<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<?xml-stylesheet type="text/xsl" media="screen" href="/~d/styles/rss2full.xsl"?><?xml-stylesheet type="text/css" media="screen" href="http://feeds.feedburner.com/~d/styles/itemcontent.css"?><rss xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/" xmlns:feedburner="http://rssnamespace.org/feedburner/ext/1.0" version="2.0">

<channel>
	<title>Baise-Livres</title>
	
	<link>http://www.baiselivres.com</link>
	<description>Pianocktail chez les dilettantes</description>
	<lastBuildDate>Tue, 15 May 2012 17:48:29 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.3.1</generator>
		<atom10:link xmlns:atom10="http://www.w3.org/2005/Atom" rel="self" type="application/rss+xml" href="http://feeds.feedburner.com/Baise-livres" /><feedburner:info uri="baise-livres" /><atom10:link xmlns:atom10="http://www.w3.org/2005/Atom" rel="hub" href="http://pubsubhubbub.appspot.com/" /><feedburner:emailServiceId>Baise-livres</feedburner:emailServiceId><feedburner:feedburnerHostname>http://feedburner.google.com</feedburner:feedburnerHostname><item>
		<title>Étreintes tentaculaires</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/CW6g0ravCjU/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/05/15/saisons-sauvages-kettly-mars-gallimard-folio-haiti/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 15 May 2012 16:30:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Élisabeth de Niverville</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature des Caraïbes]]></category>
		<category><![CDATA[Duvalier]]></category>
		<category><![CDATA[Haïti]]></category>
		<category><![CDATA[Kettly Mars]]></category>
		<category><![CDATA[Papa Doc]]></category>
		<category><![CDATA[Saisons sauvages]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1350</guid>
		<description><![CDATA[« Mais aujourd’hui ces bijoux rompent le fragile équilibre de l’innocence maintenu jusque là. Ils me parlent directement, m’interpellent, ils cherchent mon cou, mes lobes d’oreilles, mon poignet pour une y prendre demeure, comme les tentacules d’une bête redoutable. » (Saisons sauvages, Kettly Mars, p.116) Cette phrase se conçoit aisément comme une version distillée du récit de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« Mais aujourd’hui ces bijoux rompent le fragile équilibre de l’innocence maintenu jusque là. Ils me parlent directement, m’interpellent, ils cherchent mon cou, mes lobes d’oreilles, mon poignet pour une y prendre demeure, comme les tentacules d’une bête redoutable. » (<em>Saisons sauvages</em>, Kettly Mars, p.116)</p>
<p><a href="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/9782070443406.jpg"><img src="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/9782070443406-179x300.jpg" alt="" title="9782070443406" width="179" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-1353" /></a>Cette phrase se conçoit aisément comme une version distillée du récit de Kettly Mars, une synthèse des liens unissant la protagoniste à son bienfaiteur. <em>Saisons sauvages</em> se propose de donner la parole à plusieurs personnages, tous ayant eu maille à partir avec le régime Duvalier de l’Haïti des années 1960. Nirvah Leroy, mulâtresse à la beauté éclatante, entame chaque jour de nouvelles démarches pour que son mari soit libéré par les Macoutes. Il a été emprisonné après qu’aient été trahies ses activités politiques opposées au régime de Papa Doc.</p>
<p>En échange d’une assurance très vague que son mari survivrait, Nirvah deviendra la maîtresse du secrétaire d’état Raoul Vincent. Au fur et à mesure que celui-ci s’immisce dans la vie de la mulâtresse et de ses deux enfants, les conditions de vie de ceux-ci évoluent radicalement. Cette famille en entier se verra attribuer le rôle de proie consentante, de victime bienheureuse du Macoute insatiable. Et le récit se constitue précisément autour de ce consentement tacite, de ces agressions sourdes. Perçue d’abord comme un passage obligé vers une meilleure condition, comme le prix à payer pour sauver un mari aimé, la satisfaction des appétits de Raoul Vincent deviendra, pour Nirvah et pour sa famille, un plaisir de plus en plus assumé. Quelques récits de rêves viennent illustrer les ressorts pervers qui sous-tendent la nouvelle vie de Nirvah. Ils font écho aux voix de Raoul, de Nicolas, de Marie (les enfants de Nirvah) et de Daniel (son mari). Ces épisodes cauchemardesques tiennent lieux d’allégories terrifiantes.</p>
<p>Dans <em>Saisons sauvages</em>, le désir érotique est intimement lié aux rapports de force constituant la vie politique d’Haïti. Nirvah n’est pas qu’une femme aux formes parfaites, aux traits réguliers, au parfum affolant, elle incarne la classe dominante, la bourgeoisie mulâtre. À la pâleur de sa peau incombe un rôle tracé à l’avance. Sa place dans l’imaginaire social confère à sa conquête une valeur qui transcende celle de posséder une femme magnifique. Dire cette indistinction entre l’ambition, l’avidité et le désir de la chair sans que le ton devienne convenu relève d’un tour de force.</p>
<p>Je serais malhonnête si je disais ne pas avoir éprouvé ça et là un certain agacement au cours de ma lecture, devant quelques phrases qui recourraient à des lieux communs exotisants ou qui convoquaient une vision un peu convenue de la féminité et de la masculinité. D’aucuns pourront considérer par ailleurs ces clichés comme sciemment mis en place, comme inscrits dans le récit afin d’être problématisés et remis en question par le lecteur. Malgré tout cela, le ton m’a paru en général extrêmement juste. Kettly Mars met en place un roman haletant, dévorant, aux accents tragiques. À chaque instant, le poids du fatum menace de s’abattre sur les personnages, qui se débattent désespérément pour que l’étreinte des tentacules du régime Duvalier ne les étouffent pas tout à fait, leur laisse juste ce qu’il faut de leste.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Saisons sauvages</em>, Kettly Mars, Gallimard, 2010, 329 p.</p>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/CW6g0ravCjU" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/05/15/saisons-sauvages-kettly-mars-gallimard-folio-haiti/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/05/15/saisons-sauvages-kettly-mars-gallimard-folio-haiti/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Soirée littérature à la Pinakotheke 2012</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/w5sviKvTVoA/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/05/13/soiree-litterature-a-la-pinakotheke-2012/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 13 May 2012 19:06:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Élisabeth de Niverville</dc:creator>
				<category><![CDATA[Baise-Livres y était]]></category>
		<category><![CDATA[baise-livres]]></category>
		<category><![CDATA[Belgo]]></category>
		<category><![CDATA[Collaboration]]></category>
		<category><![CDATA[Galerie A.B]]></category>
		<category><![CDATA[Pinakotheke]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1305</guid>
