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	<title>André Serra</title>
	
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	<pubDate>Thu, 02 Jul 2009 12:35:47 +0000</pubDate>
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		<title>Pourquoi la crise de 2008 ne ressemble pas à celle de 1929 ?… Parce qu’elle est pire !</title>
		<link>http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2009/06/30/pourquoi-la-crise-de-2008-ne-ressemble-pas-a-celle-de-1929-parce-qu%e2%80%99elle-est-pire/</link>
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		<pubDate>Tue, 30 Jun 2009 19:23:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Avec leur manie de tout ramener à des références financières, les économistes passent à côté de la réalité et nous préparent des lendemains qui déchantent.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Depuis le milieu de l&#8217;année 2008, les économistes patentés passent une partie de leur temps à se demander si la crise actuelle ressemble ou non à celle de 1929. En restant sur le terrain strictement financier, ils ne risquent pas de trouver la bonne réponse. Depuis l&#8217;explosion des subprimes, toute analyse s&#8217;exprime en dollars, et d&#8217;une manière générale en monnaie, comme si toute chose se mesurait nécessairement avec cette unité parfaitement artificielle.<br />
Les économistes restent donc sur la touche, car la société se mesure avec bien d&#8217;autres unités que celle-là, dont la valeur change à tout instant selon la spéculation du moment.<br />
Deux aspects particuliers de ces deux époques, parmi beaucoup d&#8217;autres, suffisent cependant à montrer leurs différences, et à montrer que leur comparaison exclusivement financière ne peut mener à aucune prospective intelligente, et surtout ne peut servir à concevoir une stratégie permettant de mettre fin au maelström économique que la planète traverse actuellement.<br />
-  En premier lieu, la composition de la population de 1929 était foncièrement différente de celle de 2008. Plus de la moitié des populations vivait de l&#8217;agriculture dans de petites communautés rurales ou de villes de faible importance, et se trouvait ainsi moins affectée par la crise. Or de nos jours, cette population rurale ne constitue plus guère que 3 à 5% de la population totale, suffisant à produire la plus grande partie des produits alimentaires nécessaires à la population totale.<br />
Le chômage ne pouvait donc toucher en 1929 qu&#8217;une fraction de la population totale. S&#8217;il a entrainé une grande misère, ce n&#8217;est pas tant que le nombre des sans emplois était considérable, que parce qu&#8217;il n&#8217;existait pas de protection sociale à l&#8217;époque, ce qui n&#8217;est plus le cas aujourd&#8217;hui.<br />
En revanche, de nos jours la part de la population exposée au chômage est beaucoup plus importante, non parce que les effectifs salariés sont plus importants, mais parce que l&#8217;imbrication des activités industrielles et de service a transformé l&#8217;économie en un immense puzzle où tout se tient, et qu&#8217;ainsi la fermeture de la moindre entreprise peut provoquer un effet domino considérable de chômage susceptible de toucher la totalité d&#8217;un grand pays à travers un immense réseau d&#8217;entreprises qui dépendent les unes des autres.<br />
En 1929, cette imbrication étant moins avancée, seules certaines régions industriellement très concentrées subirent la crise. À l&#8217;inverse, la crise actuelle se répand sans limite géographique.<br />
-  En second lieu, la structure des revenus de 1929, et par conséquent des dépenses, n&#8217;avait rien à voir avec celle qui est la nôtre en 2009. En 1929, entre 70 et 90% des revenus étaient consacrés à l&#8217;alimentation, au logement et à l&#8217;épargne, soit des dépenses incontournables.<br />
Aujourd&#8217;hui, l&#8217;alimentation et le logement prennent moins de 50% des revenus totaux, auxquels il convient d&#8217;ajouter l&#8217;endettement, la plus grande partie du reste étant constituée de dépenses évitables ou reportables : renouvellement de la voiture, vacances et loisirs,  voyages, remboursement des dettes, etc. Toutes choses dont il est possible de se passer ou d&#8217;en différer la dépense. Par exemple, les Étasuniens avaient pris l&#8217;habitude de remplacer leur véhicule tous les deux ou trois ans. Or, quoi de plus facile que de porter ce délai à 5 ou 6 ans, lorsque l&#8217;on sait que son emploi peut être à tout moment supprimé.<br />
C&#8217;est ce qui explique que l&#8217;épargne moyenne des citoyens des É-U soit passée de -3% en décembre 2007 à +6,9% en mai 2009, comme par miracle. Ce n&#8217;aurait pas été possible en 1929. Quelle a été la contrepartie de ces 9,9% (3+6,9) de revenus économisés ? Et bien l&#8217;augmentation du chômage par la baisse de la consommation, tout simplement, et la baisse des importations.<br />
Je n&#8217;ai pas pris la peine de fournir dans cet article une grande quantité de statistiques précises. L&#8217;ordre de grandeur des données utilisées me semble suffisant pour comprendre que les deux crises que nos économistes veulent obstinément comparer, n&#8217;ont rien à voir l&#8217;une avec l&#8217;autre, et que, tant que l&#8217;endettement des Étasuniens ne sera pas revenu à un niveau où ils considèreront que tout risque est écarté pour eux, cette crise perdurera et conduira le pays à sa perte. C&#8217;est être très naïf que de croire proche la sortie de crise, alors que cette annonce n&#8217;est que pure propagande politique.<br />
Or, si j&#8217;ai bien compris ce que le gouvernement des É-U a trouvé comme solution à la crise, c&#8217;est de pousser les consommateurs à s&#8217;endetter de nouveau, en fournissant aux banques des monceaux de billets de dollars fraîchement imprimés, en attendant la crise suivante qui ne manquera pas de se produire pour les mêmes raisons, mais avec un dollar qui aura entre-temps perdu son pouvoir hégémonique.<br />
Les politiciens et les consommateurs étasuniens ne parlent sans doute plus la même langue.</p>
<p>© <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/">André Serra</a> http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</p>
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		<title>Une chance pour les États Unis d’Europe</title>
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		<pubDate>Sun, 08 Mar 2009 19:17:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>

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		<description><![CDATA[En même temps que la crise s’accélère, une restructuration de l’Europe est en train de se dessiner. Les pays hors de l’euro en veulent à présent. Sarkozy reste silencieux mais n’en pense pas moins, et envoie Rachida Dati en éclaireur à Strasbourg.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="lightbox" href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/files/2009/03/zone-euro1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-108" src="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/files/2009/03/zone-euro1.jpg" alt="" width="369" height="476" /></a>Ceux des États européens qui n&#8217;ont pas voulu entrer dans la zone euro  le regrettent amèrement en ces jours de crise. Ils se pressent actuellement à Bruxelles pour accélérer leur adhésion. Leurs monnaies nationales ont beaucoup souffert de la crise en cours, et ont perdu de 15 à 30% selon les pays. Le zloty hongrois en particulier. La fière Irlande qui triomphait il y a peu avec un taux de croissance insolent, se compose actuellement un profil bas. Quelques autres n&#8217;en mènent pas large non plus. Le président polonais fait moins parler de lui aujourd&#8217;hui, et la Slovaquie, euroïsée, nargue à présent la Tchéquie, son ancienne suzeraine, qui frayait il y a encore peu de temps avec les É-U à propos de leur fameux plan de bouclier antimissile, prudemment oublié depuis par Obama.<br />
La question de l&#8217;élargissement de la zone euro se discute en ce moment même à Bruxelles. L&#8217;envie y est forte de passer par dessus les critères de Maastricht, auxquels la plupart de ces anciennes monnaies ne correspondent guère.<br />
Ce serait là une bonne occasion pour imposer à ces postulants la signature du traité de Lisbonne en échange de ce passe-droit doré. Bizarre que personne n&#8217;en parle. Je soupçonne très fort Nicolas Sarkozy d&#8217;avoir en gestation dans son esprit une action pour emporter le morceau tout seul à la faveur de la réunion du G20 à Londres, en avril, et redorer du même coup son blason, tellement terni chez ses concitoyens. Tout au contraire, ses succès diplomatiques de 2008 lui ont donné une stature internationale et sa côte est au plus haut dans les autres États de l&#8217;Europe. Il se trouve donc en bonne position pour parler haut, d&#8217;autant que la position de son pays face à la crise est l&#8217;une des moins catastrophiques de l&#8217;Europe et du monde, en dépit des jérémiades des Français.<br />
Pourtant, on parle beaucoup d&#8217;une possible sortie de l&#8217;euro par certains États. Pure spéculation ! L&#8217;euro a protégé les pays qui l&#8217;ont adopté, et qui lui en sont reconnaissants malgré les critiques venus généralement de leurs partis d&#8217;opposition. Les pauvres ! Ces derniers n&#8217;ont rien à proposer pour sortir leurs pays de la crise. Alors il leur faut bien cracher dans la soupe, histoire de montrer qu&#8217;ils existent !</p>
<p>***<br />
Un élément important qui peut être associé à cette hypothèse géopolitique est la future élection en juin de Rachida Dati au parlement européen. Écartée du poste de ministre de la justice en France en raison des positions réactionnaires des fonctionnaires du ministère et de l&#8217;ensemble des professions juridiques, mais bien loin d&#8217;être éloignée pour autant du pouvoir par le président Sarkozy,  ce départ lui permet de se mettre à l&#8217;abri pour le moment, mais sans doute plus encore de rebondir politiquement au niveau européen.<br />
Ce Sarkozy en jupon est une valeur sûre pour le président français qui, à l&#8217;évidence, vise lui aussi une carrière européenne. Les qualités de pugnacité et d&#8217;efficacité de cette femme, connues et appréciées en Europe, pourraient en faire rapidement une présidente du parlement européen.<br />
À ce poste, telle Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents, propulsant le 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799) son frère Napoléon à la tête du Consulat et bientôt sur les premières marches du Premier Empire, elle aurait toute latitude et tout pouvoir de glisser sous les pieds de son patron le tapis menant à la première présidence des États Unis d&#8217;Europe.<br />
Je ne doute pas que la réussite d&#8217;une telle épopée, menée tambour battant à la vitesse du déroulement de la crise mondiale, calmerait efficacement les récriminations actuelles du peuple français, subjugué.<br />
Attendons pour voir.</p>
<p>© <a title="Blog d'André Serra" href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/">André Serra</a> http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</p>
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		<title>Le dollar, une valeur de refuge ? Sans blague ! Et l’or alors ?</title>
		<link>http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/11/13/le-dollar-une-valeur-de-refuge-sans-blague-et-l%e2%80%99or-alors/</link>
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		<pubDate>Thu, 13 Nov 2008 18:59:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Le dollar monte et l’or baisse. Tout devrait les conduire à faire l’inverse. Pourquoi ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis près d’une semaine,  le $ grignote progressivement l’€ . En revanche, il est lui-même grignoté par le yen et le yuan. Quelques analystes en ont profité pour expliquer qu’une tendance à considérer le $ comme une valeur de refuge serait de retour en ce temps de détraquage de l’économie mondiale.<br />
Ces analystes me semblent quelque peu perturbés par la valse étourdissante des commentaires et des nouvelles économiques qui parcourent les ondes hertziennes dans tous les sens en ce moment.<br />
Comment le $ pourrait-il encore être considéré comme une valeur de refuge aujourd’hui, alors que la dette des É-U est actuellement de 10.000 milliards de dollars ? Leur déficit budgétaire représente actuellement 5% de leur PIB, sans y inclure les 700 milliards du plan de sauvetage des banques, dont l’existence matérielle est problématique. La quasi faillite de l’industrie automobile vient d’être annoncée,  après la montée du chômage à 6.5%, suite à la perte de 320.000 emplois au cours des deux derniers mois ! Les Étasuniens croiraient-ils au père Noël ?<br />
Il semble que la vraie raison de cette apparente bonne tenue du $ puisse être trouvée dans le retour au bercail d’importants avoirs étrangers d’entreprises et de citoyens étasuniens soucieux de régler des dettes aux échéances impératives.  Mais cet effet est difficile à chiffrer, car une part importante de ces retours peut avoir suivi des circuits non officiels.<br />
