retrouver un boulot à peine un mois plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Will Mazzuto, la trentaine, est l’un des responsables du programme au côté de Lawrence Cann. C&#8217;est la récession qui l&#8217;a indirectement amené à Ward&#8217;s Island. Après la perte de son emploi dans la finance à Wall Street début 2009, Will entend parler de l&#8217;initiative Street Soccer USA. Entraîneur d&#8217;équipes de soccer dans des universités du New-Jersey, il décide à l&#8217;été 2009 de mettre son temps de jeune chômeur au service du projet. Le voyant très impliqué, Lawrence Cann lui offre l&#8217;opportunité de rejoindre l&#8217;organisation comme employé, d&#8217;abord à mi-temps. En janvier 2010, il y devient directeur à plein temps partageant ses heures entre l&#8217;organisation du tournoi annuel d&#8217;une part et la levée de fond, le coaching et le suivi des objectifs des gars de l’autre, à commencer par TK.</p>
<p style="text-align: justify;"><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="500" height="375" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="wmode" value="transparent" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="bgColor" value="#AAAAAA" /><param name="flashvars" value="target=_self&amp;f_l=t&amp;f_fscr=t&amp;f_tb=f&amp;f_bb=t&amp;f_bbl=f&amp;f_fss=f&amp;f_2up=t&amp;f_crp=t&amp;f_wm=t&amp;f_s2f=t&amp;f_emb=t&amp;f_cap=t&amp;f_sln=t&amp;imgT=casc&amp;cred=iptc&amp;trans=xfade&amp;f_link=t&amp;f_smooth=f&amp;f_mtrx=t&amp;tbs=4000&amp;f_ap=t&amp;f_up=f&amp;btype=old&amp;bcolor=%23CCCCCC" /><param name="src" value="http://www.photoshelter.com/swf/CSlideShow.swf?feedSRC=http%3A//antoinedoyen.photoshelter.com/gallery/Street-Soccer-usa-Jun-Oct-2010/G0000Jk0o1.rF7.M%3Ffeed%3Djson" /><param name="bgcolor" value="#AAAAAA" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="500" height="375" src="http://www.photoshelter.com/swf/CSlideShow.swf?feedSRC=http%3A//antoinedoyen.photoshelter.com/gallery/Street-Soccer-usa-Jun-Oct-2010/G0000Jk0o1.rF7.M%3Ffeed%3Djson" flashvars="target=_self&amp;f_l=t&amp;f_fscr=t&amp;f_tb=f&amp;f_bb=t&amp;f_bbl=f&amp;f_fss=f&amp;f_2up=t&amp;f_crp=t&amp;f_wm=t&amp;f_s2f=t&amp;f_emb=t&amp;f_cap=t&amp;f_sln=t&amp;imgT=casc&amp;cred=iptc&amp;trans=xfade&amp;f_link=t&amp;f_smooth=f&amp;f_mtrx=t&amp;tbs=4000&amp;f_ap=t&amp;f_up=f&amp;btype=old&amp;bcolor=%23CCCCCC" bgcolor="#AAAAAA" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" wmode="transparent"></embed></object><br />
<a href="http://antoinedoyen.photoshelter.com/gallery/Street-Soccer-usa-Jun-Oct-2010/G0000Jk0o1.rF7.M">Street Soccer usa (Jun., Oct. 2010)</a> &#8211; Images by <a href="http://antoinedoyen.photoshelter.com">Antoine Doyen</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une vie d&#8217;Américain moyen</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si TK s’en est sorti rapidement, ce n&#8217;est pas franchement le cas de tous. Les résidents restent rarement moins de six mois au foyer. C&#8217;est le cas d&#8217;Angelo, 22 ans, qui vient juste de trouver un boulot de serrurier dans une petite boutique à Harlem après sept mois passés ici. C&#8217;est aussi le cas du &laquo;&nbsp;révérend&nbsp;&raquo;, Anthony, 43 ans, ex-agent immobilier et fondateur de sa propre église – la Chosen Tabernacle Assembly Church, d&#8217;obédience chrétienne. Comme d&#8217;autres, Anthony a tout paumé avec la crise, à commencer par sa maison et sa petite entreprise. En attendant de retrouver un toit pour sa famille, il étrenne pour le moment ses beaux costards au foyer et à l&#8217;Université catholique de St-Johns, à New York où il a repris ses études.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Au final, c&#8217;est bien de famille qu&#8217;il s&#8217;agit avec le street soccer. Après chaque entrainement, les joueurs et les volontaires, encore tout suintant, s&#8217;assoient en cercle à même le sol de la petite bibliothèque du foyer, adjacente au gymnase. Tour à tour, chacun se raconte. Angelo, le serrurier explique comment le programme lui a appris à canaliser sa rage. Edwin, un Portoricain d&#8217;une quarantaine d&#8217;années dit avoir enfin trouvé des gens à qui faire des adieux – lui qui retourne au pays vivre avec sa mère – dans un pays où il dit s&#8217;être trouvé souvent seul. Ce moment d&#8217;écoute collective est incontestablement l&#8217;un des passages forts dans le cheminement de ces <em>homeless</em> vers un retour à une vie non pas plus normale, mais plus conventionnelle, une vie d&#8217;Américain moyen.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour Lawrence, on sous-estime trop les valeurs de solidarité que véhicule le sport, particulièrement au sein d&#8217;un lieu comme le foyer où les gens sont souvent aux prises avec leurs frustrations et enclins à la violence. Si Tokunbo Ajiboye a pu s&#8217;en sortir très rapidement, ce n&#8217;est sans doute pas grâce au hasard. Quand j&#8217;ai demandé à Will ou à Lawrence de me parler de lui, ce sont toujours les mêmes expressions qui sont revenues. &laquo;&nbsp;<em>Un meneur</em>&laquo;&nbsp;, &laquo;&nbsp;<em>une attitude positive</em>&laquo;&nbsp;, &laquo;&nbsp;<em>un gars curieux qui soutient les autres</em>&laquo;&nbsp;. Aujourd’hui, TK a bouclé la boucle. Après le tournoi annuel à Washington en juillet 2010, il a eu le privilège de faire partie des huit joueurs sélectionnés – parmi les désormais vingt équipes de street soccer du pays – pour participer à la coupe du monde des sans-abris à Rio de Janeiro en septembre 2010. Parce qu&#8217;il joue bien, bien sûr, mais aussi pour son état d&#8217;esprit de leader bienveillant. Là-bas, un recruteur lui a même proposé un contrat à 1500 euros par mois pour aller jouer en deuxième division hongroise mais le garçon connait bien trop le foot pour prendre le risque de se retrouver dans une de ces filières quasi esclavagistes, celles où l&#8217;on vous fait signer des contrats pipés à deux francs six sous avec le risque de finir dans un club miteux au fin fond de l&#8217;Albanie.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">TK cumule aujourd’hui deux boulots de serveurs dans des restaurants de Long Island; surtout pour payer les factures comme il le dit lui-même. Mais depuis un an et demi déjà, il étudie la finance dans une petite université du côté de Times Square avec un objectif, devenir banquier ou investisseur et gagner beaucoup d&#8217;argent. Avant ça, il aimerait faire un crochet par la France pour suivre un master et surtout apprendre le français. TK a déjà son plan de vie tout tracé; apprendre le français, retourner au Nigéria, trouver un boulot d&#8217;investisseur import-export avec les pays francophones d&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest et gagner suffisamment d&#8217;argent pour revenir ensuite régulièrement en vacances aux Etats-Unis. Avec sa future petite famille évidemment.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En attendant, il fait désormais parti des volontaires de l&#8217;équipe de street soccer de Ward&#8217;s Island. Il met toujours quelques misères techniques à ses compagnons sur le terrain et a joué les entraineurs assistants auprès de Will durant toute la saison. &laquo;&nbsp;<em>Ca veut dire beaucoup pour moi. C&#8217;est l&#8217;opportunité de rendre ce qu&#8217;on m&#8217;a donné : jouer la coupe du monde au Brésil&nbsp;&raquo;</em>. Pendant toute la saison, il a caressé le rêve de venir avec Lawrence à Paris – où avait lieu l&#8217;édition 2011, fin août – pour soutenir l’équipe américaine. Son plan a légèrement foiré mais qu’importe, à partir de la rentrée, c’est lui qui reprendra la tâche d’entraineur et de coordinateur du projet au foyer de Ward’s Island. Finalement, l&#8217;American Dream n&#8217;est peut-être pas encore tout à fait flingué.</p>
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<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Loïc H. Rechi</em></strong></p>
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		<title>MISS FRANCE AU PAYS DES LABEURS</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Jul 2011 13:16:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[ENQUETE MISS FRANCE]]></category>
		<category><![CDATA[LAURY THILLEMAN MISS FRANCE 2011]]></category>
		<category><![CDATA[MISS FRANCE SAS SYLVIE TELLIER]]></category>
		<category><![CDATA[MISS FRANCE SNATCH MAGAZINE]]></category>
		<category><![CDATA[UNE JOURNEE AVEC MISS FRANCE]]></category>

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		<description><![CDATA[Crédit photo: Vincent Desailly Samedi 4 décembre 2010. A l&#8217;issue d&#8217;un mois de préparation et de briefing entre la France et les Maldives, Laury Thilleman, une étudiante bretonne en deuxième année à l&#8217;ESC Brest est élue Miss France devant sept millions de pèlerins scotchés à leur poste. Comme chaque année, le cirque warholien se met [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/07/miss-france15.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1338" title="miss-france15" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/07/miss-france15.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a><em>Crédit photo: Vincent Desailly</em></p>
<p style="text-align: justify;">Samedi 4 décembre 2010. A l&#8217;issue d&#8217;un mois de préparation et de briefing entre la France et les Maldives, Laury Thilleman, une étudiante bretonne en deuxième année à l&#8217;ESC Brest est élue Miss France devant sept millions de pèlerins scotchés à leur poste. Comme chaque année, le cirque warholien se met en branle, propulsant au rang de célébrité une jeune fille jusque là parfaite anonyme. Etre débarquée de la sorte dans le merdier médiatique ambiant aurait de quoi être perturbant pour plus d&#8217;une jeune fille, mais deux mois après son élection, Laury Thilleman, 19 ans, a tout l&#8217;air d&#8217;une donzelle équilibrée qui ne se la raconte pas. Elevée dans une famille de classe sociale moyenne, elle semble empreinte d&#8217;une certaine humilité et prête une attention non-feinte à chacun de ses interlocuteurs, émerveillée par cette nouvelle fonction. Côté coulisse, elle peut compter fermement sur une équipe de soutien acquise à sa cause. Il y a la directrice de la société, Sylvie Tellier – elle-même ancienne Miss France – dans le rôle du chaperon médiatique, Juliette Parizy, son attachée de presse – en permanence à ses côtés – qui joue les femmes de l&#8217;ombre et quelques autres employés affiliés à Endemol. A écouter Juliette qui s&#8217;occupe de chaque Miss France depuis cinq années, ce petit monde formerait avant tout une famille sur laquelle Laury peut s&#8217;appuyer jour et nuit. Côté business, Miss France reste avant tout une petite machine économique qui ne tourne pas trop mal. Rachetée en 2002 par la société de production Endemol à Geneviève de Fontenay pour la somme de six millions d&#8217;euros, on peut estimer que le concours génère une centaine de milliers d&#8217;euros de bénéfices chaque année pour la société Miss France. Cette réalité est autrement plus juteuse par contre pour TF1 qui encaisse en moyenne 5 millions d&#8217;euros bruts de revenus publicitaires, l&#8217;espace d&#8217;une unique soirée. Conséquence de cette manne à gratter, 2011 aura été l&#8217;année du grand n&#8217;importe quoi, avec l&#8217;organisation de deux autres concours nationaux en parallèle. Miss Nationale par Geneviève de Fontenay elle-même, ainsi qu&#8217;un autre concours obscur répondant également au nom de Miss France, d&#8217;anciens associés de la vieille dame au chapeau en revendiquant la possession originelle. En résumé un beau bordel avec lequel Endemol ne transige pas, multipliant les discrets recours en justice.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1336"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Entre cadeaux et contraintes</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a style="font-weight: bold;" href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/07/miss-france06.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1339" title="miss-france06" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/07/miss-france06.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a><em>Crédit photo: Vincent Desailly</em></p>
<p style="text-align: justify;">Remporter le concours constitue également une sacrée opportunité financière pour l&#8217;heureuse élue. En plus du salaire mensuel alloué à la gagnante – Endemol ne communique pas dessus – celle-ci se voit offrir tout un tas de cadeaux pour une valeur totale de 103 490 euros. Voiture, voyages, robes de gala, bijoux ou encore mise à disposition d&#8217;un appartement pendant un an, on s&#8217;assure que l&#8217;heureuse élue ne manque de rien. Mais on s&#8217;en doute, une telle dotation ne va pas sans un certain nombre de contraintes. Les codes à respecter sont nombreux. Pas de jeans, de clopes ou de picole en public par exemple. Avoir un mec n&#8217;est pas incompatible, s&#8217;afficher avec lui par contre est un peu plus problématique. Par moment, le discours se veut aussi très formaté. En l&#8217;espace d&#8217;une journée, la Miss aussi bien que son attachée de presse m&#8217;ont répété à maintes reprises que l&#8217;ambassadrice de la beauté française se doit d&#8217;incarner un certain nombre de valeurs en conformité avec les idées que les petites filles comme les grands-mères  pourraient se faire de la jeune fille modèle. Vous pensez bien, il ne faudrait pas trahir ces gamines et ces bonnes femmes qui verraient en mademoiselle l&#8217;incarnation d&#8217;un être garant de la bienséance à la française. Au quotidien, jouer les Miss France n&#8217;a rien d&#8217;un boulot de branleuse. Les journées sont souvent très longues. Entre galas, foires, salons et autres fenêtres médiatiques de promotion, il n&#8217;est pas rare que la Laury soit amenée à se taper des charettes de quatorze ou quinze heures. Quand j&#8217;ai été amené à la suivre au cours d&#8217;une de ces interminables journées de promo, je l&#8217;ai rejointe un peu avant huit heures du matin pour une émission de radio. Une dizaine d&#8217;heures plus tard, au moment de s&#8217;éclipser – après avoir essuyé entre temps une séance d&#8217;essayage et l&#8217;enregistrement de deux émissions de télé – celle-ci n&#8217;avait pas encore fini sa journée. J&#8217;étais rincé pour ma part d&#8217;avoir couru dans tout Paris, d&#8217;avoir passé des heures à zoner dans un studio chez NRJ, dans le showroom d&#8217;une designeuse ou encore dans une chambre de l&#8217;hôtel Crillon. Contractuellement obligée de participer à l&#8217;enregistrement d&#8217;une troisième émission de divertissement à une vingtaine de kilomètres de Paris, ce n&#8217;est sans doute que très tard dans la soirée qu&#8217;elle a pu enfin laisser tomber le masque pour s&#8217;effondrer sur le lit de l&#8217;appartement mis à sa disposition pendant un an. Et quand elle n&#8217;est pas en session de promotion, la Miss France doit écumer les salons; manière de rencontrer et rendre un petit quelque chose au petit peuple qui l&#8217;a élu. Comme elle le reconnait elle-même en toute honnêteté, passer sa journée à parader au milieu d&#8217;une foule n&#8217;est pas spécialement plus reposant:</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;Ce sont des journées assez rudes. Il faut être disponible en permanence, même quand il s&#8217;agit de la trois millième personne de la journée qui veut sa photo et son autographe. Il faut faire comme si c&#8217;était la première fois.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Rupture de réalité</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a style="font-weight: bold;" href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/07/miss-france18.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1340" title="miss-france18" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/07/miss-france18.jpg" alt="" width="433" height="650" /></a><em> </em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit photo: Vincent Desailly</em></p>