		<description><![CDATA[La Pinakotheke propose une série d’événements artistiques où le dialogue entre les œuvres et le spectateur tient une place centrale. Aussi, le projet fournit une vitrine à des artistes qui en sont à leurs débuts, qui peuvent donc confronter leurs premières œuvres aux yeux du public.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/Pina-1.jpg"><img class="alignleft  wp-image-1313" title="Pina 1" src="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/Pina-1-682x1024.jpg" alt="" width="183" height="275" /></a>Hier, à la <a href="http://www.galerieab.com/">Galerie A.B.</a> a eut lieu la soirée littérature de la Pinakotheke. Au long, le titre de l’édition 2012 va comme suit : Pinakotheke ou l’art de (ne pas) parler température. Pour citer les propos des organisateurs : « Dans les années 1960, Ulrike Meinhof publie l'article «Everybody talks about the weather... we don't». En ricochet à cette affirmation, PINAKOTHEKE s'interroge sur la nature des discussions. […] Ou l’art de (ne pas) parler température, c’est questionner la nature de ce que l'on raconte. L'art permet une rencontre : l'œuvre devient conversation entre l'artiste et le spectateur. »</p>
<p>Dans cet ordre d’idée, la Pinakotheke propose une série d’événements artistiques où le dialogue entre les œuvres et le spectateur tient une place centrale. Aussi, le projet offre une vitrine à des artistes qui en sont à leurs débuts, qui peuvent donc confronter leurs premières œuvres aux yeux du public.</p>
<p>Hier, Chloé, Joseph et moi avons présenté de courtes communications sur des œuvres littéraires qui nous ont marqués, ainsi que sur le projet de Baise-Livres en tant que tel. Joseph a expliqué la réflexion derrière son concept de «<a href="http://www.baiselivres.com/tag/12-hommes-12-livres/"> Douze hommes, douze livres</a> », Chloé a présenté une très riche conférence intitulée «De l'intime au global: trois figures québécoises contemporaines», où elle a abordé les œuvres d’<a title="Le bricolage de l’Histoire" href="http://www.baiselivres.com/2011/06/20/le-bricolage-de-lhistoire/">Éric Plamondon</a>, de <a title="Arvida ou quand le conte vise dans le mille" href="http://www.baiselivres.com/2011/11/19/arvida-ou-quand-le-conte-vise-dans-le-mille/">Samuel Archibald</a> et de <a title="Tentative d’épuisement d’une rupture" href="http://www.baiselivres.com/2012/05/02/tentative-depuisement-dune-rupture/">Martine Delvaux</a>. Pour ma part, j’ai développé sur le thème du fétiche de la confession dans <em>Paranoid Park</em>, le film de Gus Van Sant, ainsi que dans le roman de Blake Nelson, dont le long-métrage s’inspire. Par la suite, Charles Singer a expliqué la genèse et la mission du blogue <a href="http://poemesale.com/">Poème Sale</a>, qui se veut un espace de discussion et de diffusion de la poésie québécoise contemporaine. Finalement, Hubert Alain, un des organisateurs de <a href="http://www.wix.com/pinakotheke/pinakotheke">Pinakotheke</a>, s’est proposé de discuter de l'idée de littérature électronique, perçue en regard de la notion d’ « art médiatique ».</p>
<div class="mceTemp" style="text-align: center;"></div>
<div class="mceTemp mceIEcenter">
<dl id="attachment_1316" class="wp-caption aligncenter" style="width: 560px;">
<dt class="wp-caption-dt"><a href="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/Pina-2.jpg"><img class="size-large wp-image-1316" title="Pina 2" src="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/Pina-2-1024x682.jpg" alt="" width="550" height="366" /></a></dt>
</dl>
</div>
<p><a href="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/Pina-7.jpg"><img class="size-large wp-image-1318 aligncenter" title="Pina 7" src="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/Pina-7-1024x682.jpg" alt="" width="550" height="366" /></a>Je n’ai malheureusement pas pu rester pour entendre la lecture des créations d’Alice Michaud-Lapointe, Audrey-Anne Marchand, Roxane Desjardins, Mathieu Laflamme, Jean-Michel Philippon, Ingrid Tremblay, Charles Singher, Emmanuel Simard, Chloé Savoie-Bernard, Camille Robidoux, Julia Pawlowicz et Marie-Philippe Neault. Ces lectures ont été suivies par un micro ouvert, où tout un chacun pouvait présenter ses créations littéraires.</p>
<p><a href="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/Pina-Duo.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-1338" title="Pina Duo" src="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/05/Pina-Duo-1024x767.jpg" alt="" width="550" height="411" /></a></p>
<p>La semaine d’événements proposés par Pinakotheke se poursuit. Pour un aperçu de la programmation, voici l’horaire des soirées à venir, que vous trouverez également sur le site <a title="Pinakotheke 2012" href="http://www.wix.com/pinakotheke/pinakotheke">http://www.wix.com/pinakotheke/pinakotheke</a> .</p>
<p>Lundi le 14 mai<br />
19h00 - Soirée Projections et Court-Métrages</p>
<p>Films d'art:<br />
«Autoportrait», «HOME MOVIE», «JAPÓN» et «FACES», par Alvaro Salvagno<br />
«Variations», par Marco Battista et Etienne Plasse</p>
<p>Courts-métrages:<br />
«Jacqueline Ultimatum», par Patrick Aubert<br />
«D'où l'heureuse», par Noémie Boisclair<br />
«Sur le Fil», par Élisabeth Desbiens<br />
«Les Illuminés de la Grande Noirceur», par Catherine St-Arnaud<br />
«Maternel», par Chloé Robichaud<br />
«Arrête d'être peur Phantine», Frédérique Cournoyer</p>
<p>Documentaire:<br />
«Eeyou Istchee», par Guillaume Pelletier et Nicolas Mory</p>
<p>Mardi le 15 mai<br />
20h00 - Performances musicales par<br />
Marjorie Fiset<br />
Il danse avec les Genoux</p>
<p>Mercredi le 16 mai<br />
19h00 - Performance par<br />
Guillaume Drouin, Maude Forget Chiasson et Gabriel Lapierre</p>
<p>Jeudi le 17 mai<br />
20h00 - Performances musicales par<br />
<a href="http://www.myspace.com/winstonbalafre"> Winston Balafre</a></p>
<p>Vendredi le 18 mai<br />
19h00 - Soirée de création collective en collaboration avec La Réplique Franche pour le projet la Nuit de la Monarchie</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Photographies: Joseph Elfassi</p>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/w5sviKvTVoA" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/05/13/soiree-litterature-a-la-pinakotheke-2012/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/05/13/soiree-litterature-a-la-pinakotheke-2012/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>12 hommes 12 livres: Xavier et Pour qui sonne le glas</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/h66vo_4pAIM/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/05/03/12-hommes-12-livres-xavier-et-pour-qui-sonne-le-glas/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 03 May 2012 21:02:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Elfassi</dc:creator>
				<category><![CDATA[12 hommes 12 livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature américaine]]></category>
		<category><![CDATA[12H12L]]></category>
		<category><![CDATA[Communistes]]></category>
		<category><![CDATA[Espagne]]></category>
		<category><![CDATA[États-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Fascistes]]></category>
		<category><![CDATA[GGI]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Hemingway]]></category>
		<category><![CDATA[Maria]]></category>
		<category><![CDATA[Pilar]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Jordan]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1297</guid>