Voir : <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/02/14/il-est-grand-temps-que-le-cesse-d%E2%80%99etre-la-monnaie-du-monde/">Il est grand temps que le $ cesse d’être la monnaie du monde</a>.<br />
***<br />
En revanche, alors que les conditions difficiles que traversent actuellement les monnaies mondiales justifieraient une envolée de l’or, les cours du métal précieux restent collés depuis une dizaine de jours à l’intérieur d’une fourchette allant de 720 à 740$.<br />
Deux explications sont possibles :<br />
-    d’une part, les institutions financières et les particuliers se départissent de quantités importantes d’or pour satisfaire leurs besoins de liquidités, la grande soif actuelle de l’économie,<br />
-    d’autre part, le FMI, détenteur de 4.000 tonnes d’or, a annoncé en début d’année son intention de se défaire d’une partie de ce stock pour couvrir ses frais d’opération. En effet, les ressources de cette institution internationale sont à peu près inexistantes aujourd’hui, en raison du fait qu’elle ne prête pratiquement plus rien depuis plusieurs années. Sa réputation de mettre à genoux les pays emprunteurs en raison des conditions draconiennes qu’elle leur imposait, a suscité des initiatives locales pour se passer de ses services, telles qu’on les observe en Amérique du Sud.<br />
Rappelons-nous les émeutes de la fin du mois de décembre 2001 en Argentine, qui ont chassé le Président de la République, Fernando De la Rúa et le ministre des finances, Domingo Cavallo. Entre autres conditions, on avait imposé à l’Argentine de lier le peso au dollar par  une parité fixe !!!<br />
Les recettes du FMI ont donc progressivement disparu.<br />
Or, le FMI a reçu au cours du mois dernier de nouvelles demandes de prêts pour répondre à la crise financière. Il a donc accepté de prêter un montant total de 30 milliards de dollars à l’Islande, l’Ukraine et la Hongrie. Une somme dont il n’a pas le premier sou. Il lui faut donc bien trouver rapidement des liquidités importantes pour pouvoir honorer ce nouvel engagement, qui n’est peut-être qu’un début. C’est donc là une bonne raison pour lui d’accélérer la vente de son stock d’or.<br />
Nul doute cependant que d’ici quelques mois, peut-être avant, lorsque ces conditions particulières auront peu à peu disparu, la valeur de l’or remontera rapidement au delà des 800, 900 et sans doute 1000 $ l’once, et qu’en sens inverse le $ reprendra sa propension à chuter. C’est sans doute le moment d’en acheter, car il pourrait ne pas descendre plus bas que son cours actuel.<br />
Selon les résultats de la réunion du G20 à Washington, le 15 novembre, cette inversion de conjoncture pourrait déjà commencer à apparaître.<br />
@ <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/">André Serra</a> <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/02/14/il-est-grand-temps-que-le-cesse-d%E2%80%99etre-la-monnaie-du-monde/">http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</a><br />
Autre article à consulter : <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2007/12/05/dollar-et-euro-quand-le-second-remplacera-t-il-le-premier/">Dollar et Euro - quand le second remplacera-t-il le premier ?</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Exit Bretton woods !?!?</title>
		<link>http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/10/18/exit-bretton-woods/</link>
		<comments>http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/10/18/exit-bretton-woods/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 18 Oct 2008 05:40:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Les Européens veulent retourner à Bretton Woods refaire leurs devoirs. Les Étasuniens renâclent. Ils en ont tant profité pendant plus de soixante ans aux dépens du reste du monde !  Pour une fois ils devront baisser pavillon. Mais ce n’est qu’un début…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En pleine crise financière, le président Sarkozy proposa le mercredi 15 octobre au 27 membres de l’Union Européenne réunis à Bruxelles, de créer « <strong><em>un nouveau Bretton woods</em></strong> » et pour cela, de réunir « <strong><em>un sommet international avant la fin de l’année, à New York, là ou tout a commencé</em></strong> », après avoir déclaré : « <strong><em>L’Europe ne laissera pas cette crise sans conséquence</em></strong> » .<br />
Au nom de l’UE, accompagné de M. Barroso, Président de la Commission européenne, soutenu par la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Gordon Brown, et au nom des 27 chefs d’État de l’Union, le président Sarkozy rencontre demain 18 octobre le président Bush pour le convaincre d’accepter un sommet mondial réunissant les membres du G20, comprenant, outre ceux du G7, les principaux pays émergents, l&#8217;UE, l&#8217;Argentine, l&#8217;Australie, le Brésil, la Chine, l&#8217;Inde, l&#8217;Indonésie, le Mexique, la Russie, l&#8217;Arabie Saoudite, l&#8217;Afrique du Sud, la Corée du Sud et la Turquie, ainsi que le nouveau Président des É-U, fraîchement élu. Cette rencontre aura lieu le 15 novembre à Washington.</p>
<p>L’objet de ce sommet est de dégager un consensus mondial sur une nouvelle organisation du monde financier, destinée à remplacer celle des accords de Bretton woods de 1944, car son obsolescence est devenue manifeste dès l’origine de l’énorme crise dans laquelle nous ont plongés l’impéritie des marchés financiers étasuniens et les tribulations du dollar.</p>
<p>En effet, bien que le 8 janvier 1976, les <a class="new" title="Accords de Kingston (page inexistante)" href="http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Accords_de_Kingston&amp;action=edit&amp;redlink=1">Accords de Kingston</a> (Jamaïque) aient officiellement confirmé l&#8217;abandon du rôle légal international de l&#8217;or, la position hégémonique du dollar a perduré par habitude, ce dernier restant la référence obligée des transactions internationales et des statistiques mondiales. Il n&#8217;y avait pourtant plus de système monétaire international organisé depuis cette date. Aucun accord international n&#8217;exige donc plus depuis longtemps que le dollar soit utilisé à tout bout de champs. On peut parfaitement s&#8217;en passer. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce que font des entreprises de plus en plus nombreuses, en convenant entre elles de commercer sur la base de telle ou telle autre devise, ce qui présente l&#8217;avantage d&#8217;échapper à l&#8217;instabilité constante du dollar.<br />
Dans un éblouissant discours prononcé la veille, le vendredi 17, à la tribune de l’Assemblée Nationale du Québec, dans la capitale de cette province francophone du Canada, Nicolas Sarkozy a énoncé avec force et conviction la volonté de l’Europe de changer les choses, et de réformer la structure financière de la planète, pour que plus jamais celle-ci ne soit confrontée au tsunami qui la balaie depuis plusieurs semaines.<br />
En l’écoutant, on pouvait aisément se faire une idée de la force avec laquelle il affirmera la conviction de l’Europe devant le président sortant des É-U. En choisissant de proposer un tel sommet peu de temps avant le départ de Bush, et peu de temps après l’élection de son successeur, il place à l’avance ses futurs interlocuteurs dans une position de faiblesse, dans la mesure où ils ne pourraient qu’entrer en contradiction l’un avec l’autre, ou alors, pour éviter une telle situation, se neutraliser l’un l’autre.<br />
Avant d’examiner les grandes lignes de ce qui pourrait résulter de ce sommet mondial, je crois intéressant de présenter un court extrait d’un article que j’ai publié le 5 décembre 2007, qui rappelait ce qu’étaient les accords de Bretton Woods, et les conséquences géopolitiques qui en étaient résulté, et préfiguraient déjà l’issue à laquelle la conjoncture de l’époque conduirait :<br />
« …, <em>depuis les accords de Bretton woods signés en juillet 1944 au lendemain de la seconde guerre mondiale, par 44 États réunis dans le cadre de la conférence monétaire et financière des Nations Unies, pour résoudre les problèmes monétaires stagnant depuis 1929, mais considérablement aggravés par les destructions de la guerre, le dollar a régné continûment pendant les 63 années qui se sont écoulées depuis lors, sur les paiements internationaux. »<br />
« Cette solution se justifiait pleinement en 1944, étant donné le complet dénuement économique des belligérants, à l’exception des États-Unis. Mais ces accords n’avaient pas été prévus pour une période aussi longue et aucune clause de révision n’y avait été insérée. »<br />
« Le dollar était ainsi devenu la monnaie du monde, puisque toutes les autres reçurent une valeur en référence exclusive à lui, et que les ajustements entre elles et le dollar se firent alors par des dévalorisations et des revalorisations par rapport à lui également, et non plus par rapport à l’or comme c’était le cas avant la guerre. Par contre, de son côté, le dollar tenait sa propre valeur de l’or, puisque l’once de celui-ci avait reçu la valeur fixe de 35 $. »<br />
« À partir de là, les États-Unis pouvaient émettre autant de dollars qu’il leur plaisait, sans en éprouver aucune gène économique. Leurs déficits pouvaient alors être comblés librement, sans pour autant recourir à l’impôt, ce qui était cependant la seule méthode pour tous les autres pays. On peut dire que le monde a donc été mis en coupe réglée par les États-Unis pendant toute cette longue période. Incroyable exploitation ! »<br />
« Le statut de ce grand pays et la reconnaissance que l’Europe lui portait pour la libération du fascisme hitlérien qu’il avait réussi, lui autorisait des débordements que personne n’osait pointer du doigt. À l’exception cependant notable du général de Gaulle, qui décida de se faire rembourser systématiquement en or les dollars gagnés par la France, ce que permettaient les accords de Bretton Woods. »<br />
« Mais si les abus financiers des É-U étaient passivement subis par le monde entier, ils finirent par avoir des conséquences néga¬tives sur leur propre pays. Dotés de poches aux dimensions indéfinies, ils se lancèrent dans toutes sortes de programmes sociaux, scientifiques et militaires, comme «aller dans la Lune» ou «guerroyer au Vietnam», l’un sans autre intérêt immédiat que celui de se pavaner sur les écrans de télévision, et l’autre en croyant qu’une armée de bourgeois bien nourris pourrait avoir raison d’un peuple qui se contentait d’une boule de riz par jour. Ce qui ne les a d’ailleurs pas empêchés de chercher à se faire botter le train une seconde fois en Irak. »<br />
« Toujours est-il que le dollar s’usait sous ces épreuves. Les banques centrales du reste du monde commençaient à troquer leurs dollars contre l’or de Fort Knox, et la valeur réelle de cette malheureuse monnaie correspondait de moins en moins à une once d’or pour 35 $. Peu à peu Fort Knox se vidait, et, pour éviter une banqueroute, Nixon libéra le dollar de son assujettissement à l’or en août 1971, et lui permit de flotter sur les marchés des changes comme une vulgaire matière première. »<br />
« Le dollar avait perdu sa référence hégémonique, mais la force de l’habitude prise par les autres nations de le considérer comme l’arbitre de l’économie mondiale, fit qu’il continua d’être considéré comme la référence monétaire pour toutes les transactions inter¬nationales, et notamment pour les matières premières et bien sûr pour le pétrole, et que l’endettement des É-U continua de prospérer sans retenue. »<br />
« Mais, tant va la cruche à l’eau qu’à la longue elle se casse. Et c’est ce qui est en train de se passer. Jamais plus le dollar ne remon¬tera à sa valeur passée, et continuera au contraire à chuter d’année en année. Son chemin est en effet bordé de deux insondables précipices, et c’est son taux d’intérêt qui va précipiter sa chute dans l’un ou dans l’autre. Si la FED [Federal reserve : banque centrale des É-U] baisse son taux d’intérêt, le pays entrera dans une période d’inflation galopante qui lui garantira une crise sociale peut-être supérieure à celle de 1929, et s’il l’augmente, c’est dans une période de déflation qu’il entrera, associée à un tout autre type de crise sociale, à base de chômage généralisé. </em>»<br />
<a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2007/12/05/dollar-et-euro-quand-le-second-remplacera-t-il-le-premier/" target="_blank">http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2007/12/05/dollar-et-euro-quand-le-second-remplacera-t-il-le-premier/ </a><br />
***<br />
Ce sommet ne pourra, me semble-t-il, que faire apparaître en pleine lumière l’absolue nécessité d’enlever au dollar, c’est-à-dire aux États-Unis, le rôle de référence unique dans le traitement des échanges internationaux, comme d’ailleurs dans l’établissement des statistiques mondiales, les uns et les autres étant rendus erratiques par les fluctuations de cette devise, devenue incontrôlable.<br />