<p style="text-align: justify;">La position de plus belle femme de France a pourtant quelque chose d&#8217;assez infantilisant. A partir du moment où la demoiselle est élue, sa vie bascule irrémédiablement dans une réalité que la majorité de l&#8217;humanité ne caressera jamais. Du remplissage de placard de fringues à l&#8217;organisation de son emploi du temps, la vie de la Miss France est réglée comme du papier à musique. Si cette logique peut s&#8217;entendre – après tout personne ne la force à accepter ce rôle d&#8217;ambassadrice – il était assez gênant par moment de la voir sous la coupe d&#8217;une réalisatrice l&#8217;utilisant comme un pantin, allant même jusqu&#8217;à lui demander de s&#8217;improviser en simili-actrice de bas-étage lors d&#8217;un tournage pour TF1 auquel j&#8217;ai assisté. Laury n&#8217;est visiblement pas du genre à faire des histoires, mais il y avait quelque chose de déstabilisant à la regarder jouer dix fois une scène où on lui demandait de faire semblant de mettre une chaussure en ponctuant la chose d&#8217;une tirade ridicule, préalablement écrite. L&#8217;autre critique majeure qu&#8217;on pourrait faire à la mission de Miss France tient au décalage avec la réalité qu&#8217;un tel rôle finit inexorablement par imposer. Son retour à l&#8217;ESC Brest pour signifier officiellement à son directeur son impossibilité de poursuivre son année est largement révélateur de cette spirale dans laquelle les Miss sont plongées:</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;Je n&#8217;ai jamais eu aussi peur d&#8217;aller dans un endroit. C&#8217;était pire que passer un examen ou faire un plateau devant 8 millions de personnes. J&#8217;étais terrifiée à l&#8217;idée de revoir des étudiants et le regard des autres dans un milieu que je fréquentais quotidiennement auparavant. C&#8217;est grave quand même. Je ne suis jamais stressée normalement mais là j&#8217;étais bouleversée. Et je me demandais comment ce serait après un an. Je ne pourrai pas reprendre le cours de ma vie normale, c&#8217;est sûr. Il faudra peut-être trouver des arrangements.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Miss France, un métier comme un autre?</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/07/miss-france26.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1341" title="miss-france26" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/07/miss-france26.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></strong></p>
<p style="text-align: center;"><em>Crédit photo: Vincent Desailly</em></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Laury Thilleman la petite provinciale assumée vit pourtant son élection comme un conte de fée. Comme le feraient sans doute bien d&#8217;autres, elle hallucine par exemple sur son ensemble de bagages Lancel à 10000 euros. Elle reconnait volontiers prendre beaucoup plaisir à découvrir ce monde injecté de strass et paillettes et revendique son droit à se prendre au jeu, tout en tentant de garder le recul nécessaire pour ne pas sombrer dans les affres de la célébrité. En pleine séance de maquillage, l&#8217;éclat brillant dans l&#8217;oeil, elle a alors cette phrase bien moins anodine qu&#8217;elle n&#8217;y parait:</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;En ayant 19 ans, je me rends bien compte que cette histoire est surnaturelle. J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;être dans un Disney, qu&#8217;il m&#8217;arrive un truc de dingue. C&#8217;est un peu Cendrillon qui arrive dans le monde des princesses.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le monde des princesses. Le mot est lâché. L&#8217;histoire de la petite fille qu&#8217;on fait rêver n&#8217;est pas qu&#8217;un prétexte. Il y a véritablement dans l&#8217;institution Miss France une mécanique implacable, une machine à vendre du rêve de génération en génération. Quand on est un mec, il est aisé de facto à focaliser son regard sur l&#8217;aspect de la bonnasse incarnant parfaitement une énième tendance matérialiste. Mais ce serait passer totalement à côté de ce truc qui fait et fera pourtant saliver plus ou moins consciemment des bataillons de gamines qui grandiront un jour. Laury est une nana coquette qui commence à se rôder et apprécier son rôle, même quand on lui demande de se prêter à des petites séquences ridicules. Tel qu&#8217;elle le formule, incarner Miss Hexagone ne serait après tout qu&#8217;un boulot comme un autre où l&#8217;on finit toujours par atterrir peinard dans son canapé en fin de journée. Le mini-scandale provoqué par la photo sur laquelle elle roulait une pelle à une camarade de promotion au cours d&#8217;un week-end d&#8217;intégration démontre pourtant que cette assertion n&#8217;est pas tout à fait exacte. Laury Thilleman occupe une fonction qui l&#8217;expose et rend chacun de ses faits et gestes susceptible d&#8217;être récupéré par l&#8217;opinion publique. Il faudrait pour autant être une sacrée tête de con pour la blâmer, l&#8217;air du temps étant à une forme appréciable et largement plus poussée en matière de moeurs. Mais Laury n&#8217;est plus de celles qu&#8217;on traite comme les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Miss France ou pas, Laury Thilleman reste pourtant une fille bien de son temps. A l&#8217;instar des jeunes gens de son âge, on sent qu&#8217;elle a grandi dans la crainte de ne pas trouver un emploi le moment voulu. Consciente des réalités économiques, elle a déjà intégré l&#8217;enseignement principal de toute école de commerce, à savoir se constituer un réseau. Consciencieuse, elle conserve ainsi chaque carte de visite qui lui est donnée avec la conviction que son futur <em>projet professionnel </em>passera vraisemblablement par l&#8217;homme ou la femme derrière l&#8217;un de ces bouts de carton. La position de Miss France constitue d&#8217;ailleurs un accélérateur de carrière indéniable. Huit ans après la fin de son règne, Sylvie Tellier occupe aujourd&#8217;hui le poste convoité de directrice de Miss France SAS. Malika Ménard, la précédente Miss France avait émis le souhait d&#8217;être journaliste. Son rôle lui aura permis de passer du temps dans les rédactions les plus en vue que compte ce pays. Chaque année avec le concours Miss France, une fille se voit ainsi offrir l&#8217;opportunité de tirer profit d&#8217;une surexposition médiatique et de l&#8217;appliquer directement aux règles précaires du marché de l&#8217;emploi. Après tout pourquoi pas. La modernisation de la tâche et la volonté de la direction que celle qui l&#8217;incarne soit en phase avec sa génération, font qu&#8217;au final, on ne demande plus à la Miss de n&#8217;être qu&#8217;une potiche. Pour autant, nul doute qu&#8217;il y aura toujours des associations de féministes pour protester contre l&#8217;image de la femme véhiculée par les concours de beauté. Quelque part, c&#8217;est probablement se tromper de combat.  Dans la mesure où il y a contrat au départ, personne n&#8217;est forcé à faire quoi que ce soit contre son gré dans cette histoire. Le règne des critères physiques comme facteur de réussite dans la société occidentale – véhiculé notamment par les élections de miss – est sans doute l&#8217;aspect le plus questionnable dans toute cette mascarade sociale. Mais n&#8217;en déplaise à tous un tas de crétins, si Miss France est bien l&#8217;un des symboles d&#8217;une société opulente et parfois inconsciente, la racine du mal matérialiste qui ronge l&#8217;idéal social d&#8217;un pan d&#8217;éternels contestataires, elle, n&#8217;est pas là.</p>
<p style="text-align: justify;">Loïc H. Rechi</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Un article initialement publié dans le numéro #6 de <a href="http://snatch-mag.com/">Snatch Magazine</a></em></p>
<div class="tweetthis" style="text-align:left;"><p> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=MISS+FRANCE+AU+PAYS+DES+LABEURS+http%3A%2F%2Fis.gd%2FwT0yMO" title="Post to Twitter"><img class="nothumb" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/plugins/tweet-this/icons/en/twitter/tt-twitter.png" alt="Post to Twitter" /></a> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=MISS+FRANCE+AU+PAYS+DES+LABEURS+http%3A%2F%2Fis.gd%2FwT0yMO" title="Post to Twitter">Tweet This Post</a></p></div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/AbstraitConcret/~4/8yV8zM9sqCY" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>DE LA DIFFICULTE DE TROUVER DES SOURCES CREDIBLES SUR LES LEGENDES UFOLOGIQUES</title>
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		<pubDate>Mon, 23 May 2011 14:15:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ailleurs]]></category>
		<category><![CDATA[ARTEFACTS DE L'OURAL]]></category>
		<category><![CDATA[COL DE VENCE]]></category>
		<category><![CDATA[HARTWIG HAUSDORF]]></category>
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		<description><![CDATA[Samedi soir dernier – à peu près au moment où DSK demandait &#171;&#160;De quoi s&#8217;agit-il?&#160;&#187; à des officiers américains dans un avion d&#8217;Air France – je me trouvais pour ma part au fin fond de l&#8217;arrière pays niçois, au Col de Vence, un endroit considéré comme un haut-lieu de l&#8217;observation ufologique en France. A l&#8217;occasion [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/05/Montagnes_oural_polaire_448122912_c04205546c_o.jpg" rel="lightbox"><img class="size-full wp-image-1324  aligncenter" title="Montagnes_oural_polaire_448122912_c04205546c_o" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/05/Montagnes_oural_polaire_448122912_c04205546c_o.jpg" alt="" width="500" height="375" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Samedi soir dernier – à peu près au moment où DSK demandait &laquo;&nbsp;De quoi s&#8217;agit-il?&nbsp;&raquo; à des officiers américains dans un avion d&#8217;Air France – je me trouvais pour ma part au fin fond de l&#8217;arrière pays niçois, au Col de Vence, un endroit considéré comme un haut-lieu de l&#8217;observation ufologique en France. A l&#8217;occasion de ce reportage qui sortira dans quelques semaines dans <a href="http://snatch-mag.com/">Snatch Magazine</a>, le type qui nous servait guide au milieu d&#8217;un paysage lunaire, dans une ambiance nocturne et franchement glaçante, nous toucha quelques mots sur un phénomène à ce jour inexpliqué: les artefacts de l&#8217;Oural. L&#8217;histoire étant alléchante, j&#8217;ai un peu sondé les internets – faute de mieux – pour voir ce qu&#8217;il s&#8217;y racontait. Je n&#8217;ai pas été déçu du voyage.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1319"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Des micro-artefacts découverts dans l&#8217;Oural</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la mythologie des ufologues, les artefacts seraient ainsi des objets de provenance extraterrestres qui auraient été abandonnés – délibérément ou pas – par d&#8217;étranges visiteurs. Selon les informations glanées sur la toile, l&#8217;histoire de ceux de l&#8217;Oural remonte à l&#8217;année 1991, soit à peu près au moment où le régime soviétique s&#8217;effondrait dans une effusion de joie et de vodka. Dans cette chaine de montagne habituellement désignée comme la frontière géographique entre Europe et Asie, des chercheurs d&#8217;or locaux découvrent donc de bizarres petits objets alors qu&#8217;ils font leur petite affaire sur le petit fleuve Narada du côté oriental de la Montagne.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/05/Artefacts-oural.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1321" title="Artefacts oural" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/05/Artefacts-oural.jpg" alt="" width="500" height="500" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ressemblant étrangement à de petites spirales – du genre tire-bouchon – ces micro-artefacts ne dépassent pas les trois centimètres pour les plus gros d&#8217;entre eux, les plus infimes étant de l&#8217;ordre du millième de millimètre. Ils attirent alors immédiatement l&#8217;attention des autorités de l&#8217;ex-URSS qui dépêchent des cohortes de scientifiques de l’Académie des Sciences russe de Syktyvka, de Moscou et de Saint-Petersbourg pour déterminer de quoi il en ressort. Les hommes en blouse blanche ramènent leurs boules et se soumettent à des prélèvements plusieurs mètres sous la surface. Et bingo, ils découvrent à leur tour d&#8217;autres petits objets intrigants dans le pléistocène supérieur de la montagne – une couche géologique correspondant à une époque estimée entre 11 000 et 130 000 années.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/05/Artefact-oural-nanotech.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1320" title="Artefact oural nanotech" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/05/Artefact-oural-nanotech.jpg" alt="" width="500" height="400" /></a></p>
<p><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/05/Artefact-oural-nanotech.jpg"></a></p>