		<description><![CDATA[Juste avant de rejoindre la fameuse manifestation du 26 avril, je rencontre Xavier, professeur d'histoire au secondaire et ami de longue date, pour parler du très puissant roman « Pour qui sonne le glas » d'Ernest Hemingway.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY"><em>J'ai demandé à 12 hommes de me recommander des livres importants pour eux. Mon but final est de réévaluer mon rapport avec eux et avec les hommes en général. Juste avant de rejoindre la fameuse manifestation du 26 avril, je rencontre Xavier, professeur d'histoire au secondaire et ami de longue date, pour parler du très puissant roman <span style="font-family: Times New Roman,serif;">« </span>Pour qui sonne le glas <span style="font-family: Times New Roman,serif;">»</span> d'Ernest Hemingway.</em></p>
<p align="JUSTIFY">Robert Jordan est un professeur d'espagnol, un américain qui participe activement à la guerre civile d'Espagne en tant que dynamiteur pour les communistes. Sa mission spécifique est de faire exploser un pont. C'est un ordre précis, venant d'autorités supérieures, auquel il ne peut absolument pas déroger. Et comme c'est souvent le cas dans la vie, rien ne va comme prévu, malgré la détermination obsessive du révolutionnaire.</p>
<p align="JUSTIFY">Xavier m'a recommandé ce livre avant le début du conflit étudiant: ma lecture d'un pays en guerre civile, aux affrontements violents, décrivait pour moi une réalité très éloignée. Je ne parlerai pas de printemps érable (je trouve le terme insultant pour les luttes populaires au Moyen-Orient), mais dans le contexte de la grève étudiante, il est certain que notre interprétation du livre était modifiée, influencée par les manifestations souvent réprimées dans la violence ainsi que le clivage net entre différentes factions idéologiques.</p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Times New Roman,serif;">«</span>Je n'ai pas connu la violence, on est plusieurs à ne pas avoir connu la violence dans notre société <span style="font-family: Times New Roman,serif;">»</span>, explique-t-il. <span style="font-family: Times New Roman,serif;">« </span>De voir écrit comment ça pourrait s'installer, comment c'est possible que ça s'installe, jusqu'o<span style="font-family: Times New Roman,serif;">ù</span> l'humain peut aller, c'est fascinant, ce bout-là se lit tout seul <span style="font-family: Times New Roman,serif;">»,</span> dit-il. Le passage dont il est question est celui o<span style="font-family: Times New Roman,serif;">ù</span> des communistes espagnols d'un petit village encerclent un camp fasciste. Ils exécutent violemment, cruellement et publiquement des voisins fascistes. Les dérives autoritaires d'un groupe certain de sa justification morale, ça provoque de tels abus.</p>
<p align="JUSTIFY"><p><a href="http://www.baiselivres.com/2012/05/03/12-hommes-12-livres-xavier-et-pour-qui-sonne-le-glas/"><em>Click here to view the embedded video.</em></a></p></p>
<p align="JUSTIFY">Nous ne sommes pas rendus à jeter des jeunes grévistes en bas d'une falaise ou à monter une guérilla clandestine contre les forces policières. Pour qui sonne le glas est un outil précieux pour relativiser notre colère et détecter les abus, dans le but de ne jamais se rendre là. Je l'accorde, il n'y a pas grand parallèle à faire entre la grève étudiante et la guerre civile espagnole (tant mieux!) mais notre paix sociale en est évidemment affectée et la violence a fait son entrée de jeu officielle dans les rues.</p>
<p align="JUSTIFY">Le livre est aussi un éloge surprenant du moment présent. Les quatre journées fatidiques du groupe guerrier se déroulent en quatre-cents pages denses et intenses. À plusieurs reprises, Robert Jordan constate que sa vie se limite au cadre de ces quatre journées-là. Rien d'autre ne compte. Seul le moment présent existe. Le moment présent, c'est l'amour passionnel de Maria, l'amitié complexe de Pilar et une mission explosive. Il n'y a rien d'autre.</p>
<p align="JUSTIFY">Pour qui sonne le glas est un roman marquant sur les compromis tragiques de toute guerre. La force de la plume d'Hemingway confirme toutes les idées reçues sur la férocité de l'auteur misogyne qui était également boxeur. Jamais une mission n'aura semblé aussi importante que la destruction de ce maudit pont par un dynamiteur qui souhaite obéir à des ordres précis mais qui est confronté à l'amour, la trahison, la mort et le doute.</p>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/h66vo_4pAIM" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/05/03/12-hommes-12-livres-xavier-et-pour-qui-sonne-le-glas/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/05/03/12-hommes-12-livres-xavier-et-pour-qui-sonne-le-glas/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Tentative d’épuisement d’une rupture</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/v37lZ88x6x8/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/05/02/tentative-depuisement-dune-rupture/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 02 May 2012 15:44:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Chloé Savoie-Bernard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[Héliotrope]]></category>
		<category><![CDATA[Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage]]></category>
		<category><![CDATA[Martine Delvaux]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1294</guid>
		<description><![CDATA[Une femme a aimé passionnément un homme qui le lui a mal rendu et se sert de l'écriture comme catharsis. Canevas universel ? Voire un peu cliché ? Précisément. Dans son troisième roman, Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage, Martine Delvaux flirte avec la norme, se sert des lieux communs. Différents lieux et espace-temps sont ainsi invoqués pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft" src="http://www.editionsheliotrope.com/images/cascadeur.1326241996.jpg" alt="" width="187" height="258" />Une femme a aimé passionnément un homme qui le lui a mal rendu et se sert de l'écriture comme catharsis. Canevas universel ? Voire un peu cliché ? Précisément. Dans son troisième roman, <em>Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage</em>, Martine Delvaux flirte avec la norme, se sert des lieux communs. Différents lieux et espace-temps sont ainsi invoqués pour conjurer une rupture que l'auteure ne finit plus de disséquer, jusqu'à plus soif, jusqu'à saturation, jusqu'au haut-le-cœur.</p>
<p>Le roman s'adresse directement à celui qu'elle a aimé, au travers d'un « tu » qui tient davantage d’une condamnation que d’un appel. Lui, c'est un Tchèque qui a tout quitté pour venir s'installer chez elle, dans un petit appartement de la rue Coloniale. Il lui a fait cher payer cet exil dans une Amérique qu'il déteste, une terre trop neuve, qui n'a pas d'histoire, considère-t-il. Aussitôt arrivé à Montréal, son caractère se modifie, il devient capricieux, colérique. Alors qu'ils étaient ensemble, « il lui avait interdit d'écrire sur [lui], comme si l'écriture pouvait [lui] voler quelque chose». Écrire devient ainsi une désobéissance, une trahison face aux impératifs de cet homme mais également une manière de déroger à l’amour qu'elle s'en veut d'éprouver encore. Du même coup, l'espace littéraire permet de déployer tout l'amour que cette femme devait contenir alors qu'ils étaient ensemble. Elle entreprend ainsi un exercice de liquidation pour se défaire de l'amour qu'elle ressent pour lui, jusqu'à son « usure complète ».</p>