Ce qui pouvait sembler relativement pragmatique à l’issue de la seconde guerre mondiale, puis difficilement acceptable une fois rétablies les économies des anciens belligérants, hors de propos à partir de 1972 quand le président Nixon détacha le dollar de l’or, et enfin irrationnel lorsque l’économie des É-U se mit à tanguer de façon aléatoire, notamment à partir de la crise de 1987, est devenu complètement incohérent et particulièrement dangereux dès lors que l’on mit en place une mondialisation des échanges, avec l’établissement de l’OMC en remplacement du GATT, le 1er janvier 1995. Ce qui vient de se passer dans le monde financier planétaire était donc prévisible dès cette date, mais personne n’a eu le courage de dire que le roi dollar était brusquement devenu impuissant (ou nu).<br />
Faut-il utiliser une devise existante pour remplacer le dollar ? On parle souvent de l’euro, et j’ai moi-même pensé pendant un moment (et je l’ai même écrit), que la stratégie suivie par Jean-Claude Trichet pourrait trahir une ambition de cette sorte. Mais il m’est vite apparu depuis, qu’aucune devise rattachée à un État particulier ne pourrait jouer le rôle dans lequel le dollar a échoué, pour des raisons évidentes, car comme lui, elle conduirait un jour ou l’autre aux mêmes difficultés planétaires.<br />
Dans ces conditions, seule une devise artificielle, déterminée selon une formule associant un nombre significatif de devises réelles et des paramètres liés au volume et à la structure du commerce international, serait susceptible de faire l’affaire. La gestion d’une telle devise ne pourrait qu’être assumée par une <em>Banque Centrale Mondiale</em>, contrôlée par un Conseil aussi représentatif que possible des intérêts de l’ensemble des Nations composant la planète.<br />
Mais cela, c’est une autre histoire …<br />
En guise de conclusion, je me contenterai de rappeler celle qui terminait mon texte prémonitoire du 5 décembre 2007 :<br />
<em>« Alors, mon avis est que l’idée va bientôt naître de revenir à Bretton Woods pour une nouvelle «conférence monétaire et financière des Nations Unies», où les É-U se présenteront cette fois la queue entre les jambes. Mais, en dépit du titre que j’ai donné à mon article, je ne pense pas qu’une autre devise remplacera le dollar. Je crois plutôt que, pour un monde devenu multipolaire, on créera une devise neutre, sous la forme d’un panier des principales devises du monde que l’on réajustera, disons tous les quatre ans. »</em></p>
<p>@ <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/" target="_blank">André Serra </a> <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/" target="_blank">http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</a></p>
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		<item>
		<title>OTAN et Russie : Les animaux malades de la peste</title>
		<link>http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/08/27/otan-et-russie-les-animaux-malades-de-la-peste/</link>
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		<pubDate>Wed, 27 Aug 2008 16:33:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>

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		<description><![CDATA[Le procès de la Russie est difficile à faire ! Comment les grands de ce monde s’y prennent-ils ? Est-ce que cela leur rapportera quelque chose ? Vraiment pas sûr !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Lorsqu&#8217;une maison brûle, l&#8217;arroser d&#8217;essence n&#8217;est pas une bonne méthode pour éteindre l&#8217;incendie. Aussi, dans l&#8217;affaire du Caucase, faut-il y aller avec une bonne dose de rationalité si on veut bien comprendre les événements et les comportements des acteurs, en s&#8217;interdisant bien sûr les préjugés, les émotions et les affirmations expéditives, et en lisant le moins possible les médias.<br />
Dressons d&#8217;abord un état des lieux sommaire.<br />
Après l&#8217;effondrement de l&#8217;Union Soviétique, les anciennes Républiques Autonomes ont choisi d&#8217;être indépendantes de la Russie. Tout au plus ont-elles souvent accepté d&#8217;adhérer à la CEI (Communauté des États Indépendants), structure politique assez lâche qui constitue une sorte de structure de concertation.<br />
Cela se passe plutôt bien avec les cinq républiques situées entre Chine et Caspienne : Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan.<br />
*1*<br />
Rappelons par contre le conflit qui a opposé l&#8217;Arménie et l&#8217;Azerbaïdjan entre 1988 et 1994, en raison de l&#8217;existence, à l&#8217;intérieur de l&#8217;Azerbaïdjan, d&#8217;une zone montagneuse, le Haut-Karabagh, essentiellement peuplée d&#8217;Arméniens. La population de cette enclave choisit à son tour de prendre son indépendance, et, après un référendum positif, proclama la République du Haut-Karabagh.<br />
L&#8217;Azerbaïdjan protesta et voulut alors récupérer ce territoire qui lui avait été dévolu par la grâce de Staline aux alentours de 1920, malgré les protestations de ses habitants - <em>est-ce que ça vous rappelle quelque chose de récent ?</em> - une guerre s&#8217;ensuivit, et l&#8217;Arménie s&#8217;en mêla pour assister sa population sœur de l&#8217;enclave.<br />
Un cessez-le-feu intervint en 1994. Le Haut-Karabagh se rattacha logiquement à l&#8217;Arménie, mais la communauté internationale ne reconnut pas l&#8217;indépendance du Haut-Karabagh et considère toujours aujourd&#8217;hui qu&#8217;il fait partie de l&#8217;Azerbaïdjan - <em>est-ce que ça ne vous rappelle pas aussi quelque chose ? </em>- mais heureusement, l&#8217;Arménie et l&#8217;Azerbaïdjan étaient peuplés de gens plus sages que ceux qui régissent aujourd&#8217;hui la «communauté internationale», et les choses s&#8217;arrêtèrent là.<br />
Pour résoudre ce conflit, on s&#8217;appuya donc sur le principe selon lequel la terre appartient à celui qui l&#8217;habite, ce qui semble fort raisonnable, car par le jeu des migrations et de la démographie, il est tout à fait évident que les frontières démographiques évoluent et finissent par ne plus coïncider avec les frontières politiques, dont le tracé est surtout fonction des lignes de puissance qui fracturent le monde. Il semble donc normal que des réajustements de frontières doivent finir par s&#8217;imposer d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre en fonction du désir des populations concernées, en tenant compte du fait que des populations ayant une unité culturelle forte [langue, religion, ethnie] trouvent très naturel de vivre ensemble sur un même territoire.<br />
C&#8217;est d&#8217;ailleurs en raison de ces considérations que l&#8217;indépendance du Kosovo a été admise récemment par la «<em>communauté internationale</em>», en violation des principes de la charte des Nations Unies qui font de la fixité des frontières un précepte absolu.<br />
*2*<br />
La même chose vient de se produire un peu plus à l&#8217;ouest du Caucase entre la Géorgie et deux de ses enclaves, l&#8217;Abkhazie et l&#8217;Ossétie du sud, qui lui avaient été dévolues en 1922, à nouveau par Staline.<br />
Mais cette fois, la «<em>communauté internationale</em>» glapit contre la Russie, qui avait agi de la même manière dans le conflit arménien, 14 ans auparavant, à la satisfaction de tous. Surprenant ! Pourquoi ?<br />
J&#8217;ai eu beau chercher, je n&#8217;ai trouvé aucune raison objective à cette attitude. Finalement, je me suis rabattu sur une idée qui ne me satisfait guère : c&#8217;est que la Géorgie était devenue un satellite de l&#8217;orbite étasunienne, avec un président étasunien, des armes étasuniennes, et même deux mille « conseillers militaires étasuniens » qui ont dû se carapater très vite à travers la Turquie pour ne pas être capturés par l&#8217;armée russe et être montrés sur tous les écrans du monde comme preuves du complot de Bush.<br />
Au passage, j&#8217;ai remarqué que la seule timide preuve de la non forfaiture des Étasuniens dans cette affaire tient à deux déclarations de l&#8217;ambassadeur des É-U à Tbilissi, et de la secrétaire d&#8217;État Rice, indiquant que les États-Unis avaient conseillé Saakachvili de ne pas entreprendre d&#8217;opération militaire contre les enclaves. Personne n&#8217;a réagi à la suite de ces déclarations. Elles sont pourtant lourdes de sens.<br />
D&#8217;abord elles ont été faites huit à dix jours après le premier engagement, ce qui laisse à penser que les É-U voulaient attendre de savoir comment le vent allait tourner avant de se défausser. Curieux ! Mais surtout, elles constituent l&#8217;aveu que les É-U étaient au courant des intentions de Saakachvili, et qu&#8217;ils n&#8217;ont rien fait pour l&#8217;en dissuader, le fait de seulement le mettre en garde n&#8217;étant pas acceptable, puisque l&#8217;armée géorgienne a été constituée par les fameux « conseillers militaires étasuniens », entièrement équipée de matériel étasunien et entrainée par eux. Ils avaient donc le pouvoir d&#8217;imposer à Saakachvili de rester tranquille.<br />
*3*<br />
Autre chose curieuse : <a title="Opinion" href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/08/14/opinion-publique-contre-opinion-du-pouvoir-politique/" target="_blank">la plupart des gens</a> ont parfaitement compris que la Géorgie était l&#8217;agresseur de premier niveau. Mais alors s&#8217;est déclenché une nouvelle guerre, médiatique cette fois, et l&#8217;assourdissant caquetage des associés de l&#8217;OTAN a réussi à faire croire aux médias que, tout bien pesé, c&#8217;était la Russie l&#8217;agresseur. Pourquoi ?<br />
La seule explication que j&#8217;ai trouvée peut paraître un peu simpliste, mais je la donne quand même : l&#8217;armée géorgienne est une création des États-Unis. Bien qu&#8217;équipée de pied en cape par les États-Unis et entraînée par les redoutables « <a title="Officiers Étasuniens" href="http://libertesinternets.wordpress.com/2008/08/25/des-officiers-us-ont-participe-a-lattaque-georgienne-contre-lossetie-du-sud/" target="_self"><em>conseillers militaires étasuniens</em></a> », elle n&#8217;a pas tenu 24 heures devant les Russes. Où était donc le problème ? Je pense que les Étasuniens en étaient restés au souvenir de la lourde et inefficace armée soviétique, alors qu&#8217;ils se sont heurtés à une armée moderne, parfaitement organisée et commandée. On est loin de la guerre de Tchétchénie où les Russes se battaient contre des bandes terroristes.<br />
Il fallait donc impérativement masquer ce nouvel échec des États-Unis par un vacarme médiatique tonitruant et passer pour la victime plutôt que pour l&#8217;agresseur. Pure hypocrisie ! Pour cela, un bouc émissaire était nécessaire, et&#8230;  comme l&#8217;écrivait notre bon La Fontaine :</p>
<address><strong><em> Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue</em></strong></address>
<address><strong><em> Qu&#8217;il fallait dévouer ce maudit animal,</em></strong></address>
<address><strong><em> Ce pelé, ce galeux, d&#8217;où venait tout leur mal.</em></strong></address>
<address><strong><em> Sa peccadille fut jugée un cas pendable.</em></strong></address>
<address><strong><em> Manger l&#8217;herbe d&#8217;autrui ! Quel crime abominable !</em></strong></address>
<address><strong><em> Rien que la mort n&#8217;était capable</em></strong></address>
<address><strong><em> D&#8217;expier son forfait : on le lui fit bien voir.</em></strong></address>
<address><strong><em> Selon que vous serez puissant ou misérable,</em></strong></address>
<address><strong><em> Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.</em></strong></address>
<p style="text-align: justify">D&#8217;où, l&#8217;ostracisme dont la Russie est maintenant l&#8217;objet.<br />
On voulait bien qu&#8217;elle soit intervenue pour protéger les Ossètes, mais envahir le chérubin étasunien, quel épouvantable crime ! Elle l&#8217;aurait fait, paraît-il, d&#8217;une manière excessive. Avons-nous déjà vu qu&#8217;une guerre ne soit pas violente ? Une guerre pacifique en somme, dont des exemples seraient peut-être celles d&#8217;Afghanistan et d&#8217;Irak.<br />
Si les troupes russes restent un peu plus longtemps que prévu, quelle en est l&#8217;importance ? On peut comprendre  que la Russie finisse de nettoyer ce qui reste de l&#8217;armée « <a title="Officiers Étasuniens" href="http://libertesinternets.wordpress.com/2008/08/25/des-officiers-us-ont-participe-a-lattaque-georgienne-contre-lossetie-du-sud/" target="_self">américaine</a> » de Saakachvili, pour qu&#8217;il ne soit pas tenté de recommencer. Logique aussi que les troupes russes repartent avec une prime de risque sous la forme du matériel offert par la Graaande Amérique et dont les secrets, s&#8217;il y en a, peuvent être très précieux à découvrir, dans les drones, le matériel de communication et bien d&#8217;autres objet militaires sophistiqués. Une telle récolte ne se fait pas du jour au lendemain. Mais, visiblement, cela met mal à l&#8217;aise l&#8217;oncle Sam, qui préfèrerait garder ses petits secrets.<br />
Le journal « Le Monde » est même allé jusqu&#8217;à soupçonner la Russie de vouloir annexer la Géorgie. Quelle stupidité ! Il s&#8217;agissait simplement de neutraliser ce pays dont Saakachvili  voulait faire le levier qui ferait tomber l&#8217;ours Russe. Trop petit, le mercenaire étasunien !<br />