<p style="text-align: justify;">De retour au labo, les chercheurs apprennent que les objets sont composés principalement de tungstène, de molybdène et de cuivre et ne tardent pas à les qualifier de nanotechnologies. En raison des températures de fusion très élevées qui sont requises pour façonner les métaux en question – notamment 3422° pour le tungstène – et de l&#8217;âge estimé de la couche géologique, la possibilité qu&#8217;ils aient été le fruit du travail de nos prédécesseurs historiques est tout de suite écartée. Et forcément, l&#8217;explication extraterrestre ne tarde pas à surgir. A tel point qu&#8217;elle est évoquée dans le rapport final.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Un article qui fait date&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelques années plus tard, <a href="http://de.wikipedia.org/wiki/Hartwig_Hausdorf" target="_blank">Hartwig Hausdorf</a>, un ufologue allemand notoire s&#8217;emballe alors dans <a href="http://www.qtm.net/~geibdan/a1999/oct/ice.htm" target="_blank">un article publié</a> en 1997 au sein d&#8217;un <a href="http://classic-web.archive.org/web/19970805092640/www.access.ch/aas/ancientskies/index297.html" target="_blank">obscur journal allemand</a> intitulé &laquo;&nbsp;Ancient Skies&nbsp;&raquo;. Il attaque son affaire tambour battant:</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><em>&laquo;&nbsp;La découverte, il y a environ un an, de possibles artefacts dans la couche supérieure du pléistocène des montagnes de l&#8217;Oural a conduit à de violentes disputes. Sont-ils vraiment les restes d&#8217;une technologie extraterrestre ou simplement quelques déchets industriels de notre époque? Le rapport de l&#8217;Institut Scientifique de Recherche en Géologie et Métaux Précieux et Non-Précieux de Moscou qui vient d&#8217;être traduit en allemand laisse en tout cas ouverte la possibilité d&#8217;une origine extraterrestre.&nbsp;&raquo;</em></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Le corps de l&#8217;article reprend ensuite exactement toutes les informations que j&#8217;ai donné ci-dessus à savoir l&#8217;endroit de la découverte, la taille des objets, le travail des scientifiques russes. Il conclue alors son affaire dans une prose pour le moins enthousiaste.</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><em>&laquo;&nbsp;Mis à part ces quelques subtilités, les objets sont évidemment le produit d&#8217;une technologie inexplicable et hautement avancée. Ils ressemblent de manière remarquable à des éléments de contrôle utilisés dans les micro-appareils, fruits des toutes dernières technologies qu&#8217;on appelle nanomachines. Ces technologies en sont à peine à leurs balbutiements chez nous, mais certains ingénieurs imaginent déjà des applications qui sont de l&#8217;ordre de la pure science-fiction. Entre autres choses, ils envisagent de construire des micro-sondes médicales qui pourraient être implantées, notamment pour mener des opérations dans les vaisseaux sanguins, qui ne sont pas possible avec les moyens chirurgicaux d&#8217;aujourd&#8217;hui.&nbsp;&raquo;</em></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8230; à tel point qu&#8217;il devient l&#8217;unique source</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est intéressant dans cette affaire – sans se prononcer sur son caractère véridique ou non – est que son traitement sur le web repose en définitive sur un seul article. Tout ce qui est dit dans les forums et raconté sur des <a href="http://fossilesvestiges.free.fr/ArtefactsNanotechnologiques.htm#PH" target="_blank">blogs</a> provient <a href="http://dark-ride.org/?p=1537" target="_blank">exclusivement</a> du papier initial de Hartwig Hausdorf, sans qu&#8217;on ne sache vraiment d&#8217;où il a lui-même tiré ses infos.  Et c&#8217;est d&#8217;ailleurs volontairement le cas de tout ce que vous avez pu lire dans la première partie de ce papier.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <a href="http://www.qtm.net/~geibdan/a1999/oct/ice.htm" target="_blank">un second article</a> daté de 1998, Hausdorf mentionne bien quelques sources, notamment les propos d&#8217;un docteur  dénommé Valerii Ouvanov ou d&#8217;une scientifique appelée E. W. Matveyeva, mais n&#8217;importe quel journaliste un peu scrupuleux serait bien en mal de confirmer ou d&#8217;infirmer quoi que ce soit. Et c&#8217;est bien là le problème avec de nombreux phénomènes ufologiques. L&#8217;information sort de nulle part, est reprise par des internautes n&#8217;en gardant que ce qui les intéressent. Les sources initiales, déjà très bancales se perdent souvent, et le lecteur finit par se retrouver avec un tas d&#8217;inepties sans preuve à l&#8217;appui.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme me l&#8217;expliquait mon ufologue sur la côte d&#8217;azur le week-end dernier, il est aussi tout à fait envisageable que la vérité dans cette histoire d&#8217;artefacts mystérieux puise son essence dans une réalité bien plus rationnelle. La couche géologique supposément vieille de plusieurs dizaines de milliers d&#8217;années a très bien pu être triturée par quelques industriels soviétiques, qui auraient laissé quelques vestiges de leur activité ça et là avant de foutre le camp.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Les ufologues pas dupes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour autant, tous les afficionados d&#8217;ufologie ne sont pas des illuminés. Certains sont même des gens que l&#8217;on pourrait qualifier d&#8217;assez scrupuleux. Au gré de mes recherches sur les sites traitant de la question, je suis notamment tombé <a href="http://www.sceptiques.qc.ca/forum/nanothecnologie-datan-de-l-ere-de-glace-sont-retrouvees-t5535.html" target="_blank">sur une discussion</a> datée de 2008 d&#8217;un forum ufologique québécois où un modérateur calmait rapidement son monde, bien qu&#8217;on sente son envie d&#8217;y croire:</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><em>&laquo;&nbsp;Je ne sais pas si c&#8217;est un canular, une méprise ou une découverte signifiante. Le fait que le texte de Hausdorff (From: Ancient Skies, German Edition 2/19/97) remonte à plus de 10 ans et qu&#8217;on ne trouve pratiquement rien là-dessus sur le net, est un gros mauvais point au dossier.</em></p></blockquote>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><em>À titre de comparaison, quand l&#8217;Homme de Flores a été découvert, ça a pris à peine un an avant qu&#8217;on publie deux articles là-dessus dans la revue Nature. Mon hypothèse de vraisemblance maximale tourne donc, présentement, autour de: Un hoax de Hausdorff (ou auquel il s&#8217;est laissé prendre) à peu près aussi tordu que celui-là. Ceci dit, j&#8217;espère me tromper et que ceux qui détiendraient ces spécimens cessent de les cacher. Dix ans, c&#8217;est bien assez long&#8230;&nbsp;&raquo;</em></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Sur <a href="http://www.asiaflash.com/paranormal/paranormal-a12-t9-artefacts.html" target="_blank">certains sites</a>, d&#8217;autres vont même encore plus loin que notre cousin québécois en affirmant purement et simplement que l&#8217;histoire a été résolue:</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><em>&laquo;&nbsp;Après analyse, il apparaît que ces prétendus artefacts sont des déchets de fabrication d&#8217;une usine soviétique oubliée, qui ont été enterrés là. De plus, la datation de la couche &laquo;&nbsp;géologique&nbsp;&raquo;, qui était une couche artificielle, s&#8217;est révélée fausse. Tous les objets ont été identifiés : par exemple, les spirales de tungstène sont des filaments pour des ampoules d&#8217;éclairages. &laquo;&nbsp;</em></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Mais dans ce cas également, pour ce qui est d&#8217;une source potentielle pour confirmer de telles allégations, le lecteur peut bien se brosser. Bien évidemment, je me cogne que des histoires de ce type circulent sur le web – chacun peut bien croire ce qu&#8217;il veut – mais le processus de propagation d&#8217;informations bidons a tout de même quelque chose d&#8217;assez étonnant, pour ne pas dire risible, si tant est qu&#8217;on soit capable de prendre un peu de recul, en cherchant de manière objective. Et puisque l&#8217;internaute de 2011 a montré avec l&#8217;affaire Ligonnès* qu&#8217;il était capable de faire ses petites enquêtes numériques tout seul, rien ne l&#8217;empêche d&#8217;en faire autant en matière d&#8217;ufologie. En fait, le plus hallucinant au sortir de cette histoire tient au fait que je suis absolument incapable de dire si cette histoire de chercheurs d&#8217;or faisant une découverte incroyable n&#8217;a même jamais existé. Quand bien même l&#8217;hypothèse d&#8217;extraterrestres alcooliques ayant oublié leur tire-bouchon après une beuverie dans les montagnes de l&#8217;Oural est séduisante.</p>
<p style="text-align: justify;">LHR</p>
<p style="text-align: justify;">*  A propos de l&#8217;affaire Ligonnès, je vous invite à lire<a href="http://owni.fr/2011/05/04/xavier-de-ligonnes-traque-sur-internet/"> ce papier sur les cyber-enquêteurs de l&#8217;affaire Ligonnès</a>, que j&#8217;ai fait dans le cadre de la <a href="http://owni.fr/tag/les-chroniques-de-rechi/">chronique plus ou moins régulière que je tiens chez Owni</a>.</p>
<div class="tweetthis" style="text-align:left;"><p> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=DE+LA+DIFFICULTE+DE+TROUVER+DES+SOURCES+CREDIBLES+SUR+LES+LEGENDES+UFOLOGIQUES+http%3A%2F%2Fis.gd%2FGGI9S4" title="Post to Twitter"><img class="nothumb" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/plugins/tweet-this/icons/en/twitter/tt-twitter.png" alt="Post to Twitter" /></a> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=DE+LA+DIFFICULTE+DE+TROUVER+DES+SOURCES+CREDIBLES+SUR+LES+LEGENDES+UFOLOGIQUES+http%3A%2F%2Fis.gd%2FGGI9S4" title="Post to Twitter">Tweet This Post</a></p></div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/AbstraitConcret/~4/2m45t0kmyG4" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
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		<title>LES TIRAILLEMENTS MODERNES DE LA SUEDE</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Apr 2011 14:27:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[LES BOULEVERSEMENTS DE LA SUEDE]]></category>
		<category><![CDATA[SUEDE IMMIGRATION]]></category>
		<category><![CDATA[SUEDE JEUNESSE]]></category>
		<category><![CDATA[SUEDE STOCKHOLM SODER]]></category>
		<category><![CDATA[ZLATAN IBRAHIMOVITCH]]></category>

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		<description><![CDATA[Des bouleaux et des sapins comme seule distraction visuelle. Le reste n&#8217;est une immense surface recouverte de la neige qui tapisse la Suède depuis plusieurs mois. Au milieu de ce tableau, un train qui file sans précipitation, habité par un noble dessein, fendre la monotonie et l&#8217;inertie de cette campagne encore endormie par l&#8217;hiver. Les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 12.0px Helvetica} p.p2 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 12.0px Helvetica; min-height: 14.0px} --></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/04/Greece+v+Sweden+Group+Euro2008+2UqQ4GflgPUl.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1306" title="Greece+v+Sweden+Group+Euro2008+2UqQ4GflgPUl" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/04/Greece+v+Sweden+Group+Euro2008+2UqQ4GflgPUl.jpg" alt="" width="500" height="330" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Des bouleaux et des sapins comme seule distraction visuelle. Le reste n&#8217;est une immense surface recouverte de la neige qui tapisse la Suède depuis plusieurs mois. Au milieu de ce tableau, un train qui file sans précipitation, habité par un noble dessein, fendre la monotonie et l&#8217;inertie de cette campagne encore endormie par l&#8217;hiver. Les dix-sept-heures de voyage qui séparent la capitale suédoise de ces quelques villes coincées au delà cercle polaire, sont propices à la rêverie. Ils laissent aussi tout le loisir de ressasser les impressions et digérer les discours entendus pendant les jours précédents.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1305"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Stockholm présente le même visage que quelques années auparavant, celui d&#8217;une ville plutôt moche. Comme à peu près toutes les capitales du monde, elle peut certes s&#8217;enorgueillir d&#8217;un petit centre historique agréable; l&#8217;ile de Gamla Stan est plaisante, apprêtée comme une Américaine avant son bal de fin de lycée. Mais pour le reste, sans atteindre l&#8217;horreur de Bratislava – pavillon modèle quand il s&#8217;agit de passer du mignon à l&#8217;infâme – les urbanistes locaux n&#8217;ont pas franchement de quoi se taper dans le dos en arborant le sourire blanc écarlate qu&#8217;on se plait à imaginer sur des prototypes de blonds aux yeux bleus.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais au diable l&#8217;urbanisme. C&#8217;est dans les tressaillements qui secouent l&#8217;ordre établi depuis des siècles que la Suède laisse entrevoir une petite bête difforme, intéressante à disséquer. Jour après jour, mois après mois, année après année, l&#8217;animal suédois fait sa mue, ce qui n&#8217;est forcément sans conséquence sur ses habitudes de petite bête qui se complaisait à se frotter le dos dans un lit tapissé d&#8217;une paille bien particulière, celle de la paix sociale. Ce petit pays – démographiquement parlant – de neuf millions d&#8217;habitants est bouleversé par la globalisation. Pas celles des marchandises non. Plutôt celles des comportements et des flux d&#8217;individus. Hier société huilée à la perfection,<strong> </strong>presque l&#8217;incarnation réussie du &laquo;&nbsp;liberté, égalité, fraternité&nbsp;&raquo;<strong> </strong>— respecte l&#8217;autre et la loi et ça roulera mon fils –  les Suédois doivent désormais composer avec un certain nombre de facteurs dont le contrôle leur échappe.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En matière d&#8217;immigration, la Suède fait preuve d&#8217;une tolérance qui ferait pâlir un Claude Guéant. Pour des centaines, parfois même des milliers de Somaliens, Afghans, Irakiens et autres oppressés du monde contemporain, l&#8217;état central de la Scandinavie devient chaque année un refuge inespéré. La commune de Södertälje en banlieue de Stockholm a par exemple accueilli 1268 réfugiés irakiens en 2007, soit plus à elle seule que des pays tout entier comme les Etats-Unis ou le Canada sur une période comparable.<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Souvent dépeinte comme un pays d&#8217;accueil modèle, un étendard du savoir-vivre à l&#8217;européenne, un havre des bonnes manières, la Suède s&#8217;interroge. Et si son socle de valeurs traditionnelles était en train de vaciller? Les victimes des pires conflits de notre époque sont acceptées en nombre car à la différence de bien des pays libres, cet état parait investi d&#8217;une mission humaniste qui dépasse la simple posture de façade. Mais dans le même temps, ces nouveaux arrivants restent bien souvent confinés dans des quartiers situés loin des centres-villes, une logique qui n&#8217;est pas sans rappeler la nôtre. Si le pays n&#8217;a pas connu son printemps des banlieues et se contente pour l&#8217;instant de quelques voitures cramées par-ci, par-là, l&#8217;exaspération se fait sentir aussi bien chez les nouveaux arrivants, stigmatisés, que chez une frange de Suédois nostalgiques d&#8217;un écosystème qui fonctionnait très bien en circuit fermé. Zlatan Ibrahimovitch, footballeur star et fils d&#8217;immigrés des Balkans est sans doute l&#8217;un des rares à fasciner les deux camps. Reste que son accent croato-caillera – le garçon est né dans le quartier le plus tendu de Malmö – et sa violence récurrente à l&#8217;égard de ses coéquipiers ont de quoi traumatiser plus d&#8217;une bourgeoise bien-pensante.