<p>Pour rédiger cette histoire, plutôt qu'une terre vierge, dénuée d'affect, elle choisit de prendre l'avion jusqu'à un lieu hanté : Rome, là où ils ont fait connaissance. Là-bas, elle convoque  César, Cléopâtre, St-Augustin, mais également ses contemporains, des anonymes, qui, comme elle, ont aimé et souffert. Ces récits secondaires agissent davantage qu'à titre de seules comparaisons : ils viennent noyer l'histoire de la protagoniste parmi d’autres. Cette histoire perd ainsi de sa singularité, et du même coup, de son importance. Comme si d'innombrables voix lui murmuraient « ce n'est pas grave, nous sommes tous déjà passé par là, et nous avons survécu ».</p>
<p><img class="alignright" src="http://www.saudek.com/photos/73-01.jpg" alt="" width="286" height="360" /></p>
<p>« Tu es venu me rejoindre ici, à contrecœur, me rejoindre dans mon pays. En échange, tu m'as demandé une immigration intérieure », dit-elle à son amour perdu. <em>Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage </em>est d’abord le parcours d'une femme qui se récupère à tâtons. C'est l'histoire d'une saignée, d'une purgation : celle de l'autre qui lui avait toujours échappé, qu'elle circonscrit enfin grâce aux mots. C'est un meurtre douloureux, celui d’une « silhouette d'un grand amour mis à mort par la haine », celui d’un « amour qui était devenu un syndrome de Stockholm ». Si l'écriture parvient au final à la défaire son aliénation, elle n'efface pas les stigmates de la douleur. L'écriture ne peut que changer la matérialité de la figure de l'aimé qui se mute en spectre au fil de la narration. Il hantera la protagoniste pour le reste de sa vie, elle le sait. L'essentiel est qu'elle l'ait forcé à devenir fiction : il est devenu récit au même titre que les histoires qui s'entremêlent à la sienne de page en page. C'est dans ce revirement de situation que réside sa victoire : de victime, elle est devenue souveraine.</p>
<p>Martine Delvaux, Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage, Héliotrope, 2012, 170 pages.<br />
Photo : Jan Saudek, Agnes, 1973.</p>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/v37lZ88x6x8" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/05/02/tentative-depuisement-dune-rupture/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/05/02/tentative-depuisement-dune-rupture/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Paul et la crise d’Octobre</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/c-fhpsZ8-60/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/04/30/paul-au-parc-michel-rabagliati/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 30 Apr 2012 14:07:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sylvie-Anne Boutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[Crise d'Octobre]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Rabagliati]]></category>
		<category><![CDATA[Paul]]></category>
		<category><![CDATA[Paul à Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Paul au Parc]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1286</guid>
		<description><![CDATA[Deux ans après le désormais célèbre Paul à Québec, Michel Rabagliati fait paraître Paul au parc, toujours aux éditions de la Pastèque. Il faut dire qu’il était très attendu, ce dernier tome, après les louages et les prix reçus pour le précédent roman. En quelques années, Paul est devenu, selon plusieurs critiques et journalistes, le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/04/c-Paul-au-Parc.jpg"><img class="alignleft  wp-image-1287" title="c-Paul-au-Parc" src="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/04/c-Paul-au-Parc-776x1024.jpg" alt="" width="330" height="435" /></a>Deux ans après le désormais célèbre <em>Paul à Québec</em>, Michel Rabagliati fait paraître <em>Paul au parc</em>, toujours aux éditions de la Pastèque. Il faut dire qu’il était très attendu, ce dernier tome, après les louages et les prix reçus pour le précédent roman. En quelques années, Paul est devenu, selon plusieurs critiques et journalistes, le Tintin des Québécois. Force est de constater que Paul est partout : il lit des livres les librairies Renaud-Bray, encourage les jeunes à l’exercice avec le programme Ma santé au sommet et participe même à une exposition au Musée des Beaux Arts de Montréal. Bref, Michel Rabagliati a créé un personnage emblématique bien ancré dans la culture et la société québécoises. Né à Montréal au début des années 1960, Paul incarne toute une génération qui a grandi avec et dans un Québec en ébullition. Michel Rabagliati explore l’histoire culturelle, politique et sociale québécoise dans chacun de ses romans, et ce, toujours de façon très personnelle, tout près de l’autofiction. Chaque tome donne lieu à un épisode de la vie de Paul, toujours de façon humaine, amusante mais souvent tragique.</p>
<p>Dans <em>Paul au parc</em>, Paul est âgé d’environ 9 ans, soit plus jeune que dans les autres bandes-dessinées de la collection. Il se découvre une passion pour le dessin et la bande dessinée, la guitare, la belle Hélène et, surtout, pour le scoutisme. Paul devient louveteau et s’épanouit en l’espace de quelques mois en compagnie de sa meute et de ses animateurs, véritables guides spirituels et culturels. Nous assistons au premier baiser de Paul, à son premier camp d’été et sa nuit en forêt. Tout l’album est présenté comme un récit d’apprentissage, Paul se révèle à lui-même au fil des pages.</p>
<p>Ce tome, plus politique et historique que les précédents, plonge dans la crise d’Octobre; les parents de Paul s’inquiètent des actions du FLQ, Daniel Sabourin, l’apprenti animateur scout, se reconnaît dans les propos des felquistes contrairement à ses collègues, Guy Montreuil livre d’une voix incertaine le manifeste du FLQ à la télévision, la Loi des mesures de guerre effraie Hélène et le « Just watch me » de Pierre Elliot Trudeau est décontenançant, la découverte du cadavre de Pierre Laporte indigne tout le pays, Pauline Julien, Serge Mongeau, Gaston Miron, Gérald Godin se retrouvent dans les paniers à salade lors du vendredi noir, etc. Les évènements rapportés par Paul enfant s’inscrivent en trame de fond et accentuent la curiosité et l’incompréhension de ce dernier. Michel Rabagliati insiste, particulièrement ici, sur le devoir de mémoire et sur la notion d’héritage social.</p>
<p><em>Paul au parc</em> est à la fois un témoignage et un hommage. Michel Rabagliati présente les animateurs scouts comme des hommes engagés et dévoués dans leur milieu et auprès des jeunes et cela transparait entre autres grâce aux quatre courtes captations qui sectionnent l’album et qui mettent en avant-plan le dévouement de chacun des animateurs. Certes, le portrait du scoutisme réalisé au fil du roman baigne dans la nostalgie et apparaît surtout comme une ode à l’enfance et à l’humanisme. C’est qu’il y a, dans Paul au parc, les séquelles de la crise d’Octobre, mais aussi celles d’une tragédie survenue sur la route 54, dans le parc des Laurentides. Michel Rabagliati tisse ici une toile empreinte de sensibilité et de nostalgie. C’est à partir de drames politiques et sociaux qui ont marqué le Québec des années 1970 que cet album prend ses assises et cherche à archiver la douleur d’une époque.</p>