On n&#8217;en est pas resté là. Faute d&#8217;avoir réussi à faire trébucher l&#8217;ours russe, on allait donc  le bannir de l&#8217;OTAN, du G8, de l&#8217;OMC, bref de toutes les précieuses innovations étasuniennes fabriquées pour domestiquer le monde et promener en laisse ses courtisans. Jusqu&#8217;ici, ça avait parfaitement marché. Mais à présent ?<br />
L&#8217;OTAN ne comprend à peu près que l&#8217;armée des É-U, et vogue d&#8217;échec en échec. À part les É-U, les autres font tapisserie et ne savent qu&#8217;offrir leur territoire pour le truffer de bases militaires étasuniennes. Qu&#8217;y ferait la Russie ? Ça ne peut plus guère l&#8217;intéresser.<br />
Le G8 est un club qui s&#8217;occupe des affaires du monde. Ah bon ! Et bien dans quel foutu état serait le monde si le G8 ne s&#8217;en occupait pas ! À part demander à la Chine à chaque réunion de réévaluer le yuan - ce qu&#8217;elle ne fait pas, ou peu - que fait-il ? S&#8217;ajouter la Russie ne ferait qu&#8217;admettre un bavard de plus, et Poutine a vraiment autre chose à faire que de se balader pour prendre l&#8217;apéritif avec les grands de ce monde.<br />
L&#8217;OMC contrôle le commerce mondial. Ah oui ! La belle affaire ! Le monde n&#8217;a pas attendu l&#8217;OMC pour commercer sur toute la planète depuis des temps immémoriaux. Lorsqu&#8217;une plainte est déposée sur le bureau de l&#8217;OMC pour violation des accords, il faut un minimum de deux ans pour instruire l&#8217;affaire. S&#8217;y ajoutent deux autres années pour l&#8217;appel qu&#8217;interjette nécessairement le pays délinquant. Il faut ensuite à peu près doubler ce temps, car il est possible de faire traîner éternellement les procédures sous prétexte d&#8217;études d&#8217;expert et de contre étude d&#8217;experts de la partie adverse. Je dois en oublier. Consultez les dossiers de plaintes non traitées, comme celles du Canada contre les É-U par exemple. Vous serez surpris<br />
L&#8217;OMC ne sert donc à rien. À preuve le récent échec du cycle de Doha au sujet des produits agricoles. Franchement, qu&#8217;irait faire dans cette galère la Russie, alors qu&#8217;il est si rapide et si efficace de revenir à la pratique des anciens accords bilatéraux, dont la mise en place était facile et qui donnaient satisfaction à tout le monde. La Russie n&#8217;a jamais souffert de ne pas appartenir à ce nouveau club étasunien.<br />
Donc, toutes ces menaces envers la Russie ne servent à rien, sinon à souligner l&#8217;<a title="Transformations du monde" href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/08/18/geopolitique-les-transformations-du-monde-apres-la-crise-">impuissance</a> dans laquelle se trouvent ceux qui les profèrent.<br />
Il est pourtant facile d&#8217;imaginer ce que devraient faire tous ces gorgés d&#8217;importance pour que la Russie sortent plus rapidement de la Géorgie.<br />
Il faudrait tout simplement qu&#8217;ils cessent de japper en tournant autour d&#8217;elle comme des caniches autour d&#8217;un chien danois. Ce qui doit prodigieusement amuser Poutine et Medvedev.<br />
@ <a title="BLOG" href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/" target="_blank">André Serra</a> http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</p>
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		<title>Géopolitique : les transformations du monde après la crise géorgienne</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Aug 2008 07:49:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Une revue de détail des grandes transformations géopolitiques en cours après la résolution de la crise géorgienne. D’un reconditionnement de l’Europe dépendra sans doute la stabilisation du monde dans une interaction plus sereine des plaques tectoniques de l’humanité, loin des tentatives hégémoniques des États-Unis.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Croire que l’histoire du monde va reprendre son cours après cette crise comme si de rien n’était, serait faire preuve d’une grande naïveté. La Russie a montré de belle manière qu’elle existe et que la période pendant laquelle on pouvait lui faire impunément des pieds de nez est bel et bien révolue. Après avoir consciencieusement aboyé comme à leur accoutumée, les É-U aux pieds nickelés vont rentrer sagement dans leur niche et chercher un autre moyen pour faire élire McCain en novembre. Après on verra.<br />
La crise géorgienne va se terminer par l’indépendance de l’Abkhazie et celle de l’Ossétie du sud, laquelle fusionnera avec sa sœur du nord, dont Staline l’avait séparée en 1922. L’opposition géorgienne va sans doute éliminer l’américain Saakachvili d’une manière ou d’une autre (<em>sa famille se trouve d’ailleurs déjà en Ukraine sous la protection du président Viktor Iouchtchenko, son allié</em>), et retrouver une relation amicale avec la Russie. Enfin l’OTAN verra sa popularité baisser fortement après avoir révélé son incapacité à résoudre les problèmes du monde [<em>une fois de plus</em>], et par suite son inutilité, sinon sa nocivité.<br />
Après cette crise, les quatre plaques tectoniques majeures de la planète, Europe, Russie, Chine et É-U pourraient évoluer de la manière suivante :</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’EUROPE [Union Européenne]</strong><br />
En suscitant des déclarations contradictoires de la part des Chefs des États qui composent l’Union Européenne, la crise a mis en évidence le profond défaut d’unité de cette dernière. L’absence de consensus que tous ont pu constater semble  procéder de deux groupes de facteurs :<br />
<em><strong></strong></em></p>
<p style="text-align: justify"><em><span style="color: #888888"><strong><span>-    l’hétérogénéité du passé historique des membres de l’Union</span></strong></span></em><br />
Il existe une hostilité résiduelle contre la Russie de la part des anciens satellites de l’U.R.S.S. Leurs populations n’ont pas encore réussi à tourner la page. Il leur faudra encore une génération pour y parvenir. À leur ostracisme envers la Russie correspond une mythification de l’ « <em>Amérique</em> », qu’ils ont créée et entretenue pendant les 45 ans de leur sujétion. Ils n’ont pas encore découvert et accepté la réalité objective de l’impérialisme égocentrique des États-Unis. Ce sont là deux aspects inséparables l’un de l’autre.<br />
À l’inverse, les membres fondateurs de l’Union, et plus particulièrement leurs opinions publiques, sont parfaitement conscients de la malfaisance des É-U pour le monde. Leurs élites politiques ont cependant conservé une mentalité « <em>atlantique</em> » qui les empêche de rompre nettement leurs attaches avec Washington, par manque de confiance en leurs propres forces. Ce manque de confiance résulte lui-même du défaut d’unité et donc de solidité de l’ensemble politique qu’ils ont voulu construire, et pour l’édification duquel il faut reconnaître que des progrès considérables ont été accomplis.<br />
Au contraire, les opinions publiques ont parfaitement intégré cette réalité et désapprouve le suivisme de leurs gouvernements vis-à-vis des États-Unis. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les articles des bloggeurs et les commentaires de leurs lecteurs. Et ceci est aussi vrai des lecteurs de droite que des lecteurs de gauche. Voir sur ce point mon précédent <a title="Opinion" href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/08/14/opinion-publique-contre-opinion-du-pouvoir-politique/">article</a>.<br />
<em><strong></strong></em></p>
<p style="text-align: justify"><em><strong>-    les objectifs secondaires de l’Union</strong></em><br />
La construction de l’Union a essentiellement visé la normalisation du fonctionnement administratif des États de l’Union, en délaissant les fondements autrement plus solides que sont les Affaires étrangères et la Défense. La raison en est précisément aussi le manque d’unité historique, lequel a entrainé l’absence d’une unité de destin. C’est parce qu’instinctivement les politiciens comprenaient les difficultés de cette problématique qu’ils ont sciemment évité les vraies fondations de l’Union pour se consacrer à ses seuls aspects administratifs.<br />
C’est pourquoi une analyse plus approfondie de leur part devrait pouvoir leur faire reconnaître l’erreur qu’a constituée la trop grande rapidité de l’extension de l’aire géographique de l’Union, notamment celle qui fut dirigée vers les anciens satellites soviétiques, sous la pression des Étasuniens pour des raisons multiples. C’est notamment pour cette raison qu’elle cale sur l’intégration de la Turquie [que les Étasuniens soutiennent aussi], car elle a maintenant conscience de cette erreur.<br />
En ce sens, on peut supposer que les pressions étasuniennes avaient pour motif d’affaiblir l’Europe et d’empêcher son rapprochement de la Russie, conscients qu’ils étaient sans doute du fait que les États de l’est européen feraient tout pour s’opposer à un tel rapprochement.<br />
Comment faire maintenant pour sortir de cette ornière?<br />
<em><strong></strong></em></p>
<p style="text-align: justify"><em><strong>Un nécessaire reconditionnement de l’Europe</strong></em><br />
Dans l’organisation de l’Europe actuelle existent plusieurs strates politiques, chacune associant un nombre variable de pays selon les objectifs poursuivis. Cela entraine une grande souplesse dans l’adhésion des partenaires, mais aussi une complexité de fonctionnement qui nuit à l’efficacité globale d’un tel système.<br />
Ce que je suggère, malgré tout, est d’ajouter au-dessus de cette pyramide d’organismes disparates [<em>qu’il faudra bien conserver pendant un certain temps</em>], une strate plus spécifiquement politique et stratégique, dont l’unité de vue, de décision et d’action puisse lui procurer une détermination, une force, une vitesse de réaction et par suite une efficacité considérablement supérieures à celles de l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui.<br />
Cette strate politique supplémentaire, fédéraliste et au-dessus des autres, que l’on pourrait dénommer les États Unis d’Europe (EUE) ne grouperait que les États fondateurs de la première étape de l’Europe, l’Allemagne, l’ex Benelux [Belgique, Luxembourg et Pays-Bas], la France et l’Italie. Pourraient se joindre à ce groupe quelques autres États de l’Europe de l’ouest susceptibles de partager la même volonté d’union, comme l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, et peut-être la Hongrie, la Slovénie et la Croatie. Le critère d’entrée dans l’EUE serait l’acceptation d’abandonner leur souveraineté en matière d’Affaires étrangères, de Défense, de finances et de Commerce extérieur, à un gouvernement central sous l’autorité d’un Président élu pour quatre ou cinq ans, et contrôlé par deux assemblées : un Sénat représentant les nations et une assemblée représentant les populations.<br />
Bien entendu, dans cette nouvelle structure il ne devrait plus y avoir ni concessions, ni exceptions, ni statuts particuliers, ce dont L’UE n’a que trop souffert jusqu’ici. Les États n’acceptant pas ces conditions seraient tout simplement priés de rester à l’extérieur du groupe, sans que celui-ci les attende pour commencer à agir. Bien entendu, les décisions du groupe seraient désormais prises à la majorité simple.<br />
Alors l’Europe ne se trouverait plus dans un camp ou dans un autre. Elle serait enfin devenue elle-même, c’est-à-dire indépendante, car elle sortirait bien entendu de l’OTAN, qui n’a plus de sens depuis l’effondrement de l’U.R.S.S. Cette politique aurait immédiatement pour effet de supprimer la crispation récurrente de la Russie et la ramènerait progressivement dans le giron européen.<br />
Concrètement, seraient écartés les anciens satellites de l’U.R.S.S., notamment la Pologne, empêcheur perpétuel de tourner en rond, et bien entendu la Grande Bretagne, qui s’exclurait d’elle-même car elle n’a pas encore compris que son destin a cessé d’être atlantique, à moins qu’entre temps une indépendance de l’Écosse ne la jette dans les bras de l’Europe dans un grand élan de lucidité. Au fil du temps, tôt ou tard et l’un après l’autre, je suis persuadé que tous les États laissés pour compte viendraient cogner à la porte du groupe fondateur en acceptant les règles communes.<br />
Cependant, pour qu’une telle initiative ait des chances de succès, il serait indispensable qu’un homme suffisamment fort et décidé se lève pour l’initier et la défendre avec vigueur. Je pense qu’un homme comme Sarkozy pourrait faire l’affaire. J’ai observé son attitude pendant la crise géorgienne, et j’ai admiré sa réserve. Contrairement à Bush ou Merkel, il n’a pointé du doigt aucune responsabilité particulière. Il a su rester à l’écart et a œuvré seulement pour faire arrêter la violence. Il n’a pas aboyé pour que les troupes russes quittent la Géorgie plus vite qu’il n’était possible, en comprenant, sans le dire, que les Russes veuillent désarmer totalement le pays avant toute chose, pour éviter le retour du dictateur pro-américain qu’est Saakachvili. C’est là une qualité qui siérait parfaitement à un réel Président d’une Europe reconditionnée.<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>La RUSSIE</strong><br />