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En plein doute identitaire, la trouble question de l&#8217;immigration a donc finit par s&#8217;insinuer dans l&#8217;esprit de chaque Suédois, qu&#8217;il y soit réfractaire ou non. Et par rapport de causalité, le ressentiment intangible à l&#8217;égard des immigrés a fini par se traduire en votes bien réels. En septembre 2010, à l&#8217;issue d&#8217;une élection législative inédite par son résultat, un parti d&#8217;extrême-droite a réussi le tour de force de rafler des sièges – 20 sur les 349 – pour la première fois. En emportant 5,8% des suffrages – franchissant donc la barre de 4% requise pour avoir des députés au parlement – les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna) ont signé le double-exploit de séduire une part de l&#8217;électorat avec un programme xénophobe et populiste, tout en privant les deux coalitions principales d&#8217;une majorité absolue. Bien que marginalisé par tous les autres partis – à l&#8217;instar du Front National en France – la percée de Sverigedemokraterna s&#8217;inscrit dans la lignée de la progression constante des droites populistes européennes; à la différence notable qu&#8217;elle constitue un véritable séisme politique dans un pays qui s&#8217;est toujours signalé par un autre type d&#8217;extrême, celui de la modération.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;extrémisme progresse car une partie de la société suédoise – traditionnellement assez fermée – semble nostalgique d&#8217;une époque où le pays évoluait dans une sorte de cocon. Le comportement d&#8217;un pan de la jeunesse de Stockholm est d&#8217;ailleurs à l&#8217;image même dudit confinement. Certains jeunes bourgeois vivant dans l&#8217;opulence de Norrmalm – la partie nord du centre – refusent catégoriquement de foutre les pieds à Söder, l&#8217;ile du sud du centre de la capitale, pourtant loin d&#8217;être un faubourg et d&#8217;ailleurs intronisée comme le repère des hipsters locaux. Cette trentenaire hyper-apprêtée, rencontrée au détour d&#8217;un club du centre, qui n&#8217;avait jamais foutu les pieds à Söder m&#8217;a légèrement laissé dubitatif. Le système hyper sclérosé des boites de nuit à Stockholm traduit également un peu plus cette tendance au communautarisme qui confine presque à la bêtise. Difficile – voire quasi-impossible – d&#8217;espérer rentrer dans un club en vogue sans connaitre le videur. Et cela n&#8217;a rien à voir avec des histoires, de sexe, de couleur de peau ou de manière de se saper. Tout repose sur une logique de préemption individuelle. Les amis de mes amis sont les amis du portier.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Autre ressort de cette nostalgie qui mène parfois au vote extrémiste, la mondialisation a sans doute un petit rôle dans l&#8217;histoire. Par la force des choses, les hordes universelles de touristes bouleversent le quotidien de chaque pays qu&#8217;ils envahissent. Face à l&#8217;impossibilité d&#8217;imposer aux allogènes le respect qui lie profondément le Suédois à la loi, ces derniers ont dû résoudre au fur et à mesure des années à mettre des barrières coercitives là où ils avaient toujours cru en la force de la pédagogie et de la confiance. L&#8217;exemple du métro à Stockholm est en ce sens assez significatif. Les Scandinaves ont fini par remplacer la ligne de démarcation tracée au sol – qui symbolisait l&#8217;entrée dans le métro – par des portiques<strong> </strong>toujours plus hauts, histoire de s&#8217;assurer que tout le monde paie bien son ticket.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour l&#8217;étranger de passage, la vision des expatriés français donne évidemment une grille de lecture qui a le mérite d&#8217;étoffer le jugement. Au cours d&#8217;un diner dans un petit appartement de Fridhemsplan, j&#8217;ai rencontré Armand, un drôle d&#8217;oiseau haut de deux mètres, le genre de type dopé aux sarcasmes mais doté d&#8217;un sens de l&#8217;humour qui mettrait un mec comme Bosso au chômage. A l&#8217;origine, ce grand antillais était venu en Suède pour rejoindre une locale et poursuivre sa carrière professionnelle dans le basket. Quelques années de plus dans les pattes et un marmot plus tard, le garçon bosse comme préparateur chez UPS. Flairant sans doute en moi le journaliste concerné par ce qu&#8217;on se complait à nommer la précarité intellectuelle, voilà qu&#8217;il m&#8217;entraine tout à coup sur un terrain où on ne trouve pas de paniers, ni de ballons orange, juste de la crevardise économique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">- Toi qui arrives de France, t&#8217;as vu l&#8217;émission du jeudi soir là, sur France 2?</p>
<p style="text-align: justify;">- Envoyé Spécial?</p>
<p style="text-align: justify;">- Voilà.</p>
<p style="text-align: justify;">- Ouais, j&#8217;en ai vu un bout. Un truc sur des Roumains plombés par le sida?</p>
<p style="text-align: justify;">- Non, pas ça, le reportage sur les stages en France, la précarité, tout ça.</p>
<p style="text-align: justify;">- Ah nan.</p>
<p style="text-align: justify;">- Et bah putain, j&#8217;ai halluciné. Ils suivaient une petite qui bosse dans la com en France. La meuf, attention, elle est super consciencieuse, elle arrive à l&#8217;heure tous les jours, elle taffe comme une ouf alors qu&#8217;elle est payée une misère, 400 euros peut-être. Mais tu sais ce que c&#8217;est le pire? Et bah le pire c&#8217;est qu&#8217;elle sait pertinemment qu&#8217;elle ne va même pas se faire embaucher. Elle est là, elle sait que derrière elle va être au chômage ou encore faire un stage mais elle continue à se pointer au boulot à l&#8217;heure et à se faire exploiter.</p>
<p style="text-align: justify;">- Ouais, c&#8217;est tristoune mais bon, c&#8217;est partout pareil. Tu sais, je connais des mecs qui se tapent des pauvres stages d&#8217;un mois dans des grosses rédactions. Et tu sais pourquoi juste un mois? C&#8217;est tout con, c&#8217;est simplement parce qu&#8217;ils n&#8217;ont pas trouvé de meilleure technique pour embaucher des stagiaires sans avoir à les payer.</p>
<p style="text-align: justify;">- Hahaha. Sérieusement, vous êtes des fous en France. Moi c&#8217;est pour ça que je reste là. Quand j&#8217;ai été embauché, un type a évalué ma situation. Il m&#8217;a dit &laquo;&nbsp;Vous avez tel âge, vous habitez à tel endroit et vous avez un enfant. On vous donne donc ça comme salaire.&nbsp;&raquo; Aujourd&#8217;hui, j&#8217;ai mon boulot pépère, on me fait confiance, j&#8217;ai un salaire plutôt pas mal et on ne me casse pas les couilles quand j&#8217;ai envie de prendre une pause clope, quand bien même j&#8217;en ferais dix dans la journée. Entre nous, qu&#8217;est-ce que j&#8217;irais me faire chier à retourner en France, pour un salaire de merde en bossant avec des cons?</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Etat providence jusqu&#8217;au fond des tripes, la Suède est ainsi un pays qui possède une législation laborale fortement en faveur des citoyens. Elle peut se targuer d&#8217;avoir des entreprises qui prennent véritablement en compte l&#8217;intérêt de ces derniers. Mais la clé de la montée de la xénophobie réside sans doute aussi dans la peur des Suédois de perdre en qualité de vie au fur et à mesure que les immigrés affluent, toujours avec cette peur universelle de se faire piquer son travail par l&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans un autre registre, on m&#8217;a présenté Jakob, un Suédois qui se farcit les paradoxes français et suédois à toutes les sauces. Né en Suède, ce blond à la tignasse rasée et à l&#8217;oeil espiègle, s&#8217;est retrouvé catapulté dès sa plus tendre enfance à Belsunce, quartier marseillais immortalisé depuis des plombes sous les coups de boutoirs lyriques de Bouga. Durant la vingtaine d&#8217;années passées sous l&#8217;oeil protecteur de Notre-Dame de la Garde, il bouffe du &laquo;&nbsp;blondin&nbsp;&raquo; à tire-larigot, tant il ne fait pas très couleur locale. Si Blondin devient un surnom inamovible, les petits lascars de Belsunce finissent par l&#8217;accepter et le respecter, ne manquant jamais de le saluer, quand bien même ils sont occupés à taper les portefeuilles de <em>petits bolosses</em> qui trainent du côté du cours Julien.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les années passant, la vingtaine bien entamée, Jakob le Suédois de Mars a voulu voir comment vit-on au quotidien dans son pays d&#8217;origine. Photographe indépendant, il en chie aujourd&#8217;hui autant que n&#8217;importe quel mec dans sa situation en France et paie les factures en bossant pour des agences immobilières. Mais plus encore que les différences culturelles, Jakob déplore la froideur de ses compatriotes à son égard, et plus largement à celui de tous les étrangers. Ni complètement Français à Marseille, ni complètement Suédois à Stockholm, Jakob est constamment écartelé dans les contradictions de son itinéraire. S&#8217;il se délecte des moeurs sexuelles très libérées des Suédoises, il sait néanmoins qu&#8217;il risque à tout moment de se faire balancer aux flics par ses voisins. C&#8217;est que le Suédois – très à cheval sur la loi – n&#8217;apprécierait pas du tout que le mec d&#8217;à côté fume de l&#8217;herbe à la fenêtre de son appartement. Trop latin pour les uns, trop saxon pour les autres, Jakob cristallise assez bien les tiraillements migratoires de l&#8217;Europe, et les barrières mentales qui persistent malgré l&#8217;ouverture partielle des frontières.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Quelques jours après cette escale à Stockholm, dans cet autre train qui redescend des hauteurs de la Laponie et m&#8217;amène vers Lulea, sur les bords septentrionaux du golfe de Botnie, je réalise que je n&#8217;ai qu&#8217;assez peu appris sur la quintessence de ce drôle de peuple qui reste souvent de marbre dans l&#8217;échange; d&#8217;autant si l&#8217;on a pas été préalablement introduit. Après trois jours d&#8217;entretiens — pour une autre histoire – et de rencontres humainement pas très folichonnes – parfois à la limite du désagréable – dans la ville la plus au nord du pays, j&#8217;ai une pensée pour cet agent immobilier qui n&#8217;avait pas la réserve habituelle que j&#8217;ai perçu chez presque chaque Suédois. Pour la première fois en une semaine un inconnu m&#8217;offrait un café, en préambule de toute discussion. Des dizaines de minutes plus tard, il concluait:</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;Dans le fond, c&#8217;est peut-être vous qui avez raison en France. Ici, en Suède, les gens ont tendance à trop la fermer, même quand quelque chose nous emmerde. Et ça créé du ressentiment. Ah si on se faisait comme vous et qu&#8217;on descendait dans la rue pour gueuler à chaque fois qu&#8217;on est pas content, ça nous ferait sans doute un bien fou. Vous ne croyez pas?&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour être honnête, je n&#8217;en sais foutrement rien.</p>
<p style="text-align: justify;">LH.R</p>
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		<item>
		<title>LE TOP 5 DES TUEURS ANTHROPOPHAGES OCCIDENTAUX</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/AbstraitConcret/~3/ohsJSoU_RmI/</link>
		<comments>http://www.abstrait-concret.com/2011/02/07/le-top-5-des-tueurs-anthropophages-occidentaux/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 07 Feb 2011 18:51:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[LES TOP 10 D'ABSTRAIT ≠ CONCRET]]></category>
		<category><![CDATA[ALBERT HAMILTON FISH LE MANGEUR D'ENFANTS]]></category>
		<category><![CDATA[ANDREI ROMANOVITCH CHIKATILO LE TUEUR A LA SAUCE SOVIETIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[ARMIN MEIWES LE CANNIBALE ALLEMAND]]></category>
		<category><![CDATA[LE CANNIBALISME VU SOUS L'ANGLE DE LA PSYCHANALYSE]]></category>

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		<description><![CDATA[Hormis les cas de Nicolas Cocaign, le cannibal de Rouen et d&#8217;Issei Sagawa, le Japonais du Bois de Boulogne, d&#8217;autres assassins  tout aussi siphonnés ont défrayé la chronique occidentale au cours des cent dernières années en bouffant leurs victimes. Si on peut difficilement les qualifier de cannibale, la notion de rituel étant complètement absente dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/cannibal-the-musical-96-01-g.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1296" title="cannibal-the-musical-96-01-g" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/cannibal-the-musical-96-01-g.jpg" alt="" width="500" height="330" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Hormis les cas de Nicolas Cocaign, le cannibal de Rouen et d&#8217;Issei Sagawa, le Japonais du Bois de Boulogne, d&#8217;autres assassins  tout aussi siphonnés ont défrayé la chronique occidentale au cours des cent dernières années en bouffant leurs victimes. Si on peut difficilement les qualifier de cannibale, la notion de rituel étant complètement absente dans leur démarche, il n&#8217;empêche que les actes incriminés ont largement de quoi faire pâlir les meilleurs scénaristes en la matière. J&#8217;en profite pour caler en fin d&#8217;article une interview sur la question que j&#8217;ai réalisé avec le psychanalyste George Henri Melenotte.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1288"></span><strong>Armin Meiwes: le gourmet cannibale</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/060509_arminMeiwes_hmed_11a.hmedium.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1289" title="060509_arminMeiwes_hmed_11a.hmedium" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/060509_arminMeiwes_hmed_11a.hmedium.jpg" alt="" width="500" height="337" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Armin Meiwes, aujourd&#8217;hui âgé de quarante-neuf ans, était un informaticien allemand sans histoire. En 2001, il laisse plusieurs annonces sur le web dans lesquelles il confesse être à la recherche d&#8217;un individu qui serait consentant pour se faire bouffer. Après des centaines de réponses plus ou moins sérieuses, il engage une correspondance soutenue avec Jürgen Armando Brandes, un ingénieur berlinois de 43 ans particulièrement intéressé à l&#8217;idée de se faire cuisiner l&#8217;oignon.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux hommes se rencontrent alors au domicile d&#8217;Armin Meiwes en mars 2001. Programme de la journée? Passer à l&#8217;action et se faire leur petite graille non sans coucher ensemble au préalable. Meiwes bourre ensuite son hôte d&#8217;anti-analgésiques et décision commune est prise de sectionner le pénis de Bernd Jürgen Armando Brandes. Au cours d&#8217;une scène d&#8217;anthologie qui durera neuf heures et sera entièrement filmée selon les dires de Meiwes, les deux hommes préparent le pénis avec amour avant de le déguster en tandem. Une fois le repas terminé, Meiwes tue son hôte en l&#8217;égorgeant – toujours avec son accord – avant de l&#8217;étriper, de le découper et d&#8217;en conserver quelques morceaux au congélo.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est finalement arrêté le 10 décembre 2002, après avoir publié une seconde annonce de la même trempe, lorsque la police découvre plusieurs sacs de viande humaine à son domicile. Armin Meiwes regrettera ensuite son geste même s&#8217;il concède garder un bon souvenir du repas. Tour à tour,surnommé <em>Der Metzgermeister</em> (le maître boucher) ou le Cannibale de Rotenburg, Meiwes a été condamné en 2004, dans un premier temps, à huit ans et demi de prison, avant de manger perpet&#8217; en 2006 au cours d&#8217;un second procès.</p>