<p>L’innocence de Paul s’efface peu à peu, ouvrant ainsi la porte à une fin dramatique. Paul incarne, cette fois-ci, l’image d’un Québec au seuil de son apprentissage de la vie réelle. C’est le Québec des années 1970 qui est porté ici au premier plan, un Québec qui tente de trouver sa voie et qui doit faire face à la violence et à la peur. Michel Rabagliati parvient, une fois de plus, à saisir la nation québécoise et sa culture. Si la popularité de Paul est sans cesse grandissante, c’est bien parce qu’il réussit à nommer les lieux communs québécois sans donner dans les grands discours, mais simplement en témoignant à échelle humaine du drame et des enjeux qu’aurait à affronter une génération. Paul rend hommage à son enfance, mais aussi à une époque qui fut frappée par la Loi des mesures de guerre et celle de la mort ingrate d’une jeunesse qui passait gaiement par le parc des Laurentides.</p>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/c-fhpsZ8-60" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/04/30/paul-au-parc-michel-rabagliati/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/04/30/paul-au-parc-michel-rabagliati/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>La tourmente philosophique d’un promeneur de chiens</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/il9pvrhNlzs/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/04/23/la-tourmente-philosophique-dun-promeneur-de-chiens/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 24 Apr 2012 02:06:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Elfassi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature française]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Ascenseur]]></category>
		<category><![CDATA[Bell]]></category>
		<category><![CDATA[Chiens]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[ïle des Soeurs]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Paul Dubois]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Mort]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1280</guid>
		<description><![CDATA[Le Cas Sneijder est un brillant roman philosophique, une attaque à la modernité, à l'ambition démesurée de certains qui parlent d'eux-mêmes comme des projets chez Bell.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY"><a href="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/04/le-cas-sneijder.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-1281" title="Le Cas Sneijder" src="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/04/le-cas-sneijder-287x300.jpg" alt="" width="287" height="300" /></a>On ne construit pas un ascenseur à l'intérieur d'un immeuble. On construit l'immeuble autour de l'ascenseur. C'est la vérité étonnante que découvre graduellement Paul Sneijder. Paul est marié à Anna, sa seconde épouse ambitieuse, froide et infidèle qui l'empêche de ramener chez eux Marie, sa fille issue de son premier mariage. Il doit la voir à l'extérieur de son propre domicile. Ils passent un dernier moment ensemble dans un ascenseur dont la chute accidentelle et aberrante sera fatale pour sa fille et les autres passagers, mais de laquelle il sortira vivant. Vivant, et complètement détruit.</p>
<p align="JUSTIFY"><em>Le cas Sneijder </em>présente une quête de liberté originale et pleine d'humour noir, un petit mélange entre l'épanouissement tardif de Lester Burnam dans <em>American Beauty</em> et l'insomnie productive et dangereuse de Jack dans <em>Fight Club. </em>La liberté de Paul se résume à accepter l'infidélité ponctuelle de sa seconde épouse, passer du temps avec l'urne de sa fille, démissionner de son poste de négociateur à la SAQ, devenir promeneur de chiens à l'Île des Sœurs, ignorer ses fils jumeaux fiscalistes (qu'il a eus avec Anna) et s'informer, des nuits durant, sur la nature, le fonctionnement et la signification des ascenseurs dans notre société. Il essaie de tout savoir sur ces bêtes au centre de tout fonctionnement social, mais sa connaissance approfondie ne le rapproche pas d'une possible acceptation ou compréhension de l'accident mortel qui lui a volé sa fille devant ses propres yeux, incapables d'oublier le drame.</p>
<p align="JUSTIFY"><em>Le Cas Sneijder</em> est un brillant roman philosophique, une attaque à la modernité, à l'ambition démesurée de certains qui parlent d'eux-mêmes comme des projets chez <em>Bell. </em>C'est également une attaque à<em> </em>la démesure des hommes et des sociétés, qui se façonnent à la verticale et dont les étages de nos nombreuses tours sont synonymes de l'importance de notre place en société. Le roman peut tantôt être très drôle, comme lorsque Paul Sneijder affirme que la vie est un sport individuel qui aurait pu être inventé par un Anglais bipolaire, mais il est généralement très triste: le deuil et la culpabilité sont palpables chez Sneijder et tous ses gestes, irrationels et désespérés, en sont le reflet parfait. Son antipathie envers son épouse et ses deux jumeaux devient rapidement source de confrontation. Leur mépris, à peine masqué par un souci envers son état le détruira.</p>
<p align="JUSTIFY">Il se lie donc d'amitié avec des personnages improbables: un chypriote obsédé par les chiffres qui l'engage, un client psychanalyste ex-vendeur de voitures, et Wagner-Leblond, l'avocat de la compagnie d'ascenseur qui a mené à l'accident mortel, un homme cultivé et poli. Alors que ce dernier pourrait en réalité être son adversaire juridique, il existe entre les deux hommes une complicité telle que les deux iront à l'encontre de leurs intérêts personnels grâce à leur sympathie mutuelle. Et ces chiens, qu'il promène, dont il ramasse les crottes, deviennent les seuls moments de réelle liberté qu'il vit.</p>
<p align="JUSTIFY">Le roman de Jean-Paul Dubois est écrit d'une main de maître: les phrases sont de petits bijoux bruts, capables de faire interrompre une lecture dans le but de s'en laisser imprégner du sens et de la portée. Des phrases courtes, mais pleines de sens, hyper-chargées et honnêtes, des reflets intelligents et effrayants de notre ère et de ses conséquences sur la nature humaine. À lire, absolument.</p>
<p align="JUSTIFY"> Dubois, Jean-Paul, <em>Le Cas Sneijder</em>, Éditions de l'Olivier, 2011, 218 pages.</p>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/il9pvrhNlzs" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/04/23/la-tourmente-philosophique-dun-promeneur-de-chiens/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/04/23/la-tourmente-philosophique-dun-promeneur-de-chiens/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Que sonnent ces voix</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/0JdLDh9Me8g/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/04/11/les-derniers-jours-de-smokey-nelson-catherine-mavrikakis/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 12 Apr 2012 00:22:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Hélène Constant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[Catherine Mavrikakis]]></category>
		<category><![CDATA[littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[peine de mort]]></category>
		<category><![CDATA[Smokey Nelson]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1272</guid>