À l’égard de la Russie comme de la Chine, l’attitude européenne a toujours été calquée avec soumission sur celle des É-U, sans que les Européens se rendent bien compte qu’ils ne faisaient en cela que se mettre au service d’un « <em>souverain</em> » hégémonique, égocentrique et prétentieux. Sous prétention de démocratie, argument central de la propagande étasunienne que toutes les attitudes de ce pays ont successivement travestie au cours des crises passées, l’Europe s’est toujours laissé enchainer par une politique hors de tout réalisme.<br />
Pourtant, l’action des É-U en Russie, sous les règnes de Gorbatchev et de Eltsine, a clairement conduit ce pays à la faillite et au pillage pendant plusieurs années, sous prétexte de démocratie et de libre marché. Mais l’Europe ne l’a ni vu ni compris, et a laissé faire. Si la Russie se trouvait face à un désastre économique profond au moment où Poutine l’a reçue des mains de Eltsine, c’est bien parce que les É-U avaient entrepris de la détruire économiquement et socialement pour éliminer définitivement un rival potentiel. Le seul fait que la Chine, partant des mêmes prémisses, ait réussi son émergence en quelques années sans le secours des « <em>conseillers américains</em> » vient prouver les faits. Pendant les 10 années, de 1989 à 1999, pendant lesquelles les É-U ont « <em>conseillé</em> » Eltsine, la production industrielle a été divisée par trois, le PIB par deux, et le revenu par habitant a baissé de 75% (<em>Susbielle – Les royaumes combattants – First - 2008</em>). Le PIB russe n’a rattrapé celui de 1990 qu’en janvier 2007 et l’économie russe croît actuellement de 7% par an. Il a fallu à Poutine 8 années pour réussir la renaissance de son pays détruit par les États-Unis. Sachant cela, devons-nous vraiment nous étonner de l’antiaméricanisme de Poutine. Il serait préférable que nous imitions sa lucidité.<br />
Poutine avait donc recueilli une nation exsangue. Il a sans doute eu recours à des méthodes que certains ont jugé intelligent de dénoncer, mais il a réussi. S’il est devenu un héros national pour la plupart de ses concitoyens, c’est à cause de cette réussite, en dépit des critiques de l’occident et de quelques groupuscules russes, naïvement troublés par un modèle occidental en voie de décalcification continue.<br />
En réalité, Poutine est un patriote russe, qui se serait tourné vers l’Europe si les pays de l’ouest européen, inféodés à Washington, avaient eu l’intelligence de comprendre que leurs véritables adversaires étaient les É-U et non la Russie. Ce sont les É-U que l’Europe devrait donc à présent isoler, et non la Russie. Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de constater que ce sont les politiciens et les médias qui sont subjugués par les É-U et non l’opinion publique, beaucoup plus clairvoyante [cf. <a title="Opinion" href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/08/14/opinion-publique-contre-opinion-du-pouvoir-politique/">Opinion publique contre opinion du pouvoir politique</a>].<br />
À plus long terme, une intégration de la Russie ne serait plus alors impossible à envisager, et l’Europe pourrait s’étendre de Brest à Vladivostok <span style="color: #888888">comme l’avait espéré le général de Gaulle</span>, équilibrant ainsi la puissance de la Chine, laquelle ne serait d’ailleurs pas devenue pour autant une ennemie. Entre temps, après avoir rongé leurs freins, les États-Unis seraient peut-être devenus un peu plus fréquentables.<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>La CHINE</strong><br />
Après les JO de Pékin, le Tibet sera un peu mis de côté devant la réussite de cette manifestation et la ponctualité de son déroulement, bien que les médias occidentaux n’aient eu de cesse, la veille encore de l’ouverture des jeux, de faire naître toutes sortes d’inquiétudes sur le smog, la circulation, l’alimentation, que sais-je encore ? Comme pour la Russie, on va bien être obligés de se rendre compte qu’après la vieille Europe de Rumsfeld, on va bientôt pouvoir parler de la vieille Amérique de McCain. L’Europe va-t-elle enfin arrêter de se boucher la vue avec Manhattan, dont les gratte-ciels tombent les uns après les autres dans l’escarcelle des milliardaires arabo asiatiques ?<br />
Mais on reviendra rapidement au business, en se rendant compte que la crise financière étasunienne aura assez peu marqué l’économie chinoise. L’enrichissement de la Chine, commencé au bord de la mer, se poursuit à une vitesse rapide vers l’intérieur du continent. Les médias nous parlent sans cesse des paysans chinois, nombreux et pauvres. Mais ils ne parlent jamais « chiffres ». Lorsque Deng Xiaoping a lancé la nouvelle économie chinoise et annoncé l’ouverture des deux premières zones économiques spéciales (ZES) qui a marqué le démarrage de l’industrialisation de la Chine, il n’y avait pas plus de 100.000 Chinois dans les villes et autour de 1 million dans les zones rurales. En 2008, il y a aux alentours de 600.000 Chinois dans les villes, jouissant d’une économie moderne, et approximativement 700.000 ruraux vivant de l’agriculture. Le sens de cette répartition s’accélère d’année en année et l’économie intègre de plus en plus vite des technologies de pointe qui rivalisent à présent avec celles de l’occident.<br />
La Chine n’a pas à craindre de réduction sévère de ses exportations, car elle possède encore un arrière-pays important qui absorbe petit à petit tous les excédents de son industrie. Le revenu de ses paysans a été multiplié par quatre en quelques années, et ce mouvement se poursuit sans obstacle. La croissance de ce grand pays continuera donc à vive allure. Si ralentissement il y avait, il est peu vraisemblable que son taux de croissance annuel tombe en dessous de 8%.<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les ÉTATS-UNIS</strong><br />
Comme je l’ai souligné dans quelques autres articles, les Étasuniens seront bien obligés de continuer à acheter en Chine, ou ailleurs en Asie, les produits qu’eux ne produisent plus ou qui sont moins chers que ceux produits par eux. L’inégalité qui continue de croître aux É-U conduit en effet les plus pauvres à chercher les produits les moins chers. Si les É-U mettaient en pratique leurs rêves protectionnistes, ils provoqueraient chez eux une crise sociale majeure. Il leur est donc impossible d’enrayer leur descente aux enfers du déficit commercial, qui tend à faire de leur dollar une véritable peau de chagrin.<br />
Vont-ils comprendre que c’est leur système économique, confortablement assis sur des doctrines dépassées, qui fonde leur propension au déclin ? C’est peu probable, parce que ce sont précisément ces doctrines qui leur ont permis, jusqu’à la fin du siècle dernier, de connaître l’incontestable développement qui a été le leur. Leur esprit, sensible au dogmatisme, ne leur permet pas une remise en question rapide de leurs façons de faire actuelles. Un peuple, dont 95% des habitants croient encore à l’existence d’un ectoplasme créateur, qui privilégie le phantasme du créationnisme (<em>intelligent design</em>) à la poursuite des travaux scientifiques issus du darwinisme, et dont un habitant sur trois ou quatre est obèse, ne peut s’attendre à rester la lumière du monde.<br />
Nous allons donc assister à une décroissance continue de ce pays, à travers des hauts et des bas, bien entendu, car aucune tendance n’est strictement linéaire. Le moindre signe un peu positif fait ici monter la bourse en asperge, mais par contre, les signes négatifs ne sont pris en compte qu’avec lenteur. Les Étasuniens ne peuvent imaginer qu’ils se trouvent sur une pente descendante. Pourtant, l’accumulation incessante de leurs dettes devrait les alerter. Déjà, de nombreuses entreprises étrangères et banques centrales se débarrassent peu à peu de leurs dollars. Les Étasuniens pensent que les fonds souverains les financent parce qu’ils sont riches, alors que la vraie raison est leur désir de se débarrasser le plus vite possible de leurs réserves en dollars. Mieux vaut en effet un gratte-ciel à Manhattan, même s’il peut perdre de sa valeur, qu’un tas de dollar en papier monnaie dont la valeur peut chuter de manière imprévisible et pour une durée incertaine.<br />
Cette tendance à l’appauvrissement, vraisemblablement inéluctable tant qu’elle n’est pas clairement perçue par les intéressés, réduira donc progressivement l’énergie que ce pays consacre bien inutilement à maintenir un interventionnisme hégémonique têtu.<br />
Mais comme je l’ai écrit, il y aura des hauts et des bas. De courtes périodes meilleures pourront faire croire à un retour en grâce de la fortune. Ce ne seront pourtant que des sursis sans suite.<br />
Pour conclure, il est important de souligner que les É-U sont victimes d’une mythologisation de l’Amérique et du dollar, à la fois par les étrangers et par eux-mêmes. Elle a parfaitement fonctionné jusqu’ici, mais tout mythe finit par s’étioler devant la réalité des faits, et celle-ci est en train de gagner. Il suffira d’attendre pour le constater.<br />
@ <a title="BLOG" href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/">André Serra</a> http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</p>
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		<title>Opinion publique contre opinion du pouvoir politique</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Aug 2008 17:45:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>

		<category><![CDATA[Politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Kossovo et l’Ossétie présentent les mêmes problèmes. Pourquoi veut-on absolument les résoudre différemment ? Sur ce point, les bloggeurs semblent avoir des idées contraires à celles des grands de ce monde. [cf. les nombreux commentaires sur AgoraVox : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43264&#38;id_forum=1803997&#38;]var_mode=recalcul#commentaire1803997]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>VOX POPULI, VOX DEI !</strong><br />
Avec cette crise du Caucase, les opinions sont surchauffées et vont dans tous les sens. Tout un chacun ressent un immense besoin d’y voir clair. Pourquoi ?<br />
Eh bien, sans doute parce qu’il s’agit d’un combat mondial. À ma gauche, Saakachvili, Président de la Géorgie, frauduleusement réélu en janvier 2008. À  ma droite, Poutine, Premier ministre de Russie, nommé par son ancien Premier ministre, élu Président du pays entre temps. Donc, de prime abord, ce procès se déroule entre deux grands défenseurs de la démocratie.<br />
Le premier est assisté par Bush et sa secte de cireurs de pompes étasuniennes. Le second assiste  l’Ossétie du sud, sœur ethnique, linguistique et culturelle de l’Ossétie du nord, qui a été séparée d’elle en 1922 par <em>le grand charcutier</em> qu&#8217;était Staline. Ce dernier, environné d’une multitude de petites nationalités difficiles à domestiquer, décida d’appliquer la doctrine incontournable de tout pouvoir digne de ce nom : <em>diviser pour régner</em>. Il conserva l’Ossétie du nord dans l’U.R.S.S en tant que région autonome, et donna l’Ossétie du sud à la Géorgie, également en tant que région autonome de ce pays.<br />
Il en rajoutera cependant un petit peu pour plus d’efficacité, en déportant les habitants de l’Ingouchie, musulmans d’un pays limitrophe de l’Ossétie du nord, puis en donnant aux Ossètes une partie de l’Ingouchie ainsi dépeuplée. Mélange absolument détonnant. Lorsqu’après 1989 les Ingouches reçurent l’autorisation de rentrer chez eux, ils y trouvèrent des Ossètes installés dans leurs maisons et sur leurs terres. Vous comprendrez que les embrassades furent assez sanglantes. Bref.<br />
Par un référendum de novembre 2007, le peuple de l’Ossétie du sud vota à  99% l’affirmation de son désir d’être indépendant. Par ailleurs, on sait qu’il désire passionnément fusionner à nouveau avec le peuple d’Ossétie du nord, où il pourrait retrouver cousins, proches ou lointains, neveux et nièces, dans une langue et une culture bien distinctes de la langue géorgienne.<br />
On comprendra que  cela ne faisait pas l’affaire de Saakachvili, car il ne faut pas perdre de vue qu’il se dit démocrate. Lui préférait de beaucoup conserver le cadeau fait par Staline à son pays. C’aurait été porter un coup bas à sa mémoire, le cher homme !<br />
Il en a donc parlé à son protecteur Bush, démocrate lui aussi. Il fallait faire cesser ce scandale. Depuis quand le peuple peut-il éprouver des désirs qui ne soient pas conformes à la démocratie ?<br />
Bush comprit qu’il tenait là une bonne solution pour remonter dans les faveurs de son opinion publique, et peut-être même donner un coup de main à ce pauvre McCain qui peine dans les sondages des présidentielles étasuniennes. Il fournit donc moult armes de toutes natures, missiles, avions, drones à Saakachvili, en utilisant les bons soins d’Israël, qui ne pouvait évidemment pas lui refuser ce service. Ah ! Si Israël n’était pas là…  il faudrait l’inventer.<br />