<p><strong>Albert Fish, le mangeur d&#8217;enfants.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/albert_fish.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1290" title="albert_fish" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/albert_fish.jpg" alt="" width="500" height="312" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Albert Hamilton Fish, né en 1870 à Washington D.C. et mort en 1936 à  dans l&#8217;état de New York présente un sacré bagage de sale taré. Tueur en série surnommé le &laquo;&nbsp;Vampire de Brooklyn&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;l&#8217;Ogre de Wysteria&nbsp;&raquo; ou encore le &laquo;&nbsp;croque-mitaine&nbsp;&raquo;, Albert Fish, au cours de son existence, a vraisemblablement exploré toutes les perversions qui lui venaient à l&#8217;esprit, se livrant tour à tour à des pratiques sexuelles sadiques, masochistes (on parle même d&#8217;auto-castration), pédophiles ou encore coprophiles (manger les organismes qui se développent dans les déjections animales).</p>
<p style="text-align: justify;">Ses perversions évoluant avec le temps, Fish commença à partir des années 1920 à s&#8217;intéresser à la possibilité de manger les enfants qu&#8217;il violait et assassinait. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il dévora notamment la jeune Grace Budd, âgée de dix ans, après avoir convaincu ses parents, rencontrés quelques temps auparavant, de le laisser l&#8217;emmener à une fête d&#8217;anniversaire. Anthropophage à tendance sexuel, il affirma éprouver un plaisir sexuel incommensurable à manger un enfant et écrivit d&#8217;ailleurs une lettre à la mère de Grace Budd pour lui expliquer à quel point sa fille avait été succulente. Il fut finalement jugé en mars 1935 pour ce meurtre, procès au cours duquel il en confessa d&#8217;autres. Ce gros sicko fut finalement exécuté par électrocution en janvier de l&#8217;année suivante.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><strong>Andrei Chikatilo, l&#8217;instituteur cannibale</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/andrei-chikatilo.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1291" title="andrei-chikatilo" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/andrei-chikatilo.jpg" alt="" width="500" height="375" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Andreï Romanovitch Chikatilo né en 1936 en Ukraine et décédé en 1994 est un charmant tueur en série qui a hérité un jour du surnom de &laquo;&nbsp;Monstre de Rostov&nbsp;&raquo;. Instituteur et père de deux enfants, Chikatilo est connu pour s&#8217;être auto-crédité de pas moins de cinquante-cinq meurtres, principalement des femmes et des enfants. Communément reconnu comme impuissant, il semble qu&#8217;il ne pouvait obtenir de satisfaction sexuelle qu&#8217;en torturant et en assassinant de pauvres enfants. Selon des habitudes bien rodées, il mutilait ses victimes puis en consommait la chair – avec une affection toute particulière pour les seins et les organes sexuels – non sans leur avoir préalablement ôté les yeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Unanimement désigné comme l&#8217;un des pires criminels du XXe siècle, Chikatilo échappa durant de nombreuses années à la police soviétique, l&#8217;appareil d&#8217;état et l&#8217;idéologie officielle se refusant à admettre que les tueurs en série puissent exister dans ce merveilleux havre de paix que constituait le régime socialiste. Il fallu finalement attendre la fin des années 1980 synonyme d&#8217;émergence de la perestroïka et de la glasnot initiées par Gorbatchev pour que l&#8217;hypothèse du tueur unique soit enfin considérée.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrêté en 1992, après la chute du mur, Chikatilo fut rapidement confondu et expliqua son geste répété par le dégoût pour les moeurs relâchées de ses victimes confiant son sentiment d&#8217;être persuadé de souffrir d&#8217;une &laquo;&nbsp;espèce de maladie&nbsp;&raquo;. Après un procès ouvert en avril 1993 au cours duquel il fut reconnu coupable de cinquante-deux meurtres, il fut exécuté d&#8217;une balle dans la nuque en février 1994.</p>
<p><strong>Robin Gecht &amp; co: Les éventreurs de Chicago.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/3822171838727794.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1292" title="3822171838727794" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/3822171838727794.jpg" alt="" width="500" height="150" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le groupe des éventreurs de Chicago, composé de Robin Gecht – son cerveau – d&#8217;Edward Spreitzer et des frères Andrew et Thomas Kokoraleis sévit aux Etats-Unis au début des années 1980. Selon une méthode bien rodée, les quatre comparses sillonnaient les recoins de la ville en van à la recherche de prostituées. Une fois les victimes trouvées et embarquées, ceux-ci se rendaient en règle générale dans l&#8217;appartement de Gecht. Une fois les jeunes femmes assassinées – non sans les avoir préalablement violées et torturées – nos quatre garçons plein d&#8217;avenir découpaient rituellement un sein de la victime et se masturbaient dans la chaire pour finalement le dévorer durant des sessions au cours desquelles Gecht lisait des passages de la Bible satanique. Bon enfant t&#8217;as vu.</p>
<p style="text-align: justify;">Les quatre compagnons de cruauté furent finalement arrêtés en 1982 avoir avoir poignardé une jeune prostituée. Suspectés d&#8217;être responsables de la disparition de dix-huit femmes, les membres du groupe furent jugés en 1983 et connurent des fortunes diverses. En dépit des accusations de ses partenaires de crime, Gecht ne put jamais être formellement accusé de meurtre et fut condamné à une peine de 120 ans de prison pour la mutilation et le viol d&#8217;une prostituée de dix-huit ans. Edward Spreitzer et Andrew Kokoraleis furent pour leur part condamné à mort pour le meurtre de Lorraine Borowski, une secrétaire de 21 ans enlevée sur le chemin de son travail, alors que Thomas n&#8217;écopa que d&#8217;une peine de prison à vie. Andrew Kokoraleis fut exécuté en 1999 alors que la peine Spreitzer fut finalement commuée en prison à vie en 2003.</p>
<p><strong>Jeffrey Dahmer, le cannibale de Milwaukee</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/Jeffrey-Dahmer.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1293" title="Jeffrey-Dahmer" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/02/Jeffrey-Dahmer.jpg" alt="" width="500" height="354" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Issu d&#8217;une famille bourgeoise, Jeffrey Dahmer, né à Milwaukee, en 1960 commet son premier meurtre – un auto-stoppeur – en 1978 après que ses parents, récemment divorcés, lui aient laissé le loisir de squatter la maison seul. Il se tint ensuite à carreaux jusqu&#8217;en 1987, date à partir de laquelle il laissera parler son caractère tordu, commettant seize meurtres en tout. S&#8217;attaquant principalement à des jeunes hommes sans-abri, marginaux ou homosexuels dragués dans des bars gay, Dahmer tue essentiellement dans le but d&#8217;assouvir ses fantasmes nécrophiles et de contrôler intégralement ses victimes. Selon une méthode récurrente, Dahmer invitait ses victimes chez lui, les droguait puis les étranglait avant de les dépecer et les démembrer, conservant certaines parties en guise trophées – certains auraient décoré sa cheminée – et en dissolvant le reste dans une cuve à acide que la police découvrit au moment de son arrestation.</p>
<p style="text-align: justify;">Jamais à cours d&#8217;idées, Dahmer tenta de transformer certaines de ses victimes en zombie, leur forant un trou dans le crâne pour y injecter de l&#8217;acide ou de l&#8217;eau bouillante. Il se livra bien entendu à quelques actes de cannibalisme dévorant notamment le biceps de l&#8217;une de ses victimes. Finalement arrêté en 1991, après avoir été dénoncé par un rescapé ayant réussi à s&#8217;enfuir, la police en eut pour son argent en découvrant un réfrigérateur et des placards remplis de têtes, de parties génitales et de membres humains. Jugé en février 1992 au cours d&#8217;un procès retentissant tant l&#8217;horreur de l&#8217;affaire captiva les médias, Dahmer écopa une peine de 957 ans de prison. Il fut finalement assassiné en prison par un co-détenu schizophrène, persuadé d&#8217;être Jesus Christ, qui lui éclata la tête avec une haltère. Vrais reconnaissent vrais.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<br />
<strong> Le cannibalisme vu par le spectre de la psychanalyse.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A l&#8217;occasion de l&#8217;écriture de ce dossier sur la question cannibale, j&#8217;ai demandé à George Henri Melenotte, psychanalyste, membre de l&#8217;école lacanienne de psychanalyse et auteur de l&#8217;ouvrage &laquo;&nbsp;Substances de l&#8217;imaginaire&nbsp;&raquo; de m&#8217;éclairer sur l&#8217;interprétation du cannibalisme par ce biais.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment considère t-on et traite t-on le cannibalisme chez les psychanalystes?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La psychanalyse est une pratique qui permet de montrer que les pulsions cannibaliques et orales sont universelles bien que forcément décalées par rapport au souci d&#8217;une bonne organisation sociale. La pratique analytique met plutôt en évidence la difficulté du caractère artificiel de la vie en société. Les pratiques cannibaliques sont des pratiques qui sont refoulées chez chacun d&#8217;entre nous et apparaissent ponctuellement de manière accidentelle comme ce fut le cas dans l&#8217;affaire Nicolas Cocaign. Cela montre qu&#8217;il y a un grand problème en terme d&#8217;organisation sociale. Celle-ci n&#8217;est pas suffisamment répressive pour empêcher l&#8217;émergence de ce type de comportement. Cela prouve aussi qu&#8217;il existe des données intrinsèques à chaque individu qui ne sont pas maitrisables et contrôlables. La psychanalyse est une réponse à la tentative de normalisation de la société qui vise à socialiser les comportements humains.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La psychanalyse fait-elle des différences entre les multiples formes de cannibalisme?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;approche analytique ne vise pas à introduire ce genre de distinction. Par exemple, les comportements d&#8217;un certain nombre de soldats américains stationnés en Irak ont été l&#8217;objet d&#8217;études. Celles-ci ont montré que dans certaines circonstances, et malgré son acculturation, l&#8217;animalité en l&#8217;homme pouvait modifier son comportement et aller dans le sens de ce qu&#8217;on peut appeler le cannibalisme, la torture ou le plaisir de tuer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans le cas de Nicolas Cocaign comment expliquer une telle violence, et le fait qu&#8217;il ait pu dire lui-même avoir ressenti quelque chose proche de la jouissance sexuelle?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je ne sais pas si c&#8217;est une question que vous me posez car la réponse semble déjà là. Mais effectivement, nous avons affaire ici à des aspects étranges, voire inquiétants de la sexualité, qui nous parasitent. Le geste cannibalique est un geste qui ne va pas sans une certaine jouissance. Les deux sont donc très liés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les détails de l’acte – certains vont dépecer et congeler des morceaux de manière bien préméditée, d&#8217;autres vont procéder de manière plus impulsive – traduisent-ils des pathologies particulières?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce cas précis, il faut savoir que ce sera au psychiatre de déterminer s&#8217;il y a effectivement une pathologie mentale sous-jacente à ces actes alors que l&#8217;analyste lui n&#8217;abordera pas la question sous le même angle. Plutôt que de s&#8217;intéresser à la pathologie, il essaiera d&#8217;aborder la question de la particularité afin de voir les éléments qui ont pu rentrer en ligne de compte pour induire ce comportement et différencier ce qui est normal de ce qui ne l&#8217;est pas.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans le cas d&#8217;Armin Meiwes, l&#8217;anthropophage allemand, les médecins se sont principalement cantonnés à des recherches d&#8217;imageries cérébrales montrant des altérations de régions anatomiques entraînant des perturbations au niveau des neurotransmetteurs. Ne serait-il pas intéressant de faire également des études plus approfondies sur l&#8217;organisation familiale de ces personnes et les failles de leur psychisme?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En effet, ce serait bien rassurant que l&#8217;on trouve des explications locales à ce type de comportement. L&#8217;existence de la psychanalyse est justifiée par le fait même qu&#8217;on ne peut plus continuer à méconnaitre ce genre d&#8217;événement, de comportement et d&#8217;actes. Il faudrait donc essayer de découvrir les ressorts de ces actes. La découverte freudienne et lacanienne soutient aussi l&#8217;idée que ces comportements ne sont pas intrinsèquement cannibaliques mais plus exactement des forces d&#8217;expression de notre sexualité.</p>
<p style="text-align: justify;">Loïc H. Rechi</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Cet article et cet interview ont été initialement publiés dans le numéro septembre-octobre de <a href="http://snatch-mag.com/">Snatch Magazine</a>. A lire également &laquo;&nbsp;<a href="http://www.abstrait-concret.com/2011/01/25/sur-les-traces-sanglantes-du-cannibalisme-moderne/">Sur les traces sanglantes du cannibalisme moderne</a>&laquo;&nbsp;.</em></p>
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		<title>SUR LES TRACES SANGLANTES DU CANNIBALISME MODERNE</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Jan 2011 23:26:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[CANNIBALISME DE SURVIE DANS LES ANDES]]></category>
		<category><![CDATA[ENDOCANNIBALISME]]></category>
		<category><![CDATA[ETUDE DU CANNIBALISME]]></category>
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		<category><![CDATA[ISSEI SAGAWA CANNIBALISME EN FRANCE]]></category>
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		<category><![CDATA[NICOLAS COCAIGN CANNIBALISME]]></category>
		<category><![CDATA[WILLIAM ARENS ET LE MYTHE DU CANNIBALISME]]></category>