		<description><![CDATA[Dans le dernier roman de Catherine Mavrikakis publié par Héliotrope, Les derniers jours de Smokey Nelson, se déploient les voix de trois personnages en marche vers leur propre fin. On rencontre ainsi, se croyant né sous le signe de la réincarnation de Jimi Hendrix, le personnage de Sydney Blanchard, dans un pèlerinage vers la terre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/04/smoakey.1308008086.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1273" title="smoakey.1308008086" src="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/04/smoakey.1308008086.jpg" alt="" width="267" height="369" /></a>Dans le dernier roman de Catherine Mavrikakis publié par Héliotrope,<em> Les derniers jours de Smokey Nelson</em>, se déploient les voix de trois personnages en marche vers leur propre fin. On rencontre ainsi, se croyant né sous le signe de la réincarnation de Jimi Hendrix, le personnage de Sydney Blanchard, dans un pèlerinage vers la terre des origines, une Louisiane mutilée par Katrina. Le voyage de cet Afro-Américain parlant sans cesse à sa chienne se fait l’écho du retour, auprès de sa fille Tamara, du personnage de Pearl Watanabe, elle-même hantée par une rencontre marquante avec Smokey Nelson, des années auparavant. La fresque serait incomplète sans le personnage de Ray Ryan, élu destinataire du Dieu tout puissant, porte-voix d’une génération extrémiste en quête d’une violente pureté de droite. C’est que les personnages esquissés portent en eux et évoluent dans les États-Unis de la télévision. Chez Mavrikakis, le ridicule et le tragique se frôlent toujours : c’est l’Amérique de CNN et des films cultes, le pays du kitsch, de l’incarcération et des armes, de Katrina et des Noirs. On arguera que le personnage éponyme, Smokey Nelson, est condamné à mort et que ce sont ses dernières heures qui sont mises en scène. Mais la puissance du roman de Mavrikakis est ailleurs, dans ses personnages desquels transpirent les pulsions — qu’elles soient de vie ou de mort — d’un pays blessé. Il n’est d’ailleurs pas anodin de ne rencontrer le personnage du condamné qu’aux dernières pages, dans la banalité de son dernier repas et sans héroïsme.</p>
<p>Les voix sont multiples et alternées, les adresses gravitant toutes autour des répercussions du crime commis par Smokey Nelson. Le texte polyphonique que propose le roman présente ainsi brillamment trois discours ravagés par la violence, où la quête de sens est évacuée au profit des existences avortées de ses personnages : « La vie n’avait décidément pas grand sens. On peut tenter de la baliser par les mots qui donnent une certaine prise, mais quand ceux-ci nous découvrent leur face bien ridicule, tout fout le camp, s’effiloche et il ne reste du tragique de l’existence qu’un immense éclat de rire. » Or, il en va plutôt de l’impossibilité de se survivre et des mémoires qui prennent à bras le corps ceux qui, devant la mort annoncée de Nelson, sont happés par le passé. Et c’est le tour de force des différentes narrations que de faire entendre ces petites gens. Un débit de parole s’organise d’abord selon la pensée du personnage, puis il prend la forme de véritables mots d’un Dieu s’adressant au mortel. Ailleurs il se mue en alternance entre le dire de la mère et de sa fille.</p>
<p>La mise à mort, au plus près des pratiques dépersonnalisantes d’aujourd’hui, s’imprime ici fortement à l’esprit du lecteur, et ce, cependant par d’incessants et menus attentats à l’existence. Si la recherche de sens prend forme de croyances, de rites ou de lubies pour les personnages, le lecteur, lui, ne peut qu’entendre ces voix retentir dans la danse macabre qu’apelle le roman de Catherine Mavrikakis.</p>
<p><em>Les derniers jours de Smokey Nelson</em>, Catherine Mavrikakis, Héliotrope, 2011</p>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/0JdLDh9Me8g" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/04/11/les-derniers-jours-de-smokey-nelson-catherine-mavrikakis/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/04/11/les-derniers-jours-de-smokey-nelson-catherine-mavrikakis/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Les filles folles</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/B62v0Nv6pUc/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/04/06/les-filles-folles/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 06 Apr 2012 16:17:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Chloé Savoie-Bernard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[Amours et autres violences]]></category>
		<category><![CDATA[Bordeline]]></category>
		<category><![CDATA[folie et littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Marie-Sissi Labrèche]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1267</guid>
		<description><![CDATA[En littérature, le thème de la folie figure parmi mes marottes. Histoire de faire du name dropping  de manière chronologiquement désordonnée, j'aime Bataille, Artaud et Rousseau qui n'étaient pas, soyons honnête, des modèles de stabilité mentale. Par-dessus tout, j'aime les filles folles, j'aime Valérie Valère, Nina Bouraoui, Virginie Despentes, Janet Frame ; j'aime la Marian McAlpin de Margaret Atwood et longtemps je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En littérature, le thème de la folie figure parmi mes marottes. Histoire de faire du <em>name dropping </em> de manière chronologiquement désordonnée, j'aime Bataille, Artaud et Rousseau qui n'étaient pas, soyons honnête, des modèles de stabilité mentale. Par-dessus tout, j'aime les filles folles, j'aime Valérie Valère, <a href="http://www.baiselivres.com/2011/05/08/le-ciel-mauve-dans-la-peau/">Nina Bouraoui</a>, Virginie Despentes, <a href="http://www.baiselivres.com/2011/09/08/tractations-entre-banal-et-sublime/">Janet Frame</a> ; j'aime la Marian McAlpin de Margaret Atwood et longtemps <a href="http://www.baiselivres.com/2011/07/28/la-minute-baise-livres-chloe-est-comme-esther-greenwood/">je me suis identifiée à la Esther Greenwood</a> de Sylvia Plath. Je suis en amour avec les personnages de Catherine Mavrikakis dans toute leur extravagante surenchère. J'aime ces filles folles pour leur décalage avec le réel qui permet une lucidité toute particulière sur le cours des choses, je me reconnais dans leur cynisme, dans leur trop-plein qui flirte souvent avec la critique sociale. J'aime le tragique de la folie, avec tout ce qu'il comporte d'inéluctable, mille fois plus dans la fiction que dans la réalité. Que la littérature dompte la folie ou la mette en relief, reste qu'elle la conjure.</p>
<p>Je suis un peu plus mitigée concernant Marie-Sissi Labrèche, dont les thèmes s'articulent pourtant autour de mon dada : maladie mentale transmise de mère en fille, conjuguée à une pauvreté <em>made in</em> Hochelag et une trashitude haute en alcool et autres désordres, tout ça soigné à grand coups d'autofiction. Peut-être que c'est, très bêtement j'en conviens, à cause de <em>Bordeline. </em>L'auteure a co-scénarisé ce film, inspiré du roman du même nom. Bons sentiments et pathos n'y forment pas le plus heureux des ménages. Ainsi, le film a sans doute cristallisé mon ressenti global face à l'œuvre de Labrèche, même si quelques moments forts venaient  balancer mon jugement : quelque chose de convenu suintait.<img class="alignright" src="http://image3.archambault.ca/2/E/C/E/ACH003067603.1328538960.580x580.jpg" alt="" width="207" height="325" /></p>