Et pour faire marcher toute cette quincaillerie, il lui envoya aussi un bon millier de « <em>conseillers militaires</em> » afin d’apprendre à sa plantureuse armée comment s’en servir.<br />
Bien entendu, les Russes qui, comme on le sait, ne sont pas démocrates, et par conséquent sont aveugles, sourds et muets, ne se sont absolument pas doutés de ce qui se préparait dans un silence absolument parfait, puisque les Étasuniens sont équipés de chaussures comportant des semelles de caoutchouc fabriquées par Nyke.<br />
Alors, le jour même où les joutes olympiques commençaient à Beijing <em>[tiens ! tiens !]</em>, l’armée américanisée de Saakachvili se présenta à la frontière de l’Ossétie du sud, après une bonne préparation d’artillerie sur Tskhinvali, la capitale, pour tenir les Ossètes bien éveillés. Mais, passons sur ce que toute armée digne de ce nom fait subir à une population civile innocente.<br />
À ce moment là, les Géorgiens, armés de pied en cap, eurent la grande surprise de voir débouler à leur rencontre une armée Russe caparaçonnée de chars de fort tonnage, qui n’étaient nullement romains. L’idée que ces nouveaux venus venaient les saluer ne leur traversa que très rapidement l’esprit, et ils prirent leurs jambes à leur cou pour rentrer prestement chez eux, à l’exception de quelques uns qui décidèrent de rester en Ossétie pour l’éternité.<br />
On comprend le courroux qui s’empara de Bush, alerté par un Saakachvili angoissé. Une telle action de la part des Russes n’était pas du tout prévue dans leur plan, et on sait pertinemment que des plans dûment établis par le Pentagone ne peuvent absolument pas ne pas fonctionner.<br />
Alors, le futur ancien Président des É-U <strong>EXIGEA ( !)</strong> des Russes qu’ils retournent dans leurs casernes. Lorsqu’il reçut ce message, Poutine sourit pour la première fois depuis de nombreuses années.<br />
La plupart des grands chefs d’État du monde dénoncèrent alors l’attaque des Russes, car, par magie sans doute, l’agression de Saakachvili était devenue celle de Poutine dans la même soirée.<br />
Bon ! La suite reste à venir. Mais j’ai tout de même été surpris sur le coup, et j’ai même failli changer d’avis sur la question. Alors j’ai voulu savoir si beaucoup de monde avait compris comme moi que c’étaient les Géorgiens qui avaient ouvert le bal, ou si d’autres pensaient au contraire que c’étaient les Russes, comme l’affirmaient toutes les cliques politiques ou presque.<br />
Je suis donc allé consulter les blogs d’une bonne dizaine de sites de journaux et de nouvelles sur le web. Au total, j’ai donc lu entre 300 et 400 commentaires sur cette malheureuse affaire.<br />
Quelle ne fut pas ma surprise de me rendre compte que, dans une proportion de 4 sur 5, soit 80%, ces commentaires désignaient Saakachvili comme agresseur et provocateur, mais plus encore Bush et ses courtisans, dont ils dénonçaient l’agressivité et l’impérialisme. Quand à ceux qui désignaient Poutine et la  Russie d’un doigt vengeur, ils étaient immédiatement taxés de naïveté et de suivisme par le commentaire qui suivait le leur.<br />
C’est troublant, et montre que les finasseries politiques conduisent trop souvent à des impasses dangereuses, alors que le peuple, qui détient la souveraineté, paraît-il, mais que l’on ne consulte qu‘une fois tous les quatre à cinq ans, est souvent plus réaliste que ceux qui prétendent les diriger, et même aussi que les médias qui se contentent assez souvent d’adopter la pose du perroquet.<br />
Plus troublant encore, alors que les problématiques du Kosovo et de l’Ossétie sont strictement les mêmes, les grands de ce monde insistent bruyamment pour qu’elles soient résolues différemment. On a fait du Kosovo un État indépendant en le prenant à la Serbie qui le possédait juridiquement depuis des lustres, mais on veut empêcher l’Ossétie du sud de l’être pour ne pas modifier les frontières de la Géorgie. Dans les deux cas, il s’agit pourtant de populations fort différentes de celles qui les oppriment. Il s’agit strictement du même problème dans les deux cas.<br />
Mais, il y a cependant une toute petite différence. Ici, Saakachvili est américain, et il s’agit des « <em><strong>INTÉRÊTS de l’Amérique</strong></em> ».<br />
@ <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/" target="_blank">André Serra</a> http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</p>
<p><strong>cf. les nombreux commentaires sur <a href="http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43264&amp;id_forum=1803997&amp;]var_mode=recalcul#commentaire1803997">AgoraVox</a></strong><em></em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Sauver Freddie Mac et Fannie Mae, et résoudre en même temps tous les problèmes des É-U</title>
		<link>http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/08/03/sauver-freddie-mac-et-fannie-mae-et-resoudre-en-meme-temps-tous-les-problemes-des-e-u/</link>
		<comments>http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/08/03/sauver-freddie-mac-et-fannie-mae-et-resoudre-en-meme-temps-tous-les-problemes-des-e-u/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 03 Aug 2008 05:17:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>

		<category><![CDATA[Économie]]></category>

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		<description><![CDATA[Une décision qui paraît résoudre tous les problèmes des É-U, mais qui remplacera des difficultés déjà préoccupantes par une crise sans doute plus importante encore, et plus décisive. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Inutile sans doute de raconter dans les moindres détails la triste histoire de ces deux sociétés jumelles, qui possèdent officiellement 5000 Mds de $ d’actifs [<em>un tiers du PIB des É-U</em>]. Freddie vient cependant de déclarer un quatrième trimestre consécutif de pertes, soit 821 millions de dollars pour le seul deuxième trimestre 2008, après avoir doublé ses provisions pour créances douteuses. De son côté, Fannie avoue une perte de 2,3 Mds pour la même période. Dans ces conditions, on peut légitimement se demander ce qui restera des actifs de ces sociétés lorsqu’elles auront totalement digéré la crise des subprimes. On sait parfaitement que, pendant les périodes de difficultés, les entreprises n’hésitent pas à différer dans une certaine mesure le provisionnement de leurs mauvaises créances pour ne pas trop entamer leur crédibilité.<br />
Résumons simplement l’essentiel.<br />
<em> Freddie Mac et Fannie Mae</em> sont deux entreprises financières qui occupent le dernier étage de la pyramide du marché immobilier des É-U. Créées respectivement en 1933 et 1954 à l&#8217;initiative du gouvernement, elles sont cependant des entreprises privées, avec actionnaires et cotations en bourse.<br />
Leur mission consiste à refinancer les banques et établissements financiers qui proposent des emprunts hypothécaires pour l&#8217;achat de maisons ou d&#8217;appartements. Lorsque ces prêteurs de premier niveau ont épuisé leurs fonds, ils peuvent s&#8217;en procurer de nouveaux auprès de <em>Freddie Mac et Fannie Mae</em> en leur cédant une partie des hypothèques qu&#8217;ils détiennent, de manière à poursuivre leur activité. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle « <em>se refinancer</em> ». Les deux entreprises jumelles, prêteuses de dernier ressort, se financent de leur côté en émettant de nouvelles actions en bourse, ou en vendant des obligations à travers le réseau des banques commerciales. Elles jouissent de la garantie implicite de l&#8217;État, ce qui leur permet de bénéficier de taux d&#8217;intérêt très bas , mais elles n&#8217;ont pas accès au guichet d&#8217;escompte de la FED comme les banques commerciales et certains établissements financiers sélectionnés, recevant des dépôts du public.<br />
On comprend donc que si <em>Freddie Mac et Fannie Mae</em> voient leur trésorerie s&#8217;épuiser en raison de la défaillance des emprunteurs, sans pouvoir se refinancer, le marché de la construction se trouve paralysé. Sans finance, pas de construction, et sans construction, on provoque le ralentissement ou l&#8217;arrêt de toutes les autres activités liées de près ou de loin à celle-ci, comme la construction électrique, l&#8217;ameublement, la peinture et ainsi de proche en proche celui de l&#8217;ensemble de l&#8217;économie. Le fragile équilibre économique actuel des États-Unis repose donc presque entièrement sur celui de ces deux sociétés majeures.<br />
Aussi, lorsque <strong>Lehman Brothers</strong> émit des doutes (8 juillet) sur l&#8217;équilibre financier de <em>Freddie Mac et de Fannie Mae</em>, en annonçant qu&#8217;elles devaient se recapitaliser de 75 milliards de dollars pour faire face à la crise des <em>subprimes</em>, le choc de la nouvelle sur le marché boursier a été terrible. On comprend ça ! 75 milliards de dollars, ça ne se trouve pas sous les sabots d&#8217;un cheval ! Tout cela au moment même où Bridgewater déclarait dans un mémo confidentiel que les pertes dues à la crise des « subprimes » pourraient s&#8217;élever à 1600 milliards de dollars (9 juillet), soit près de quatre fois l&#8217;évaluation qu&#8217;en avait faite le FMI peu de temps auparavant !<br />
Repassons donc le film de ce qui s&#8217;est passé à partir de ce moment-là.<br />
***<br />
<em>Freddie et Fanny</em> n&#8217;avaient pas attendu l&#8217;information de <strong>Lehman Brothers</strong> pour agir, et s&#8217;étaient déjà mis en quête de capitaux. Mais les deux jumelles avaient vite compris qu&#8217;elles n&#8217;en trouveraient pas en les recherchant en bourse, après avoir évoqué l&#8217;intention de lever 10 Mds de $ (18 juillet). Les émissions d&#8217;actions peinent en effet à se placer en ce moment, car les investisseurs, souvent désargentés par la crise, ont développé une méfiance maladive depuis quelque temps. On les comprend !<br />
***<br />
Elles ne pouvaient pas non plus espérer une aide du côté des fonds souverains, pourtant riches de 3000 milliards de dollars, comme avaient pu en bénéficier peu avant <strong>Merrill Lynch</strong> et <strong>Citigroup</strong>,  car il était évident que l&#8217;État n&#8217;accepterait pas aussi aisément que des acteurs étrangers mettent leur nez dans des entreprises aussi stratégiques pour l&#8217;économie du pays. D&#8217;ailleurs, Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, avait affirmé qu&#8217;il n&#8217;était pas question que le statut particulier de ces entreprises soit modifié, et qu&#8217;elles devaient pouvoir fonctionner comme auparavant.<br />
Il ne restait donc plus que l&#8217;État lui-même qui puisse sauver ces malheureuses entreprises. Or, après le sauvetage de <span style="color: #888888">Bear Stearns</span> réalisé par l&#8217;intermédiation de la FED sous la forme de son absorption par <strong>JP Morgan</strong>, de nombreuses voix s&#8217;étaient élevées contre les interventions de l&#8217;État dans la crise, et ceci pour deux raisons. D&#8217;abord pour des raisons idéologiques, le marché étant réputé pouvoir se soigner tout seul et venir à bout de toutes les difficultés par son seul fonctionnement libéré des entraves de l&#8217;État. Ensuite pour des raisons éthiques, car la manière indécente, voire malhonnête, dont le secteur financier avait agi, ne portait pas l&#8217;opinion publique à accepter qu&#8217;on aide les établissements financiers en difficulté avec les impôts des citoyens, qui n&#8217;étaient pour rien dans cette crise.<br />
On ne devait donc, sous aucun prétexte, pratiquer une nationalisation des deux compagnies, directement ou indirectement, ainsi que le gouvernement britannique l&#8217;avait fait précédemment, pour solubiliser rapidement la faillite de <strong>Northern Rock</strong>. Néolibéralisme oblige !<br />
***<br />
Mais d&#8217;autres défis, collatéraux et imbriqués, confrontaient dans le même temps les pouvoirs publics des É-U, tous aussi importants les uns que les autres :<br />
- une inflation frisant les 6%,<br />
- un équilibre social sur lequel pèse le désarroi des expulsés de la crise immobilière [2 millions fin juin, inclues les procédures en cours]. Au seul second trimestre, 739714 logements ont fait l&#8217;objet d&#8217;une nouvelle notification de l&#8217;une des étapes de la procédure de saisie,<br />
- des procédures de saisie de logements en hausse de 14% au second trimestre par rapport au premier, et de 121% sur un an, soit plus du double, avec la perspective de les voir se poursuivre jusqu&#8217;à la fin de 2009,<br />
- effondrement de nombreuses banques régionales : <strong>Indymac</strong> (13 juillet), plus grande faillite bancaire depuis 1984 (32 Mds d&#8217;actifs, licenciement de 53% des effectifs), est placée sous la tutelle de la FDIC (Agence fédérale d&#8217;assurance des dépôts bancaires) - absorption à rabais de <strong>Countrywide Financial</strong> par la Bank of America pour éviter sa faillite. Plus récemment, la <strong>First Heritage Bank</strong> de Californie et la <strong>First National Bank of Nevada</strong>, le 26 juillet. Depuis le début de 2008, sept banques ont fait faillite. Mais on commence à parler de <strong><span style="color: #000000">National City, Sun Trust Bank, M &amp; T Bank Corp, First Horizon National, Carlyle</span></strong> comme d&#8217;éventuels candidats au dépôt de bilan.<br />