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		<description><![CDATA[Objet d&#8217;un certain nombre de fantasmes, la notion de cannibalisme fait particulièrement office de tabou en occident. En fait, le cannibalisme fait tellement figure de crime ultime dans nos contrées qu&#8217;il n&#8217;est même pas mentionné dans les textes de loi français, allemand, américain ou russe, quatre pays qui ont eu à traiter des cas au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/DSC04708.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1280" title="DSC04708" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/DSC04708.jpg" alt="" width="500" height="538" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Objet d&#8217;un certain nombre de fantasmes, la notion de cannibalisme fait particulièrement office de tabou en occident. En fait, le cannibalisme fait tellement figure de crime ultime dans nos contrées qu&#8217;il n&#8217;est même pas mentionné dans les textes de loi français, allemand, américain ou russe, quatre pays qui ont eu à traiter des cas au cours des vingt dernières années. Discipline d&#8217;étude  sociologique par excellence pour que les experts se foutent sur la gueule, le phénomène en dit long sur la nature humaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1276"></span></p>
<p style="text-align: justify;">3 janvier 2007. La France se réveille et découvre horrifiée que la prison de Rouen a été le théâtre d&#8217;un drame particulièrement crado la veille au soir. Nicolas Cocaign, 35 ans, partage alors sa cellule avec deux co-détenus, Thierry Baudry, 41 ans et David Lagrue, 36 ans. Pour des raisons futiles – Cocaign reproche à Baudry d&#8217;avoir bouché les toilettes – les deux hommes se mettent sur la gueule mais sont finalement séparés par le troisième larron. La journée avance mais l&#8217;ambiance reste tendue. Plus tard, Cocaign croit percevoir un regard menaçant chez son co-détenu et se retrouve de nouveau envahi par une pulsion agressive. Sans une once d&#8217;hésitation, il se jette sur Baudry et le roue de coups de poing et de coups de genoux dans la gueule et dans le bide. Baudry ne se laisse pas faire pour autant, ce qui entraine une recrudescence de violence chez Cocaign. Ce dernier se saisit alors d&#8217;une paire de ciseau et transperce une dizaine de fois le garçon avant de l&#8217;achever en l&#8217;étouffant à l&#8217;aide d&#8217;un sac poubelle. Le meurtre perpétré, la situation dérape. Cocaign déshabille sa victime, lui passe une croix autour du coup et le camoufle dans un premier temps . Venue l&#8217;heure du diner, il décide de lui &laquo;&nbsp;<em>prendre son âme</em>&nbsp;&raquo; selon ses propres dires. A l&#8217;aide de coups de rasoir dans le thorax, l&#8217;assassin se saisit de ce qu&#8217;il croit être le coeur – l&#8217;autopsie apprendra qu&#8217;il s&#8217;agissait en fait du poumon – en mange un morceau cru puis se concocte une petite gamelle en faisant revenir un autre bout avec des oignons. Le cannibale de la prison Rouen venait d&#8217;écrire sa propre légende, sous les yeux de David Lagrue, terrorisé, traumatisé, à tel point qu&#8217;il se suicidera deux ans plus tard, en décembre 2009, six mois avant le procès.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/100624182424941_34_000_apx_470_.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1278" title="100624182424941_34_000_apx_470_" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/100624182424941_34_000_apx_470_.jpg" alt="" width="500" height="332" /></a><em>Nicolas Cocaign au cours d&#8217;une audience de son procès</em></p>
<p style="text-align: justify;">Si le meurtre perpétré par Nicolas Cocaign est absolument sinistre, une telle situation n&#8217;est pas inédite en France. En juin 1981, Issei Sagawa, un étudiant japonais de 32 ans créé lui aussi un frisson médiatique. Il tue Renée Hartevelt, une étudiante néerlandaise de 24 ans à coups de 22 long rifle et prélève plus de sept kilos de viande sur son cadavre avant de se livrer à une orgie de viande humaine trois jours durant. Ne disposant pas d&#8217;un congélateur – ce qui lui aurait permis de ne pas se faire attraper selon ses propres dires – il entreprend de se débarrasser de la carcasse dans le bois de Boulogne. Pas très doué, il sera découvert par un couple de badauds devant lesquels une des deux valises s&#8217;ouvre malencontreusement. Arrêté dans la foulée, Sagawa sera soumis à une expertise psychiatrique d&#8217;un an qui conclura à son irresponsabilité pénale et entrainera un non-lieu. Après une année d&#8217;internement  en France, le cannibale japonais est finalement transféré au Japon où un collège d&#8217;expert le déclare cette fois responsable de ses actes. Le non-lieu prononcé en France ayant un caractère définitif, les autorités japonaises se retrouvent dans l&#8217;impossibilité de le juger de nouveau et Sagawa se voit donc libéré en août 1985. Aujourd&#8217;hui, il vit toujours à Yokohama sous surveillance psychiatrique mais sans suivi psychiatrique malgré ses confessions sur ces pensées cannibales qui l&#8217;habitent toujours.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Formes de cannibalisme et autres réjouissances.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Réduire le cannibalisme à sa simple dimension criminelle et barbare serait pourtant une sacrée aberration. Dans le cas de Nicolas Cocaign, la notion même de cannibalisme est usurpée, car à la différence de l’anthropophagie – l’acte d’un individu isolé, dépourvu de cérémonie – le cannibalisme se pratique en groupe avec un rituel ou comporte tout du moins un tenant culturel.  Hormis les cas criminels – non rituels et non culturels et étroitement liés à des pathologies psychiatriques chez ceux qui s&#8217;en rendent coupables – on dénombre généralement trois types de cannibalisme bien distincts: le cannibalisme de survie, l&#8217;endocannibalisme et l&#8217;exocannibalisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cannibalisme de survie, s&#8217;il est sans doute l&#8217;une des formes les plus horrifiante pour la raison, reste malgré tout l&#8217;un des plus facilement compréhensibles et donc pardonnables pour les occidentaux. Les cas recensés sont multiples mais le plus ancré dans la conscience collective demeure sans doute l&#8217;épisode des Andes en 1972. Un groupe de seize personnes – dont certains joueurs de rugby d&#8217;une équipe uruguayenne – se retrouva pris au piège lorsque leur avion s&#8217;écrasa dans la partie chilienne des Andes. Après avoir épuisé les maigres ressources comestibles à disposition, les survivants de l&#8217;équipe de rugby furent contraints de manger la chair de ceux qui étaient morts lors du crash, soixante-dix jours durant. Pour autant, comme le souligne l&#8217;anthropologue suisse Mondher Kilani, une telle décision n&#8217;a rien d&#8217;évident et il a fallu inventer des règles avant de s&#8217;y soumettre. Personne ne mangeait ses proches, l&#8217;ingestion se faisait par fines lamelles et la possibilité même de s&#8217;y contraindre ne se fit pas sans de longues conversations et tergiversations entre les survivants. L&#8217;épisode inspira d&#8217;ailleurs le réalisateur Franck Marshall qui en fit le film <em>Les Survivants</em> en 1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/enlosandes19uk8wr4.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1279" title="enlosandes19uk8wr4" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/enlosandes19uk8wr4.jpg" alt="" width="500" height="388" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;endocannibalisme lui est aux antipodes du cannibalisme de survie. Ancestrale et ritualisée, cette forme d&#8217;anthropophagie constitue dans la majorité des cas une forme de vénération de la mort et revêt un caractère hautement ésotérique en mangeant une partie d&#8217;un membre du groupe. Cette forme de cannibalisme, l&#8217;anthropologue français Pierre Clastres a pu l&#8217;étudier au début des 1970 au sein de deux groupes Guayaki, un ensemble de tribus indiennes d&#8217;Amérique du Sud. S&#8217;il n&#8217;a pu assister à un rituel à proprement parler, un minutieux travail d&#8217;études et d&#8217;entretiens auprès de ce groupe lui a donné l&#8217;assurance qu&#8217;ils ont bien existé. En 1971, Clastres écrivait ainsi:</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;Les membres de ce groupe ont évidemment cessé d’être cannibales lorsqu’ils ont abandonné une partie de leur ancien mode d’existence mais ceci ne remonte qu’à cinq ans; antérieurement tous les morts étaient mangés, le dernier cas mentionné ayant approximativement eu lieu il y a neuf ans, aucun Indien n’étant mort entre ce moment et celui de la sortie de la tribu. Il résulte de ceci que lorsqu’on parle de cannibalisme il ne s’agit nullement de « on-dit » mais d’une réalité que tous les individus ont vécu; de plus, psychologiquement, les Guayakis sont encore cannibales; à plusieurs reprises ils nous ont affirmé leur désir de manger de la chair humaine et une de nos jeunes informatrices a récemment rêvé que son « Jware » (homme qui a assisté à l’accouchement et massé la tête du nouveau-né) étant mort, elle le faisait cuire et s’en nourrissait.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Selon ses écrits, mis à part le père, la mère et le conjoint du défunt, tous les membres du groupe, enfants et vieillards compris participaient au festin. Les enfants, si leur coeur leur en disaient, pouvaient également se nourrir de leurs parents. Les membres du groupe, selon leur âge et leur sexe, ne recevaient pas les mêmes parties. Les femmes enceintes par exemple, bénéficiaient généralement du pénis, matérialisant la relation entre sexualité et alimentation, souvent dans le but d&#8217;enfanter un garçon. A l&#8217;inverse, lorsqu&#8217;une femme était mangée, le bas du tronc et la partie correspondant au vagin étaient enterrés afin de prévenir la naissance d&#8217;une fille. Si la pratique parait infâme à nos yeux d&#8217;individus occidentaux, la consommation des morts – au delà du simple intérêt gustatif vanté par les Guayaki – témoignait expressément d&#8217;une volonté de s&#8217;emparer d&#8217;une part du mort dans l&#8217;optique de faire perdurer son esprit. Elle était régie par un ensemble de règles très strictes et intimement liées à une forme de respect – et de crainte aussi – de la nature et des âmes des défunts. L&#8217;autre est consommé parce qu&#8217;il a précédemment mangé ses ancêtres lui aussi. L&#8217;acte n&#8217;est donc pas gratuit mais suit une logique générationnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;exocannibalisme par contre intègre des notions bien moins romantiques dans son processus: rage, haine, humiliation; concrètement une véritable forme de terrorisme. Dans une proportion toute relative, c&#8217;est sans doute la forme la plus proche de l&#8217;acte anthropophagique auquel Nicolas Cocaign s&#8217;est livré. Mentalement, c&#8217;est par ailleurs souvent à cette forme que l&#8217;homme occidental associe la notion de cannibalisme par réflexe. Les Mianmin, un groupe d&#8217;individus de Papouasie Nouvelle-Guinée sont connus pour s&#8217;être livrés à des festins exocannibales, comme le rapporte notamment Laurence R. Goldman, qui est allé à leur rencontre, dans l&#8217;ouvrage &laquo;&nbsp;<em>Anthropology of cannibalism</em>&nbsp;&raquo; paru en 1999. Connus pour se livrer à des raids terriblement violents et terrifiants sur certains groupes voisins, les Mianmin lui affirmèrent qu&#8217;ils emmenaient ainsi certains cadavres pour les consommer sans rituel particulier, soutenant qu&#8217;il n&#8217;y avait aucune raison de se priver d&#8217;une viande d&#8217;une telle qualité. L&#8217;exemple Mianmin, aussi effroyable qu&#8217;il soit est cela dit loin d&#8217;être isolé. Durant la seconde guerre mondiale, il semble également avéré que certains soldats japonais commirent des actes exocannibales à l&#8217;encontre des prisonniers et des populations civiles dans les territoires occupés, parfois aussi en raison de la famine faisant rage. Pour autant, selon l&#8217;historien Yuki Tanaka, le cannibalisme a eu des proportions allant bien au delà de l&#8217;acte isolé et &laquo;&nbsp;<em>était souvent une activité systématique menées par des escouades entières et sous le commandement d&#8217;officiers</em>&laquo;&nbsp;. Deux hauts gradés, le lieutenant-général Yoshio Tachibana et le vice-amiral Mori, furent d&#8217;ailleurs condamnés à de lourde peine au sortir de la guerre, respectivement pour avoir mangé un aviateur américain et un prisonnier. Dans certains cas enfin, les notions d&#8217;endocannibalisme et d&#8217;exocannibalisme se chevauchent carrément. Selon plusieurs ouvrages – dont &laquo;&nbsp;<em>Aztec Cannibalism: An Ecological Necessity</em>&nbsp;&raquo; (1978) de Bernard R. Ortiz de Montellano – la pratique consistant à sacrifier des soldats ennemis capturés et manger leur chair tenait autant de l&#8217;acte de terreur que du moyen de communiquer avec les dieux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La cannibalisme, un mythe?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si les cas d&#8217;anthropophagie criminelle et de cannibalisme de survie sont irréfutables, il est un homme qui a foutu un certain bordel parmi les certitudes ses collègues: William Arens. Dans son ouvrage <em>The Man Eating Myth</em> (1979), cet anthropologue déplorait que l&#8217;ensemble des cas d&#8217;endocannibalisme et d&#8217;exocannibalisme considérés comme établis, proviennent en fait d&#8217;informations de seconde main, à savoir paroles rapportées ou récits anciens. Arens remet la validité même de ces sources en cause et fustige qu&#8217;elles soient la base établie de l&#8217;ensemble des descriptions et autres théories anthropologiques du cannibalisme. Négationniste, il pousse sa théorie jusqu&#8217;à douter de l&#8217;existence même d&#8217;un tel phénomène, invitant ses confrères à lui prouver le contraire. Et force est de constater que dans une certaine mesure, Arens a su viser juste car trente ans plus tard, le feu allumé par ses soins brûle toujours. L&#8217;anthropologue suisse Mondher Kilani le raconte ainsi très bien, dans &laquo;&nbsp;<em>Le cannibale et son témoin. La question de la preuve en anthropologie?</em>&laquo;&nbsp;, un long article daté de 2009. Décontenancés par cette attaque frontale, les tenanciers de l&#8217;existence du cannibalisme se contentèrent de répondre à Arens en lui retournant sa question, l&#8217;incitant à son tour à amener les preuves de ce qu&#8217;il avançait, plongeant le néophyte dans ce qui s&#8217;apparente à un débat de fous. Finalement, les anthropologues visés se contentèrent de réaffirmer &laquo;&nbsp;l&#8217;évidence historique du cannibalisme&nbsp;&raquo; comme un &laquo;&nbsp;fait&nbsp;&raquo; incontestable, ne résolvant nullement l&#8217;équation, incapables pour des raisons multiples d&#8217;apporter la preuve formelle qui invaliderait la théorie d&#8217;Arens. Dès lors sans preuve réelle, seule la présomption persiste.