<p>Dans<em> Amour et autre violences</em>, publié dernièrement chez Boréal, Marie-Sissi Labrèche change un brin de <em>modus operandi</em> puisqu'elle troque le roman pour des nouvelles. Comme souvent dans son œuvre, la famille est centrale. Les personnages baisent beaucoup et mal, souvent prises dans des histoires qui ne leur ressemblent pas. À quoi ressemblent-elles, pourtant ? Ces filles-femmes, ces femmes-mères, trop jeunes ou trop vieilles pour leur corps ou leur tête ont autant de carences monétaires qu'affectives.</p>
<p>Deux nouvelles me paraissent particulièrement prégnantes dans ce recueil. Ainsi, la première et la dernière contiennent, en substance et en puissance, ce que qu'on retrouvera distillé avec moins de force dans le reste du recueil. Dans <em>Travelling</em>, la nouvelle qui ouvre le livre, une femme raconte à son amoureux, avant de s'endormir, une histoire à la fois très triste et très cochonne où plane, spectrale, sa propre histoire. Surtout, il faut retenir la très belle nouvelle <em>Mon Montréal à moi<a title="" href="file:///C:/Users/Chlo%C3%A9/Downloads/Labre%CC%80che%20-%20corr%20Joseph%20et%20E%CC%81lisabeth%20(1).docx#_ftn1"><strong>[1]</strong></a>,</em> un portrait de la ville au travers du prisme de l'existence de la narratrice. Cette biographie urbaine est portée par une langue riche, déliée, assurément poétique : « Montréal, ma salope, combien de fois as-tu senti mes souliers à talons hauts sur ton dos, alors que je m'étais faite belle pour attraper mon amour du siècle, tu me laissais aller avec mon âme qui dépassait de ma tête comme mon rouge à lèvre et ma langue de ma bouche, tu me regardais parader mes seins fiers dans les bars d'Outremont, la chemise ouverte sur la vie, les doigts accrochés au grillage des clôtures, à recevoir une décharge d'amour, les yeux fermés sur leurs visages tous pareils, malgré les formes et les senteurs différentes, qu'une seule odeur : celle de la nuit dans des cheveux en sueur, Montréal, ma salope vénéneuse (...) ».</p>
<p>Des phrases - des nouvelles - comme celle ci-haut, tortillantes, hallucinées, j'en prendrais mille fois encore. Et elles suffisent à me convaincre de ne pas saborder ma relation avec Marie-Sissi Labrèche, de continuer à errer dans ses failles.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div>
<p><a title="" href="file:///C:/Users/Chlo%C3%A9/Downloads/Labre%CC%80che%20-%20corr%20Joseph%20et%20E%CC%81lisabeth%20(1).docx#_ftnref1">[1]</a> Marie-Sissi Labrèche en fait la lecture dans <a href="http://www.youtube.com/watch?v=Qn_nDU8bQaU">ce vidéo</a> réalisé par Boréal.</p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
</div>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/B62v0Nv6pUc" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/04/06/les-filles-folles/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/04/06/les-filles-folles/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Peurs enfantines diffractées</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/fGWiL-j3FN4/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/04/03/wajdi-mouawad-visage-retrouve/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 03 Apr 2012 23:09:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Élisabeth de Niverville</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[femme aux membres de bois]]></category>
		<category><![CDATA[littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[littérature québécoise contemporaine]]></category>
		<category><![CDATA[Visage retrouvé]]></category>
		<category><![CDATA[Wahab]]></category>
		<category><![CDATA[Wajdi Mouawad]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1236</guid>
		<description><![CDATA[De Wajdi Mouawad, on connaît principalement les pièces, sans mentionner la controverse dont il a fait l'objet en 2011. Je ne suis pas ici pour vous réitérer ce que vous avez pu lire vous-même dans les journaux. Néanmoins, malgré toute l’attention médiatique, ou peut-être plutôt à cause de cette attention soutenue, j’ai rangé Mouawad dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/04/9782742788446.jpg"><img class="alignleft  wp-image-1238" title="9782742788446" src="http://www.baiselivres.com/wp-content/uploads/2012/04/9782742788446.jpg" alt="" width="240" height="384" /></a>De Wajdi Mouawad, on connaît principalement les pièces, sans mentionner la <a href="http://www.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2011/04/15/003-wajdi-mouawad-cantat.shtml" target="_blank">controverse dont il a fait l'objet en 2011</a>. Je ne suis pas ici pour vous réitérer ce que vous avez pu lire vous-même dans les journaux. Néanmoins, malgré toute l’attention médiatique, ou peut-être plutôt à cause de cette attention soutenue, j’ai rangé Mouawad dans la liste mentale où se trouvent Salinger, Sand, Borgès, Joyce : ces auteurs dit incontournables qu’il faudrait que je lise un jour. Dans un élan de bonne volonté littéraire, j’ai donc voulu m’attaquer aux pièces de Mouawad. Pas de chance, chez Olivieri, ne restait plus qu’un roman : <em>Visage retrouvé</em>, publié en 2002.</p>
<p>Le narrateur du roman a 14 ans, il se nomme Wahab. Le jour de son anniversaire, il rentre de l’école puis ne reconnaît plus les visages de sa mère et de sa sœur. De cette perte de repère terrible naît le besoin de fuir. Wahab fera une fugue. Contrairement à tout ce que j’avais prévu en lisant, après seulement quelques jours loin de chez lui, Wahab est forcé de revenir : des policiers le ramènent au domicile familial. Qui plus est, il ne discutera jamais de cette fugue avec ses parents. Le jeune adolescent adoptera dès lors un comportement irréprochable. Son entourage dira que cette fugue « l’a calmé ».</p>
<p>À partir du moment où Wahab rentre chez lui, l’intensité, la rapidité avec lesquelles s’enchaînent les péripéties semblent prendre un temps d’arrêt. Puis, saut dans le temps : Wahab a 19 ans. Dès lors, le récit retrouve son rythme. Se dessine alors, de manière diffuse puis très clairement, la quête de Wahab qui cherche à peindre en une série d'images tous les visages qu’a pris sa mère au fil des âges.</p>
<p>La narration oscille entre le « je » et le « il ». Cette hésitation de la voix qui raconte se fait l’écho de l’ambivalence de Wahab, qui voudrait percevoir sa vie comme celle d’un « il » et pas d’un « je », pour mieux s’en éloigner, pour la regarder de haut et ne plus en subir les chocs. À mon avis, la force de ce livre réside dans le dénouement en deux temps de la quête de Wahab, qui ne trouve aucune issue dans l’errance. C’est parce que Wahab se tient droit pour affronter les écueils du réel qu’il survit à sa quête et qu’il en décrypte le sens. La liberté, le héros ne la trouve pas dans une fuite vers l'avant, mais dans une prise de conscience, dans une réparation de la scission qui séparait ses multiples « moi » discordants...</p>
<p style="text-align: left;"><em>Visage retrouvé</em>, Leméac / Actes Sud, 2002 - nouvelle édition Babel Littérature, février 2010</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>Consultez <a href="http://www.tnm.qc.ca/saison-2011-2012/Des-femmes/Des-femmes.html" target="_blank">le site web du Théâtre du Nouveau Monde</a> pour en savoir plus sur la trilogie <em>Des Femmes</em> de Sophocle, que Wajdi Mouawad y présentera très bientôt.</p>