En outre, selon des estimations d&#8217;origine étasunienne, 100 à 150 banques du pays, notamment régionales, pourraient disparaître d&#8217;ici la fin de 2009.<br />
- augmentation du déficit budgétaire de l&#8217;État pour 2009 [exercice s'étendant de septembre 2008 à août 2009], dont le montant <em>prévu</em> s&#8217;élève maintenant à 482 Mds de $ [3,3% du PIB], interdisant de ce fait toute nouvelle intervention financière directe de l&#8217;État, comme celle de la distribution d&#8217;un <em>retour d&#8217;impôt</em> de 150 millions de $ aux particuliers au cours des mois de mai et juin.<br />
En février, la première prévision du déficit pour 2009 portait sur 410 milliards de $. La dernière version sera-t-elle la bonne ? Rien n&#8217;est moins sûr !<br />
- chute continue du dollar depuis deux ans sur le marché des changes, et fuite progressive des entreprises devant les contrats libellés en dollar, ainsi que de la part des banques centrales étrangères pour la composition de leurs réserves de change.<br />
***<br />
Ces multiples défis dépendant assez largement les uns des autres, il était devenu progressivement impensable, aux yeux du gouvernement, de trouver des solutions séparées pour chacun d&#8217;entre eux.<br />
C&#8217;est sans doute la raison pour laquelle le président Bush confia à son secrétaire au Trésor, Henry Paulson, la mission de mettre sur pied un plan d&#8217;ensemble susceptible de répondre globalement à la crise, en étroite coopération avec le Congrès, car les solutions entrevues impliqueraient légalement sa participation et son accord massifs.<br />
La rapidité exemplaire avec laquelle la loi établissant ce plan fut voté par 72 voix contre 13 au Sénat le 26 juillet, un samedi, jour de la semaine au cours duquel n&#8217;ont généralement lieu, ni débat, ni scrutin, montre bien le degré d&#8217;urgence attaché par le gouvernement des É-U à la mise en œuvre de ce plan.<br />
***<br />
<strong>En quoi consiste le plan voté par le Congrès le 26 juillet 2008 ?</strong><br />
- 300 milliards de dollars d&#8217;emprunts immobiliers vont être garantis par l&#8217;État,<br />
- 3,9 milliards seront versés aux collectivités locales pour racheter et réhabiliter une partie des maisons saisies, de manière à favoriser leur revente,<br />
- un nouvel organisme de contrôle coiffera <em>Freddie Mac et Fannie Mae</em>, et sera doté de pouvoirs d&#8217;intervention importants,<br />
- la FED est autorisée à acheter en bourse les actions des deux entreprises, ce qui lui permettra d&#8217;en régulariser le cours,<br />
- <strong><em>Freddie Mac et Fannie Mae</em> auront désormais accès au guichet d&#8217;escompte de la FED au même titre que les banques de dépôts. Le plafond de cette facilité est fixé provisoirement à 300 Mds de $. Et le plus important, à ce guichet, la Fed pourra escompter les titres structurés comportant des contrats à <em>subprimes</em>.</strong><br />
À mon sens c&#8217;est ce dernier point qui pourrait permettre de régulariser l&#8217;économie bien au-delà des problèmes du secteur financier. En effet, en donnant aux deux entreprises la possibilité d&#8217;avoir directement accès aux capitaux de la FED [<em>par pure création de monnaie, comprenons-le bien !</em>], elles pourront en irriguer tout le réseau bancaire en réescomptant plus largement que jamais leurs actifs immobilisés [<em>et notamment les titres structurés adossés partiellement à des contrats subprimes, causes de la crise</em>]. Par voie de conséquence, les banques pourront recommencer à distribuer en aval tous les crédits dont l&#8217;économie a besoin, et pas seulement ceux qui concernent  la construction.<br />
Les particuliers pourront alors reprendre le cours de leur ahurissante consommation, stoppant momentanément la stagflation dans laquelle le pays est entré depuis le début de l&#8217;année. Ainsi seront donc provisoirement colmatées toutes les avenues menant actuellement à la paralysie de l&#8217;économie étasunienne. On est maintenant très loin de l&#8217;alternative que je présentais en mai dans un autre article intitulé : <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/05/12/entre-le-baton-et-la-vaseline-les-e-u-hesitent/">Entre le ba?ton et la vaseline, les E?-U he?sitent</a>.<br />
***<br />
Par-delà ces futurs évènements, il est essentiel de souligner le fait que les crises qui se sont succédé aux États-Unis depuis quelques années ont toutes été causées par des interventions ou des abstentions étatiques. La bulle technologique de 2001 a été causée par un refus de l&#8217;État d&#8217;intervenir dans le contrôle des opérations de bourse. Les titres de compagnies venant à peine d&#8217;être créées ont fait l&#8217;objet d&#8217;un volume de transactions délirantes, alors même qu&#8217;aucun document financier renseignant les futurs actionnaires n&#8217;avait pu être encore établi. Pure spéculation sur un futur imprévisible.<br />
Cette crise aurait dû entraîner naturellement une remise en ordre sévère de l&#8217;économie, mais l&#8217;État voulait empêcher un ralentissement de la croissance, aussi, pour pallier les conséquences naturelles de ce gros incident boursier, la FED baissa les taux d&#8217;intérêt de manière radicale pour relancer la machine par l&#8217;endettement des particuliers. Le taux interbancaire descendit donc jusqu&#8217;à 1% aux alentours de 2002/2003, soit en dessous du taux d&#8217;inflation réel, de l&#8217;ordre de 3%. Le résultat conduisait donc la FED à accepter de perdre de l&#8217;argent par rapport à la valeur réelle du dollar.<br />
Il était évident que les consommateurs allaient s&#8217;en donner à cœur joie, d&#8217;où une extraordinaire demande de nouvelles constructions entraînant une inflation des prix de l&#8217;immobilier de même importance. L&#8217;habitude de consommer à crédit se développa parallèlement. Le développement immobilier s&#8217;amortissant de lui-même par l&#8217;épuisement de la demande solvable, il fallut donc trouver un moyen de prolonger cette prospérité artificielle à laquelle on s&#8217;était habitué. Ce moyen fut la mise au point de crédits particuliers pour les foyers n&#8217;ayant pas les moyens de faire face à des échéances mensuelles importantes. Ce furent les contrats de <em>subprimes</em>.<br />
On ne se trouvait plus alors dans la bulle créée par l&#8217;action de l&#8217;État entre 2002 et 2005, mais dans son extension volontaire par des moyens irrationnels sur lesquels l&#8217;État ferma pudiquement les yeux. Puis survint la hausse du taux d&#8217;intérêt décidé par la FED en raison du fait que celui de 1% devenait insoutenable, et début immédiat des défauts de paiement par les titulaires de ce type de contrat. Je passe évidemment sur les détails.<br />
Et enfin aujourd&#8217;hui, l&#8217;État, toujours lui, intervenant directement sur le cours naturel de l&#8217;économie, et plus particulièrement sur celui de la monnaie, vient de mettre en place tous les éléments d&#8217;une nouvelle bulle, celle du dollar, croyant ainsi résoudre les problèmes entraînés par la précédente.<br />
MAIS ! Mais il y aura un prix à payer. <strong>Ce prix sera une accélération de l&#8217;affaiblissement du dollar.</strong> Derrière la bulle immobilière, apaisée, une nouvelle bulle se formera en effet assez vite, celle de la monnaie des États-Unis cette fois, qui résultera de l&#8217;abondance des liquidités fabriquées par la FED, aspirées et distribuées par le canal de <em>Freddie Mac et Fannie Mae</em>, regonflés à bloc, qui acheminera en sens inverse dans les oubliettes de la FED toutes les mauvaises créances qu&#8217;elles pourront désormais accepter de racheter au réseau financier. Les chiffres avancés dans cet article permettent de se faire une idée des dimensions hollywoodiennes de cette nouvelle bulle. La crise actuelle n&#8217;aura en effet été résolue que par la création continue d&#8217;une fausse monnaie ne reposant sur aucune vraie création de richesse. L&#8217;assainissement du secteur financier aura donc comme contrepartie la noyade du dollar. Cette façon de procéder aura l&#8217;avantage d&#8217;éviter la publication de statistiques, puisque les transactions seront assimilées à des transactions commerciales ordinaires.<br />
Personne ne pourra donc plus faire de différence entre un bon dollar et un dollar frelaté. Mais il me semble qu&#8217;au plan international, le dollar sera désormais regardé avec davantage encore de suspicion qu&#8217;il ne l&#8217;est aujourd&#8217;hui, accélérant ainsi la fuite déjà commencée devant lui.<br />
En dépit des apparences et des discours, les États-Unis seront donc devenus résolument interventionnistes en quelques années, leur gouvernement conduisant de crise en crise le pays à toute une série d&#8217;impasses cumulées atteignant progressivement toutes les structures économiques du pays.<br />
Le néolibéralisme aura donc abouti à éliminer le libéralisme, pourtant célébré sur toutes les tribunes, faute d&#8217;avoir accepté de laisser chacune des crises traversées aller jusqu&#8217;à leur terme naturel, nettoyant au passage toutes les entreprises qui n&#8217;ont survécu jusque-là que dans l&#8217;ombre de l&#8217;État.<br />
Les États-Unis vont donc être amenés bientôt à revenir aux pratiques de l&#8217;ère rooseveltienne, dont les effets négatifs n&#8217;ont été évités de justesse que par l&#8217;entrée en guerre du pays, en décembre 1941, après Pearl Harbor. Ils devront alors faire face à un inextricable destin.<br />
@ <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/">André Serra</a> http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</p>
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		<title>Emmanuel Todd contredit Samuel Huntington</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Jul 2008 04:18:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>

		<category><![CDATA[Religion]]></category>

		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>

		<category><![CDATA[évolution]]></category>

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		<description><![CDATA[Huntington a cru pouvoir démontrer que l’opposition entre l’occident chrétien et l’islam était irréductible. Emmanuel Todd et Youssef Courbage nous livrent une étude, particulièrement élaborée celle-là, qui permet d’affirmer que les sociétés musulmanes ont entamé depuis plusieurs décennies un mouvement de déconfessionnalisation, lequel entraîne une résurgence provisoire des pratiques religieuses, avant l’apparition d’une autre identité. Mieux vaudrait donc laisser cette tendance historique naturelle se dérouler d’elle-même plutôt que d’en troubler le cours.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Dans « <em>Le choc des civilisations</em> », Samuel Huntington a cru pouvoir démontrer en 1996, que l’opposition entre l’occident chrétien et l’islam était irréductible, et qu’il fallait donc s’attendre à une nouvelle guerre froide entre ces deux camps, guerre qu’il faudrait peut-être anticiper un jour. Sous-jacente à cette thèse perçait l’idée de la nécessité d’une hégémonie permanente des États-Unis pour garantir la sécurité du monde occidental.<br />
Pendant quelque temps, cette thèse a réussi à bouleverser les milieux intellectuels et politiques des pays occidentaux, en pleine crise de l’immigration musulmane en Europe. Il n’y a rien d’étonnant à cela, lorsqu’on sait que Zbigniew Brzezinski a dit de ce livre : « <em>Un tour de force intellectuel : une œuvre fondatrice qui va révolutionner notre vision des affaires internationales.</em> », et puisque ce dernier a lui-même écrit en-tête de la conclusion de son propre livre paru en 2004, « <strong><em>Le vrai choix</em></strong> »  :  « <em>L’hégémonie mondiale américaine est désormais une réalité établie. Nul ne peut la nier,… </em>». Il concède cependant quelques lignes plus bas que cette hégémonie ne sera pas éternelle.<br />
Pourtant l’analyse de Huntington était superficielle et partiale. Dans ce court article, il est impossible de le citer longuement. Je me contenterai de rappeler une seule phrase, située à la page 310 de son édition de poche : « <em>Tant que l’islam  restera l’islam (ce qui est certain) et que l’Occident restera l’Occident (ce qui l’est moins), ce conflit fondamental entre deux grandes civilisations et deux modes de vie continuera à influencer leurs relations à venir, tout comme il les a définies depuis quatorze siècles. </em>».<br />