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/Capture-d’écran-2011-01-25-à-00.22.20.png" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1281" title="Capture d’écran 2011-01-25 à 00.22.20" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/Capture-d’écran-2011-01-25-à-00.22.20.png" alt="" width="500" height="401" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il semble néanmoins universel que chaque civilisation attribue des pulsions cannibales à ses voisin, ce que Mondher Kilani traduit en disant &laquo;&nbsp;L’idée, c’est que l’autre est là pour me manger&nbsp;&raquo;. Le concept étymologique de cannibalisme semble remonter à Christophe Colomb qui était persuadé de l&#8217;existence d&#8217;un peuple amazone friand de chair humaine. Interrogeant les Arawak, un peuple autochtone, ceux-ci lui répondirent que rien de tel n&#8217;existait chez eux mais qu&#8217;il était probable que les Caribes, un peule voisin se livre à de telles pratiques. Sans vérifier – on en revient finalement à la théorie d&#8217;Arens – Colomb nota le nom de ce peuple puis l&#8217;associa au latin Canis (chien). La dérive jusqu&#8217;à l&#8217;adjectif &laquo;&nbsp;canibal&nbsp;&raquo; ne fut pas bien longue et fila accessoirement une bonne excuse aux conquistadors pour s&#8217;occuper du cas de ces crapules anthropophages. Au delà de l&#8217;éternelle question du mythe – que cet article ne résoudra pas de toute façon – il apparait indéniable que brandir le spectre du cannibalisme a toujours été une arme terrifiante, utilisée par certaine culture pour affirmer leur supériorité sur d&#8217;autres. Les Romains accusèrent ainsi les Irlandais de le pratiquer. Au XVIe siècle, les protestants accusèrent les catholiques d&#8217;idolâtrie puisque ceux-ci sont censés manger le corps du Christ lors de la messe. L&#8217;explorateur David Livingston eut également une drôle de surprise au XIXe siècle lorsqu&#8217;il rencontra des tribus pensant que l&#8217;homme blanc était cannibale, une croyance qui se révéla en fait être directement inspirée par la traite des noirs, les tribus pensant que les blancs enlevaient les noirs pour les manger. Si le cannibalisme inspire les pires crainte, particulièrement dans la conscience de l&#8217;homme occidental, il en est pourtant un qui a émis récemment une prédiction qui peut surprendre quand on sait que l&#8217;homme n&#8217;est ni anthropologue, ni scientifique. Ted Turner, magnat américain des médias et fondateur de CNN, envisage ainsi que le réchauffement climatique pourrait avoir un effet si catastrophique sur la planète et ses habitants que toute forme de culture serait tout bonnement impossible sur Terre. Les survivants se retrouveraient dans une position où le cannibalisme deviendrait la seule échappatoire pour survivre. Une hypothèse difficile à évaluer mais qu&#8217;importe, William Arens, sans doute mort d&#8217;ici là, n&#8217;aura pas le loisir de ravaler son chapeau.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Loïc H. Rechi</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Cet article a été initialement publié dans le numéro septembre-octobre de<a href="http://www.snatch-mag.com"> Snatch Magazine</a>. Il s&#8217;accompagnait également d&#8217;un encadré intitulé &laquo;&nbsp;Le Top 5 des tueurs anthropophages&nbsp;&raquo; que je republierai également dans les jours à venir.</em></p>
<div class="tweetthis" style="text-align:left;"><p> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=SUR+LES+TRACES+SANGLANTES+DU+CANNIBALISME+MODERNE+http%3A%2F%2Fis.gd%2FfpnBMy" title="Post to Twitter"><img class="nothumb" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/plugins/tweet-this/icons/en/twitter/tt-twitter.png" alt="Post to Twitter" /></a> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=SUR+LES+TRACES+SANGLANTES+DU+CANNIBALISME+MODERNE+http%3A%2F%2Fis.gd%2FfpnBMy" title="Post to Twitter">Tweet This Post</a></p></div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/AbstraitConcret/~4/FyJx5xpTnyQ" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>LA LEGION ROMAINE PERDUE A T-ELLE ECHOUE EN CHINE?</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Dec 2010 03:21:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[BATAILLE CARRHAE]]></category>
		<category><![CDATA[CHINOIS D'ORIGINE ROMAINE]]></category>
		<category><![CDATA[DES CHINOIS DESCENDANTS DE LA LEGION PERDUE]]></category>
		<category><![CDATA[LEGION PERDUE]]></category>
		<category><![CDATA[LEGION ROMAINE PERDUE]]></category>
		<category><![CDATA[MARCUS CRASSUS]]></category>
		<category><![CDATA[THEORIE DE HOMER DUBS]]></category>

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		<description><![CDATA[Régulièrement depuis 1955, scientifiques, historiens et anthropologues contemporains se prennent sur la tête sur l&#8217;existence ou non d&#8217;une légion romaine qui – au gré de pérégrinations plus ou moins foireuses – aurait fini sa route dans le fin fond de la Chine. Dans la mesure où le concept de Chinois blond perdu au milieu de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2010/12/légion-romaine1.jpeg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1258" title="légion romaine" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2010/12/légion-romaine1.jpeg" alt="" width="500" height="332" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Régulièrement depuis 1955, scientifiques, historiens et anthropologues contemporains se prennent sur la tête sur l&#8217;existence ou non d&#8217;une légion romaine qui – au gré de pérégrinations plus ou moins foireuses – aurait fini sa route dans le fin fond de la Chine. Dans la mesure où le concept de Chinois blond perdu au milieu de la steppe a tout d&#8217;une anomalie, il faut bien reconnaitre que les questions qui taraudent quelques élites intellectuelles de notre petite planète ont quelque chose de légitimes. Et puis après tout, des mecs qui rêvent d&#8217;une vie qui n&#8217;est pas censée être la leur, ce n&#8217;est finalement qu&#8217;un schéma universel. Chez nous on a bien des blaireaux qui s&#8217;échangent des cartes de visite dans des salons professionnels en rêvant d&#8217;être des artistes ou des artistes qui racontent de la merde en pensant être les portes-parole de ta pauvre condition de mec lambda. Alors tant qu&#8217;à faire, des Chinois qui se prennent pour des Romains, on n&#8217;est pas à ça près.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1246"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis des années déjà, il existe à Ligian, un village chinois aux portes du désert de Gobi, un petit groupe de Chinois qui vit avec l&#8217;intime conviction qu&#8217;ils ont un truc spécial. Ces villageois seraient donc les lointains descendants d&#8217;une légion romaine qui aurait atterri là-bas à la suite d&#8217;une antique bataille ayant mal tournée pour leurs gueules. Si l&#8217;histoire n&#8217;a jamais pu être prouvée, leurs interrogations reposent par contre sur quelques éléments assez troublants. Parce que des Chinois aux yeux verts ou bleus, avec des nez très longs et même parfois des cheveux blonds, il faut être honnête, ça ne court pas les rues, d&#8217;autant plus dans le trou du cul du nord-est de la Chine. Mais si ces drôles de Noichs ne sont pas capables d&#8217;expliquer rationnellement ces traits physique si particuliers, ça ne les empêche pas de se filer des petits surnoms un peu télécommandés qu&#8217;on pourrait traduire par Thomas le Romain ou Michel le Légionnaire. Tous ou presque en sont convaincus, ils seraient en fait les descendants de la légion perdue.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;histoire de nos drôles de Chinois nous ramène donc deux mille ans en arrière, en 53 avant le Christ. A l&#8217;époque, Marcus Crassus – un général et homme d&#8217;Etat romain de premier plan – s&#8217;embarque dans une bataille un peu tendue dans l&#8217;idée de conquérir <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Parthie">la Parthie</a>, un bout territoire de l&#8217;actuel pays dirigé par ce sympathique Mahmoud Ahmadinejad. Mis à part le fait d&#8217;avoir mis fin à la révolte de Spartacus, le Marcus Crassus a peu de faits d&#8217;armes à foutre à son crédit. Cherchant à se doter d&#8217;une street-cred comparable à celle d&#8217;un César ou d&#8217;un Pompée – avec lesquels il règne cela dit sur la République – il part de Rome épaulé par sept légions malgré un certain nombre de signes défavorables. L&#8217;histoire tourne évidemment au vinaigre et Crassus se fait honteusement botter le cul et crève finalement à Carrhae, un bled de l&#8217;actuelle Turquie, sans que l&#8217;on sache réellement ce qu&#8217;il advint du reste de son armée. C&#8217;est alors qu&#8217;entre en jeu dans les années 50, la théorie d&#8217;<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Homer_H._Dubs">Homer Dubs</a>, un historien sinologue américain de l&#8217;université d&#8217;Oxford. S&#8217;appuyant sur des ouvrages de Plutarque, Pline ou encore <em>Le Livre des Hans de L&#8217;Est</em>, il avance que certains légionnaires de l&#8217;armée de Crassus, sentant la débâcle à venir, auraient en fait pris le parti de se tirer tant qu&#8217;il en était encore temps, faisant route vers l&#8217;est pour échapper à l&#8217;ennemi.</p>
<p style="text-align: justify;">Les versions varient parfois légèrement, mais en gros, ces derniers seraient alors devenus des mercenaires parcourant la région de front en front. Certains d&#8217;entre eux combattant aux côtés des Huns contre les Chinois auraient fini par se faire capturer une quinzaine d&#8217;années plus tard, en -36 avant Jesus, durant une bataille au cours de laquelle les Chinois prirent la capitale des Huns – l&#8217;actuelle Tachkent en Ouzbékistan. Acceptant la reddition d&#8217;un millier de combattants, les Chinois auraient pris le soin de <a href="http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/la-legion-perdue-de-l-empire-du-milieu_497258.html ">tout de même embarquer 145 d&#8217;entre eux</a>. Dubs en est persuadé, il ne peut s&#8217;agir que de combattants issus de la légion perdue de Marcus Crassus. Pour appuyer sa théorie, il fait notamment référence à certains textes mettant en avant que les mercenaires capturés et décrits dans les histoires avaient la particularité de se déplacer dans &laquo;&nbsp;des formations décrites comme des écailles de poisson&nbsp;&raquo;. Or, ce point précis n&#8217;est pas sans rappeler les fameuses formations défensives dite de <a href="http://moblog.net/media/p/l/e/plewis/testudo.jpg">la tortue romaine</a>, cette masse rectangulaire un peu ridicule qui se faisait perpétuellement défoncer par un gros tas et un nain moustachu dopés aux stéroïdes dans une bande-dessinée un peu débile bien de chez nous. Quelques temps plus tard, les lascars auraient été finalement relâchés dans les steppes de l&#8217;ouest chinois, leur laissant tout le loisir de s&#8217;établir tranquillement, fonder le village de Ligian et au passage engrosser quelques locales trainant dans les parages.</p>
<p style="text-align: justify;">Théorie fumeuse ou pas, toujours est-il que la légende de la légion perdue de Marcus Crassus a pris racine du côté de Ligian notamment parce que certains historiens chinois ont continué à soutenir à la théorie de Dubs, même après son décès en 1969. Avec les années, des scientifiques ont donc cherché à vérifier le bien fondé de ces allégations. Ainsi, en 1999, des généticiens venus de Pékin prélevèrent le sang de 200 villageois et 46% des tests révélèrent une forme de lien génétique avec des Européens. En 2007, d&#8217;<a href="http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/1541421/Roman-descendants-found-in-China.html">autres scientifiques s&#8217;y rendirent à leur tour</a> pour effectuer de nouveaux prélèvements d&#8217;échantillons sanguins sur 93 personnes avec des gueules un peu spéciales, des individus parfois stigmatisés, les autres soupçonnant qu&#8217;ils puissent être atteint de maladie de peau. Bizarrement pourtant, depuis 2007, l&#8217;histoire était complètement tombée en désuétude sans qu&#8217;on ne sache réellement ce qu&#8217;il était advenu des tests. Puis ces dernières semaines, deux journaux anglais – <a href="http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/china/8154490/Chinese-villagers-descended-from-Roman-soldiers.html">The Telegraph</a> et <a href="www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-1332636/DNA-tests-Chinese-villagers-green-eyes-descendants-lost-Roman-legion.html">The Daily Mail</a> – ont refoutu le couvert, révélant de nouveaux tests qui démontraient que certains villageois avaient un ADN présentant 56% d&#8217;origine caucasienne.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><div id="attachment_1251" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2010/12/descendant-legion-romaine.jpg" rel="lightbox"><img class="size-full wp-image-1251 " title="descendant legion romaine" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2010/12/descendant-legion-romaine.jpg" alt="" width="500" height="327" /></a><p class="wp-caption-text">Cai Junnian, l&#39;un des descendants supposés de la légion perdue</p></div></p>
<p style="text-align: justify;">Et fort logiquement, avec la pression médiatique consécutive à ces nouvelles révélations, les affaires du côté de Ligian s&#8217;excitent de nouveau. Des archéologues envisagent désormais de conduire des fouilles dans la région, le long de l&#8217;ancienne route de la soie afin de découvrir de nouvelles ruines de forts ou de structures qui auraient été construits par des Romains, certains vieux écrits attestant de leur existence. Si ces nouveaux tests ADN relancent donc une nouvelle fois la légende de la légion perdue, ils attisent aussi – sans surprise – de vieilles querelles. Historiens et spécialistes s&#8217;opposent car la majorité d&#8217;entre eux croient sincèrement que les contacts entre les deux empires n&#8217;ont jamais été qu&#8217;indirects, fruits d&#8217;échanges successifs entre les peuples séparant les deux régions. Pour les adversaires de la théorie de Dubs, à l&#8217;instar de l&#8217;anthropologue italien Maurizio Bettini, seule la découverte dans les parages d&#8217;armes ou d&#8217;objets imputables à l&#8217;empire romain prouveraient que l&#8217;histoire de la légion perdue n&#8217;est pas qu&#8217;une légende. D&#8217;autres opposants à cette belle histoire rappelent également sans cesse qu&#8217;il faut arrêter de se branler sur le concept même de légion romaine, celles-ci étant très souvent composées de mercenaires absolument pas natifs de la République de Rome.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le fond, comme pour bon nombre d&#8217;histoires qui nous ramènent à des époques que l&#8217;on arrive à conceptualiser au mieux au regard des films et des bouquins qu&#8217;on a vu ou lu, on ne connaitra probablement jamais la vérité sur la légion perdue. Mais qu&#8217;importe, les Noichs de Ligian, eux, semblent absolument conquis par cette perspective d&#8217;avoir un petit truc différent de leurs compatriotes. Alors franchement, une fois n&#8217;est pas coutume, au lieu de les abrutir comme on sait si bien faire avec des concepts capitalistes, on pourrait leur faire croire que c&#8217;est vrai. Ca pourrait d&#8217;ailleurs engendrer le postulat de départ pour une putain de bande dessinée; l&#8217;histoire d&#8217;une bande d&#8217;irréductibles Chinois qui tenteraient de plomber la politique libéralo-fasciste de leur gouvernement en se dopant grâce à une potion magique, l&#8217;espoir.</p>