<p>Pour des infos sur le parcours de l’auteur, metteur en scène et comédien, visitez son site ici : <a href="http://www.wajdimouawad.fr/" target="_blank">wajdimouawad.fr</a>.</p>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/fGWiL-j3FN4" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/04/03/wajdi-mouawad-visage-retrouve/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/04/03/wajdi-mouawad-visage-retrouve/</feedburner:origLink></item>
		<item>
		<title>Le Vieux qui lisait des romans d’amour ou le bonheur de savoir lire</title>
		<link>http://feedproxy.google.com/~r/Baise-livres/~3/aTcvNgno878/</link>
		<comments>http://www.baiselivres.com/2012/03/25/le-vieux-qui-lisait-des-romans-damour-ou-le-bonheur-de-savoir-lire/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 25 Mar 2012 11:41:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Delphine Folliet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature sud-américaine]]></category>
		<category><![CDATA[Dentiste]]></category>
		<category><![CDATA[El Idilio]]></category>
		<category><![CDATA[Équateur]]></category>
		<category><![CDATA[jungle]]></category>
		<category><![CDATA[Le vieux qui lisait des romans d'amour]]></category>
		<category><![CDATA[lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Luis Sepulveda]]></category>
		<category><![CDATA[Mort]]></category>
		<category><![CDATA[odeurs]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.baiselivres.com/?p=1227</guid>
		<description><![CDATA[L'odeur nauséabonde qui se dégage d'El Idilio est difficilement supportable : je suffoque en lisant.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY">Le week-end dernier, confortablement installée dans un fauteuil près du poêle, dans une maison douillette du Vermont, j'ai relu <em>Le Vieux qui lisait des romans d'amour</em> de Luis Sepulveda, un écrivain chilien. J'ai eu toutes les peines du monde à mettre la main dessus, et après avoir fait la tournée des librairies de Montréal qui affichaient « stock épuisé », j'ai renoncé à renouer avec cette lecture qui remontait déjà à une dizaine d'année. C'était sans compter l'aide de mon ami Joseph qui, lors d'une brève conversation m'a annoncé : « Je l'ai dans la bibliothèque. Je ne sais pas où, je ne sais pas à quoi il ressemble, je ne l'ai pas lu. Mais je l'ai. Je te l'apporte la semaine prochaine ».</p>
<p align="JUSTIFY">L'exemplaire de Joseph était jauni et gondolé par un certain dégât des eaux. Ça sentait la librairie d'occasion, mais peu importe sa provenance, le livre était là.</p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img src="http://storage.canalblog.com/46/73/431167/34210952.jpg" alt="Le vieux qui lisait des romans d'amour" width="300" height="497" /><p class="wp-caption-text">Le vieux qui lisait des romans d&#39;amour de Luis Sepulveda</p></div>
<p align="JUSTIFY"><em>Le Vieux qui lisait des romans d'amour</em> est empreint d'images et d'odeurs. Et il suffit de parcourir les premières lignes pour être transporté à El Idilio. Un paradis dans la forêt amazonienne? Non, une puanteur aux confins de l'Equateur. Une terre appartenant aux Indiens Shuars, sauvage, dangereuse, inhospitalière pour ceux qui ne savent pas l'apprivoiser. Un royaume où règnent les sauvages, Indiens et animaux. Du moins du point de vue du maire d'El Idilio, obèse stupide, représentant d'une autorité tellement lointaine. L'odeur nauséabonde qui se dégage d'El Idilio est difficilement supportable : je suffoque en lisant. Le maire transpire à grosses gouttes dans la moiteur de la forêt. A cela s'ajoute une scène d'ouverture magistrale. Le dentiste qui se rend à El Idilio deux fois par an se livre aux seuls soins qu'il prodigue à ces colons chercheurs d'or : l'arrachage de dents. On n'en compte plus des bouches aux chicots déracinés. La tenaille extirpe sans pitié.</p>
<p align="JUSTIFY">Et s'enchaîne sans tarder la prochaine agression olfactive : le cadavre d'un homme blanc est découvert dans une pirogue par les Indiens. Outre la puanteur du cadavre, l'odeur d'urine est prégnante. L'homme s'est fait déchiqueter par un félin qui a marqué son territoire : « <em>Ça sent la pisse de chat, dit un badaud. - De chatte, oui. De grosse chatte, précisa le vieux</em> ».</p>
<p align="JUSTIFY">La forêt amazonienne s'imprègne peu à peu en moi. Les images qui est ressortent sont brutales : la peur (des Indiens, des bêtes), la solitude, la menace de tout ce qui vient de la nature. Les plantes gigantesques, le fleuve puissant, la pluie incessante, la boue envahissante... Tout est hostile ici.</p>
<p align="JUSTIFY">Rien de gracieux dans ce livre, me demanderez-vous? Seule la bassesse humaine de ces blancs qui massacrent les petits d'une mère féline qui souffre à en devenir folle? Oui, mais pas que. Parce qu'ici vit le vieux qui lit de romans d'amour. Et comment il les aime ses romans? Avec « <em>des souffrances, des amours désespérées et des fins heureuses</em> ». Et le vieux, il n'aime pas être dérangé dans sa lecture par la bêtise humaine. Antonio José Bolivar Proano découvre qu'il sait lire à un âge déjà avancé. Il faut dire qu'en vivant dans la forêt auprès des Indiens Shuars, la lecture ne faisait pas vraiment partie des activités du quotidien. Mais lorsqu'il se range à El Idilio, il découvre qu'il sait lire. « <em>Ce fut la découverte la plus importante de sa vie</em> ». Et pour le lecteur du <em>Vieux qui lisait des romans d'amour</em>, c'est l'instant magique de la lecture qui est porté à ses nues. Le vieux devient curieux des livres et c'est à un curé de passage à El Idilio qu'il s'en ouvre. Le curé a entre les mains un ouvrage sur Saint-François : « <em>Tous les livres parlent de saints? - Non. Il y a dans le monde des millions et des millions de livres. Dans toutes les langues et sur tous les sujets, y compris certains que les hommes ne devraient pas connaître. […] - De quoi parlent les autres livres? - Je viens de te le dire. D'un tas de choses. D'aventures, de science, de la vie de personnages vertueux, de technique, d'amour... - Ce dernier point l'intéressa </em>».</p>
<p align="JUSTIFY">Et Antonio José Bolivar lit des histoires d'amour qui se déroulent à Paris, à Genève, à Londres, à Prague, à Barcelone. Venise lui donne du fil à retordre : une ville aux rues inondées dans lesquelles les gens se déplacent en gondole...En gondole... Peut-être une sorte de pirogue... Et on jubile lorsqu'il s'interroge sur ce que peut bien être un baiser « ardent ».</p>
<p align="JUSTIFY">Et on compatit lorsque, à court de lecture, en attendant le prochain bateau qui lui apportera ses romans, il découvre « <em>sa triste condition de lecteur sans livre, se sentant pour la première fois de sa vie assiégé par la bête nommée solitude</em> ». Le plaisir de lire est universel et la lecture est sans frontière, dites-vous. Et bien c'est le vieux qui m'en a fait la plus belle des démonstrations.</p>
<p align="JUSTIFY">Et moi, ce vieux qui lit des romans d'amour, qui connaît la forêt, qui respecte la nature, qui déplore la bêtise des hommes blancs, qu'est-ce que je l'aime!</p>
<img src="http://feeds.feedburner.com/~r/Baise-livres/~4/aTcvNgno878" height="1" width="1"/>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.baiselivres.com/2012/03/25/le-vieux-qui-lisait-des-romans-damour-ou-le-bonheur-de-savoir-lire/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		<feedburner:origLink>http://www.baiselivres.com/2012/03/25/le-vieux-qui-lisait-des-romans-damour-ou-le-bonheur-de-savoir-lire/</feedburner:origLink></item>
	</channel>
</rss>