L’opposition entre les textes des parenthèses de ce passage montre l’absence d’un réel esprit scientifique chez Huntington. Il sous-entend clairement que seul l’occident est susceptible d’évolution, alors que l’Islam ne l’est pas. Il ne tente même pas de démontrer ces deux assertions, et de nombreuses affirmations non argumentées de ce genre jalonnent son essai. En définitive, tout concourt dans ce livre à faire penser que cette prétendue étude n’avait pour but que de convaincre le lecteur de préjugés présents dans l’esprit de son auteur, et que ce dernier se préoccupait seulement de les emballer de manière convaincante. L’œuvre ne montre en effet aucun souci d’une quelconque objectivité historique, qui aurait pu se fonder sur une analyse comparée des religions au cours de l’histoire et sur celle de l’évolution géopolitique du monde.<br />
En 2008, la déconfiture économique et militaire des É-U est cependant patente. Ce pays devra sans doute laisser bientôt la place du dollar à l’euro en tant que principale monnaie d’échange dans le monde, et a échoué dans sa tentative militaire de régner sur le Moyen-Orient. Quelle confiance peut-on accorder à un auteur qui se prétend expert en géostratégie, et qui s’est si lourdement trompé sur la situation de son propre pays ?<br />
***<br />
Emmanuel Todd et Youssef Courbage s’inscrivent en faux contre les thèses de Huntington, dans « Le rendez-vous des civilisations (Seuil - 2007) », en qualifiant « Le choc des civilisations » d’« exégèse faussement savante des textes sacrés ».<br />
Mais leur livre ne vise pas principalement à démentir Huntington. Ils préfèrent présenter une étude, particulièrement élaborée celle-là, des évolutions anthropologiques de l’ensemble des sociétés dites occidentales et musulmanes, reposant sur des statistiques parfaitement établies de trois critères principaux qui sont : l’évolution des taux d’alphabétisation masculin et féminin des groupes étudiés, celle des taux de fécondité et celle de la pratique des religions. Ils montrent enfin de façon tout à fait indubitable l’existence d’une corrélation entre la baisse de la pratique religieuse dans le monde avec celle de la fécondité, et celle de la baisse de la fécondité avec l’augmentation de l’alphabétisation des femmes après que celle-ci ait atteint le taux de 50% de la population étudiée.<br />
Les variations de ces lois de corrélation sont soigneusement étudiées et expliquées. L’ensemble de l’étude permet d’affirmer que les sociétés musulmanes ont entamé depuis plusieurs décennies un mouvement de déconfessionnalisation, et que c’est précisément ce mouvement qui entraîne une résurgence des pratiques religieuses dans une certaine partie de la population, celle qui se trouve en mal d’identité, avant d’en retrouver une autre.<br />
Todd et Courbage rappellent à ce propos que la même résurgence s’est manifestée dans le monde chrétien au moment de la réforme protestante, à l’époque des Lumières et à celle de la révolution scientifique. « <em>L’intégrisme n’est qu’un aspect transitoire de l’ébranlement de la croyance religieuse, dont la fragilité nouvelle induit des comportements de réaffirmation. </em>»<br />
À titre personnel, j’ajouterai à cette brillante étude le commentaire  suivant : actuellement l’Occident, mais plus spécifiquement les É-U, administre aux pays musulmans une pression indue qui tente de troubler la vitesse naturelle du cours de l’histoire pour accélérer l’évolution des mentalités de leurs populations. C’est une tentative illusoire et inefficace dont le résultat a pour seul résultat de prolonger dangereusement la période de transition historique de ces pays. Or les travaux de Todd et Courbage montrent que cette période est toujours caractérisée par des troubles et des violences provoqués par une grande tension entre la naissance de nouvelles mentalités et la résistance des anciennes. Sous l’agression, leur tendance naturelle est de surcompenser leur stress par un retour à la pratique religieuse. C’est ce que je montre moi-même dans un article récent en trois parties : <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2008/01/20/extremisme-terrorisme-ou-resistance-1/"><em>Extrémisme : terrorisme ou résistance</em></a>.<br />
Mieux vaudrait au contraire laisser cette tendance historique naturelle se dérouler d’elle-même, sans pressions extérieures. Elle est déjà engagée dans beaucoup de pays, nous assurent Todd et Courbage en nous mettant sous les yeux les preuves de la déritualisation de la chrétienté. Après tout, celle-ci s’est effectuée naturellement sans pression extérieure. Elle n’est même pas encore achevée aujourd’hui.<br />
D’ailleurs, en ce qui concerne les États-Unis eux-mêmes, ce reflux de la croyance religieuse est à peine commencé. C’est sans doute pour cela qu’ils montrent une hargne beaucoup plus impatiente que les autres pays occidentaux, largement plus en avance dans cette évolution que ce prétendu empire déjà en voie de disparition.</p>
<p style="text-align: justify">@ <a href="http://andreserra.blogauteurs.net/blog/">André Serra</a> http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</p>
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		<title>Qu’attendre de la bourse, d’aujourd’hui aux élections présidentielles des États-Unis ?</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Jun 2008 21:18:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Serra</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>

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		<description><![CDATA[Il reste à peine cinq mois d’ici les élections présidentielles aux États-Unis. Il devrait se passer beaucoup de choses d’ici là dans l’économie mondiale. Quid de la bourse, des devises, du taux d’intérêt et du niveau de vie. Quelques réflexions prudentes…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Un de mes amis lecteurs m&#8217;a demandé ce que je pensais de l&#8217;évolution des marchés boursiers d&#8217;ici l&#8217;été et les élections présidentielles des Etats-Unis. Quelle responsabilité ! Je lui ai répondu ceci, avec précaution :<br />
Que voilà une question embarrassante, mais si excitante dans cette période incertaine !<br />
Les marchés boursiers se trouvent au croisement de plusieurs problématiques : la campagne présidentielle, les taux d&#8217;intérêt, l&#8217;inflation, la crise des subprimes, les autres banques centrales, la psychologie et la stratégie des investisseurs, le chômage et les possibilités de crédit. Chacune de ces problématiques étant elle-même fonction de chacune des autres.<br />
Pour arriver à formuler des pronostics sur l&#8217;étroite période de l&#8217;été, il faudrait pouvoir réaliser une sorte d&#8217;intégration mathématique, qui déboucherait probablement, non sur une ou deux solutions « raisonnables », mais sur une zone de probabilités que l&#8217;on pourrait représenter par une surface à l&#8217;intérieur de laquelle se trouveraient toutes les solutions possibles de probabilité supérieure à, disons 25%<br />
Je me contenterai donc d&#8217;énumérer les paramètres qui me paraissent moteurs dans cette dynamique.<br />
Tout d&#8217;abord l&#8217;impossibilité pour la FED d&#8217;augmenter son taux interbancaire, car cette augmentation aurait trop de répercussions négatives sur l&#8217;investissement et le chômage, et donc aussi sur la consommation. Je pense que Bernanke et l&#8217;administration vont donc se contenter de maintenir un discours haussier sur le dollar pour maintenir une psychologie résiliente dans la population. Si cette hypothèse se réalise, il est possible que Trichet maintienne son 4%. Mais il y aurait cependant place pour une hausse purement indicative de 0,25 portant ce taux à 4,25%, tout à fait insuffisante pour contrer une inflation qui n&#8217;est pas simplement conjoncturelle, mais surtout structurelle.<br />
Je note au passage que la tension sur les matières premières [<em>dont pétrole</em>], devrait se maintenir. En effet, pour le moment la crise financière n&#8217;implique pas encore les pays du BRIC, si j&#8217;en crois les chiffres chinois, ce qui donne du poids à la théorie du découplage entre économies occidentales et économies en émergence, contrairement à l&#8217;opinion exprimée par Strauss-Kahn. La production industrielle de la Chine a en effet augmenté de 16,3% pendant les cinq premiers mois de l&#8217;année, par rapport à la même période de 2007. Cette évolution tendancielle confirme l&#8217;involution de l&#8217;économie chinoise que je pronostique depuis deux ans. J&#8217;entends par là une lente décrue de son activité exportatrice, qui serait partiellement réorientée vers des développements intérieurs d&#8217;infrastructures et d&#8217;équipements. Ce que permet la structure <em>monodémocratique</em> du pays.<br />
Les importations des É-U à partir de la Chine ne devraient cependant pas décroître très vite, car le niveau de leurs coûts est toujours fort attractif pour les consommateurs  étasuniens. Il est cependant à noter que les prix chinois ont augmenté de l&#8217;ordre de 8% d&#8217;une année sur l&#8217;autre, à la fois en valeur nominale et en valeur de change. Les modifications intervenues en un an dans la structure du taux de change du yuan [<em>rappelons que le taux de change du yuan n'est pas librement négociable</em>] au détriment du dollar, associées à la baisse continue de la valeur de ce dernier ont débouché sur une perte de 9,75% de la valeur du dollar en yuan de juin 07 à juin 08.<br />
Pour rester dans le domaine du commerce extérieur, soyons conscients du fait que l&#8217;administration étasunienne n&#8217;a fait « mousser » la petite augmentation des exportations des É-U en mai que pour montrer l&#8217;intérêt de la baisse du dollar. Elle a cependant négligé d&#8217;évaluer son montant en valeur constante. Si elle l&#8217;avait fait, elle aurait dévoilé le fait que les exportations avaient en fait diminué d&#8217;une année sur l&#8217;autre en valeur réelle. De toute façon le commerce extérieur des É-U reste monstrueusement négatif.<br />
Parallèlement, le flux des capitaux entrés mensuellement depuis 2007 aux É-U a décru de 50%, et ne compense plus le double déficit du pays [commerce extérieur et budget de l'État]. La FED est donc contrainte d&#8217;émettre des dollars en continu, notamment pour dégager les secours qu&#8217;elle accorde aux banques étasuniennes affaiblies par la crise des hypothèques subprimes depuis le milieu de 2007. Les récentes pertes de Lehman Brothers et Morgan Stanley constituent autant de confirmations de l&#8217;augmentation considérable des liquidités en dollars sur le marché. La baisse du dollar va donc continuer, car l&#8217;illusion de la politique d&#8217;un dollar fort va nécessairement s&#8217;écrouler rapidement devant les faits. Je ne pense pas qu&#8217;elle puisse conserver son effet jusqu&#8217;aux élections présidentielles. Le temps qui reste à courir d&#8217;ici là me paraît trop long pour que la crédulité de l&#8217;opinion publique étasunienne ne défaille pas avant.<br />
Alors, et les marchés boursiers dans tout ça ? Pour en évaluer avec sécurité la tendance à court terme, il reste à supputer la psychologie des acteurs. Pour moi, c&#8217;est l&#8217;inconnue la plus difficile à soupeser. La raison en est que l&#8217;opinion publique n&#8217;a pas encore intégré la réalité du déclin foudroyant des Etats-Unis. Ce pays est proche de la ruine, mais c&#8217;est une vérité à laquelle très peu de gens adhèrent. Lorsque j&#8217;en parle autour de moi, pourtant avec des arguments en béton, la réaction est toujours la même : « <em>Mais, ce n&#8217;est pas possible ! </em>». Cette conjoncture sociologique peut durer encore longtemps, en vertu d&#8217;un important phénomène d&#8217;hystérésis social.<br />
Je ne suis d&#8217;ailleurs pas convaincu que les alliés des É-U, au niveau politique, se rendent eux-mêmes bien compte de ce qui est en train de se passer. Je crains qu&#8217;ils ne veuillent soutenir ce pays au-delà du possible, parce qu&#8217;ils croient que le monde a besoin d&#8217;un mentor, et qu&#8217;ils se demandent ce qui se passerait si son hégémonie disparaissait. Une intervention groupée des banques centrales occidentales n&#8217;est donc pas à écarter. Elle pourrait modifier la tendance actuellement forte de la déroute du dollar. Reste à savoir si une action de cette nature pourrait avoir un effet de longue durée. En effet, si de telles actions ont pu recueillir quelque succès dans le passé, la force de frappe des banques centrales a fortement décru depuis dix ou vingt ans, par rapport à celle que les marchés financiers ont eux-mêmes développées depuis.<br />
En conclusion provisoire, je m&#8217;écarterais personnellement par prudence des marchés boursiers actuellement, et me porterais plutôt vers des achats d&#8217;or, en attendant de voir venir. L&#8217;or s&#8217;est mis à stagner sous les 900 $ l&#8217;once depuis quelques temps, mais c&#8217;était en raison de la liquidation progressive d&#8217;environ 400 tonnes d&#8217;or par le FMI, pour faire face à ses besoins de liquidités ( <em>ll perd de l&#8217;argent en ce moment </em>). Lorsque ce paquet aura été liquidé, il est fort probable que l&#8217;or reprendra sa montée vers les 1000 $, et sans doute au-delà.<br />
Bonne chance à tous.<br />
<strong>André Serra</strong> http://andreserra.blogauteurs.net/blog/</p>
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