<div class="tweetthis" style="text-align:left;"><p> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=LA+LEGION+ROMAINE+PERDUE+A+T-ELLE+ECHOUE+EN+CHINE%3F+http%3A%2F%2Fis.gd%2FUvDddj" title="Post to Twitter"><img class="nothumb" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/plugins/tweet-this/icons/en/twitter/tt-twitter.png" alt="Post to Twitter" /></a> <a target="_blank" rel="nofollow" class="tt" href="http://twitter.com/intent/tweet?text=LA+LEGION+ROMAINE+PERDUE+A+T-ELLE+ECHOUE+EN+CHINE%3F+http%3A%2F%2Fis.gd%2FUvDddj" title="Post to Twitter">Tweet This Post</a></p></div><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/AbstraitConcret/~4/kL63fcea73Y" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
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		<title>DECOUVRIR UNE PLANETE HABITABLE PUIS SE METTRE SUR LA GUEULE</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Nov 2010 19:20:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loïc H. Rechi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Science]]></category>
		<category><![CDATA[ASTRONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[GLIESE 581g]]></category>
		<category><![CDATA[LA DECOUVERTE D'UNE PLANETE HABITABLE]]></category>
		<category><![CDATA[PAUL BUTLER]]></category>
		<category><![CDATA[PLANETE GLIESE]]></category>
		<category><![CDATA[PLANETE GLIESE 581]]></category>
		<category><![CDATA[STEVEN VOGT ET LA DECOUVERTE DE GLIESE 581]]></category>

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		<description><![CDATA[Le fantasme ultime. La découverte de l&#8217;existence d&#8217;une planète habitable avec des êtres – comme nous ou pas, on s&#8217;en carre – mais en tout cas bien vivants. Des petits mecs dotés de tout un tas de capacités fantastiques qu&#8217;on se plait à imaginer organisés en une civilisation énigmatique, un truc qui bien entendu dépasserait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2010/11/0825-exoplanet-HD-10180_full_600.jpg" rel="lightbox"><img class="aligncenter size-full wp-image-1234" title="0825-exoplanet-HD-10180_full_600" src="http://www.abstrait-concret.com/wp/wordpress/wp-content/uploads/2010/11/0825-exoplanet-HD-10180_full_600.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Le fantasme ultime. La découverte de l&#8217;existence d&#8217;une planète habitable avec des êtres – comme nous ou pas, on s&#8217;en carre – mais en tout cas bien vivants. Des petits mecs dotés de tout un tas de capacités fantastiques qu&#8217;on se plait à imaginer organisés en une civilisation énigmatique, un truc qui bien entendu dépasserait complètement nos simplistes conceptions de civilisations basées sur la religion, le pognon et la baise. Et puis au détour d&#8217;un article, puis trois, puis cent, la possibilité se matérialise soudainement. Fin septembre, deux gus américains – des scientifiques qui jubilent à l&#8217;idée de révéler de nouvelles vérités à la face du monde – s&#8217;affichent tout sourire et s&#8217;étalent dans les médias les plus respectables de NOTRE planète, pour nous expliquer en substance, que ça y est, ils ont découvert une planète habitable, quelque part aux confins de l&#8217;univers. Et plus incroyable encore que l&#8217;annonce elle-même, c&#8217;est l&#8217;optimisme dont ils font preuve qui te coupe le souffle. Les chances d&#8217;une vie extra-terrestre existant sur ladite planète habitable sont de 100%. Et là, mon pote, je la vois poindre cette question qui se dessine sur ta gueule. <em>Ah ouais vraiment? Hmm, comment te dire&#8230;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1227"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une naine rouge?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;amuser à rechercher des planètes habitables tient de la vieille obsession qui n&#8217;a paradoxalement été rendue possible que très récemment, grâce aux progrès techniques réalisés en matière d&#8217;observation de l&#8217;espace. Depuis 1995, les astronomes ont ainsi détecté 492 exoplanètes, à savoir des planètes tournant autour d&#8217;étoiles autre que le Soleil. Parmi ces 492 planètes extrasolaires, toutes ou presque ne sont que des boules de gaz géantes sur lesquelles la vie telle que nous l&#8217;imaginons a tout d&#8217;une bonne blague. Pour obtenir, ne serait-ce qu&#8217;un ersatz de vie, ces planètes auraient besoin de conditions basées sur l&#8217;existence du carbone ainsi que la présence d&#8217;une forme d&#8217;eau liquide. La plupart de ces exoplanètes étant bien trop proches de leur étoile, l&#8217;affaire s&#8217;était toujours montrée foireuse jusque là.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis en 2007, l&#8217;étoile Gliese 581– une <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Naine_rouge">naine rouge</a> située à 20,5 années-lumière de la Terre – fait pas mal parler d&#8217;elle, quand les scientifiques européens de l&#8217;équipe de l&#8217;astrophysicien suisse Michel Mayor annoncent que deux des planètes de son système pourraient peut-être se révéler habitables. La raison d&#8217;y croire? Elles se trouveraient dans la zone d&#8217;habitabilité, celle-là même où l&#8217;eau peut rester liquide sur une planète. A titre de comparaison, dans notre système solaire, trois planètes se trouvent dans la zone d&#8217;habitabilité, Mars, Venus et la Terre évidemment. Or on sait ce qu&#8217;il en est pour les deux premières. Autant dire que c&#8217;était pas gagné.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>&laquo;&nbsp;- 31°? Même pas froid!&nbsp;&raquo;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette naine rouge répondant au nom barbare de Gliese 581 est en fait une étoile trois  fois moins massive, deux fois plus petite et près de mille fois moins brillante que le Soleil. Si certains scientifiques estiment qu&#8217;elle possède un système planétaire constitué de six exoplanètes – on va y venir –  l&#8217;existence de deux d&#8217;entre elles, les planètes Gliese 581f et Gliese 581g, est fortement soumise à caution. Après la découverte des quatre premières, les scientifiques européens se sont logiquement évertués à se poser la question de savoir si deux d&#8217;entre elles, Gliese 581c et Gliese 581d, étaient potentiellement habitables puisque situées au bord de la zone d&#8217;habitabilité. Rapidement pourtant, en raison de l&#8217;absence de tout un tas de données capitales – concernant leur atmosphère notamment – les chercheurs européens se sont perdus en conjectures, et à peu près tout le monde a fini par ne plus en avoir rien à branler.</p>
<p style="text-align: justify;">Trois ans plus tard, la petite sérenade reprend mais cette fois, ce sont les astronomes et astrophysiciens américains Steven S. Vogt et Paul Butler qui s&#8217;y collent. A la tête d&#8217;une équipe composée de membres de la renommée Institution Carnegie de Washington, les deux chercheurs publient fin septembre une révélation qui file le tournis aux médias du monde entier. Après onze années à étudier le sujet, les deux lascars lâchent une bombe en révélant qu&#8217;il existe deux planètes autour de la naine rouge Gliese qui seraient probablement habitables, les fameuses planètes controversées f et g. Pas vraiment dans la mesure, Vogt se tripote littéralement la quine et explique au monde entier que Gliese 581g aurait tout de la planète recherchée depuis si longtemps. Sa masse ne serait que trois ou quatre fois celle de la terre, avec un diamètre compris en 1,2 et 1,4 fois celui de la Terre. Celle-ci effectuerait une rotation en 37 jours et présenterait des températures comprises entre -12° et &#8211; 31° celsius. Détail non-négligeable, une moitié serait en permanence dans la lumière de la naine rouge tandis que l&#8217;autre serait logiquement plongée dans la pénombre. Et comme elle se trouverait au beau milieu de la fameuse zone d&#8217;habitabilité, les chances d&#8217;y trouver de l&#8217;eau liquide seraient tout bonnement énormes. Et c&#8217;est là que le Steven Vogt s&#8217;enflamme carrément. D&#8217;une part, sa rhétorique digne des plus éminents ufologues a de quoi de surprendre:</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">« Si elles sont rares, nous ne devrions pas en avoir trouvé une si vite et si proche. La fraction de systèmes avec des planètes potentiellement habitables est probablement de l&#8217;ordre de 10 ou 20 %, et quand vous multipliez cela par les centaines de milliards d&#8217;étoiles dans la Voie lactée, vous trouvez qu’il pourrait y avoir des dizaines de milliards de ces systèmes dans notre galaxie »</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;affaire prend véritablement une tournure excitante quand celui-ci lâche donc sans sourciller que la possibilité que cette planète abrite une forme de vie est <a href="http://www.telegraph.co.uk/science/space/8033930/Alien-life-certain-to-exist-on-Earth-like-planet-scientists-say.html ">de l&#8217;ordre de 100%</a>.  Complètement perché, il va même plus loin encore, affirmant <a href="http://ciel.science-et-vie.com/2010/10/18/exoplanetes-la-guerre-froide/">selon Serge Brunier, journaliste de Sciences et Vie</a> que les Américains &laquo;&nbsp;<em>disposeraient d&#8217;ores et déjà des moyens techniques permettant d&#8217;aller [l']explorer in situ.&nbsp;&raquo; </em> Même si les conditions de vie sur cette planète de toute façon située à 192 000 milliards de kilomètres de Paris, ont l&#8217;air complètement péraves, le fantasme du petit homme vert – dans son blouson en Gore-tex pour encaisser le froid, évidemment– est ravivé, ce qui donne assurément à Michel de la compta, l&#8217;opportunité de balancer un super lien à Patrick de la logistique. Bref, dix jours durant, l&#8217;histoire de la planète habitable nous est resservie à toutes les sauces et chez nous, <a href="http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/10/01/gliese-581-g-premiere-exoplanete-peut-etre-habitable_1418859_3244.htm">Le Monde</a> et <a href="http://www.lepoint.fr/societe/gliese-581g-premiere-planete-potentiellement-habitable-hors-de-notre-systeme-solaire-30-09-2010-1243453_23.php ">Le Point</a> – pour ne citer qu&#8217;eux – ne manquent pas de relayer l&#8217;information. Sauf que&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Europe versus USA</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sauf que si l&#8217;histoire a beau être super cool sur le papier, le truc sent clairement l&#8217;enfumage et c&#8217;est la polémique qui reprend dessus. A la baguette, on retrouve bien entendu les meilleurs ennemis des scientifiques américain, à savoir les scientifiques européens. Les quatre premières planètes connues en orbite autour de Gliese ont toutes été découvertes par l&#8217;équipe européenne de Michel Mayor, à l’observatoire de La Silla, au Chili, site où se trouve HARPS, le télescope le plus puissant de la planète. Les deux dernières, par contre, l&#8217;ont donc été par Vogt et Butler grâce au télescope américain Keck, situé à l’observatoire du Mauna Kea, à Hawaï.</p>
<p style="text-align: justify;">Concrètement, les Européens l&#8217;ont hyper-mauvaise parce qu&#8217;ils avaient déjà émis l&#8217;hypothèse de l&#8217;habitabilité – sans jamais pouvoir la prouver – pour deux autres des quatre planètes initialement découvertes, un fait que leurs homologues américains se sont bien gardés de rappeler. Mais l&#8217;affaire prend surtout une tournure encore plus pathétique quand les Européens opèrent une nouvelle vérification – avec un meilleur outil donc – à l&#8217;endroit précis où Gliese 581g est censée se trouver&#8230; et ne trouvent rien, confirmant l&#8217;existence très improbable des deux planètes supplémentaires. Revanchards et trop content de défoncer leurs homologues ricains, Michel Mayor et son équipe, en la personne de Francesco Pepe, l&#8217;un de ses collaborateurs, organisent alors d&#8217;<a href="http://www.cieletespace.fr/node/6095 ">une petite conférence de presse</a> à Turin, il y a environ  deux semaines pour refoutre les points sur les i des mots &laquo;&nbsp;scientifiques américains&nbsp;&raquo;:</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;S’il y avait une indication dans nos données permettant de conclure à l’existence de Gliese 581g, nous aurions été capables de la trouver. [...] Nous n’avons trouvé aucune preuve de l’existence d’une cinquième planète dont la révolution serait de 37 jours&nbsp;&raquo;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Ambiance.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans doute pris de court, Steven s&#8217;est depuis contenté de répondre qu&#8217;il était confiant quant au travail de son équipe et qu&#8217;en quinze années passées à rechercher des exoplanètes, il ne s&#8217;était jamais fendu d&#8217;une fausse déclaration ou d&#8217;un erratum. Argumentation ô combien bullshit, mais soyons honnêtes, on n&#8217;en est plus à ça près. Toujours est-il que les Européens, arrogants au possible jubilent face aux doux mesquins américains. Comme le résume bien Serge Brunier <a href="http://ciel.science-et-vie.com/2010/10/18/exoplanetes-la-guerre-froide/">sur son blog</a>, l&#8217;expérience de l&#8217;équipe européenne sur Gliese – couplée au fait qu&#8217;ils possèdent de toute façon le meilleur jouet pour observer les étoiles – fait clairement pencher la balance de leur côté. Pas tout à fait objectif non plus, Brunier, en profite au passage pour tacler salement les Ricains, rappelant que ce ne serait pas la première fois qu&#8217;ils publieraient des infos erronées avant de les avoir vérifié, sans oublier toutes les fois où ceux-ci ont disqualifié ou oublié de mentionner sciemment certaines découvertes européennes pour mieux leur damer le pion médiatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, au delà du fait même de la véracité ou non de cette histoire de planète habitable – qui parait tout de même être une sacrée escroquerie – c&#8217;est surtout le comportement putassier dans le petit milieu des découvreurs de planètes qui interpelle. Si les politiques de fonds alloués à la recherche sont probablement la raison qui poussent les scientifiques à se foutre des coups de schlass par derrière, la marche forcée à la publication dans le but d&#8217;obtenir toujours plus de crédits de recherche – <a href="http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/10/pol%C3%A9mique-autour-de-lexoplan%C3%A8te-gliese-581-g.html">comme le souligne à raison</a> Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération – entraine tout ce petit monde dans un sillon plutôt malsain. Alors évidemment, pour peu que ces petites catins de journalistes en rajoutent une dose, hop, on tombe dans le clash scientifico-grotesque entre grosses têtes, pas intellectuelles mais plutôt niveau Philippe Bouvard. On se fout souvent de la gueule des sportifs et de leur QI d&#8217;huitre, mais en définitive, il n&#8217;y a pas de raison que les golfeurs  européens et américains soient les seuls à se foutre sur la gueule pour l&#8217;honneur du continent au cours de la Ryder Cup. Chez les astronomes, c&#8217;est pareil, on se la joue concours de grosse bite à la sauce guerre froide pendant toute l&#8217;année. Et puis, pour Noël, surtout, on n&#8217;oublie pas de demander son télescope plus gros que celui du voisin. En espérant pouvoir lui foutre dans le cul l&#8217;année suivante.</p>
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